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dimanche 28 juillet 2024

Au détour d'un beau songe

 

Ma vie par procuration





Lorsqu'ils se sont invités

Au détour d'un beau songe

Ils firent preuve d'assiduité

Pour peupler mes mensonges


Passagers sans bagages

Pour des voyages au long cour

Devinrent mes personnages

Sans réclamer mon concours


Ils pimentèrent leurs récits

D'aventures mirifiques.

Évanescence de la nuit

Aux vapeurs de barriques


Depuis ils n'ont de cesse

Venant à l'improviste

De m'offrir leurs largesses

À chaque entrée en piste


Suivant alors leurs conseils

Au fil d'un écritoire

Je vous glisse à l'oreille

Des aventures de Loire


C'est par procuration

Que ma vie se déroule

De pérégrinations

En mouvements de foule


De contes en fariboles

C'est désormais par écrit

Que lutins, fées et trolls

Prennent place dans mes récits


D'une existence imagée

Transmise par les rêves

Des aventures inspirées

Par des songes sans trêve


On m'accorde des mérites

Qui ne sont qu'illusion

Un auteur émérite

Crée ses propres fictions


Mes écrits sont susurrés

Par des muses oniriques

Sans que je puisse assurer

Leur rôle authentique


Ma vie bien plus que rêvée

N'est que l'émanation

D'étranges esprits éthérés

Dictant mes rédactions

•••


mardi 25 juin 2024

Je brasse du vent

Je brasse du vent

Rohan Le Barde






Je brasse du vent car je suis un penseur

Je pense les mots, je pense les sons

Je pense le verbe et pense le ton,

Je suis un penseur,  je brasse du vent.



Je brasse du vent, car je suis un rêveur

Je pense la forme, je pense le fond

Je pense les couleurs, pense les dimensions,

Je suis un rêveur,  je brasse du vent.



Je brasse du vent, car je suis un chanteur

Je pense la rime, je pense le temps

je pense l'harmonie, je pense l’accent

Je suis un chanteur,  je brasse du vent.



Je brasse du vent, car je suis un conteur

Je pense l’histoire, je pense la clameur

Je pense la fable, je pense la rumeur

Je suis un conteur,  je brasse du vent.


mardi 4 juin 2024

L’avenir au fil des flots.


Faire de ses rêves des destins …





Écoute Pitchoune cette histoire qui date d’une époque où les enfants rentraient dans la vie active très tôt, à 12 ans pour la plupart d’entre eux. À l’âge où tu entreras au collège, eux, ils choisissaient ou subissaient un métier pour toute leur vie. C’était une toute autre époque.

Il était une fois une famille installée en bord de Loire. De génération en génération, il s’y pratiquait un rituel de passage, un moment particulier dans la vie des enfants. C'est à cette occasion que se décidait l’avenir de chacun. C'est un barde breton de la pointe de Corsen qui était un jour venu semer ici cette curieuse cérémonie …

Quand l'enfant quittait l’école après avoir appris l’essentiel qu’il convenait de savoir : « Lire, Écrire, Compter », le grand-père se chargeait du gamin lors d’une promenade particulière. L'ancêtre emmenait le long de la rivière celui ou celle qui allait passer à l’âge adulte. Personne dans la famille ne lui en avait soufflé mot, l'enfant pensait aller à une partie de pêche ou une belle balade.

L'ancien et le jeune avaient alors une longue conversation. Des propos étaient prononcés alors, de ceux qui n'avaient pas souvent leur place autour de la grande table ou lors des veillées. Il y avait de la gravité dans cette sortie, une solennité qui impressionnait immédiatement le plus jeune. La voix du plus vieux était chargée d'émotion.

Puis, quand le vieux avait fini de décrire son existence, la vie qu’il avait eue le long de la Loire, il se taisait, sortait son couteau de sa poche, le dépliait lentement et choisissait avec soin un bois flotté de Loire. Silencieusement, devant son petit-enfant interloqué, il creusait un bateau tout pareil à ceux qui naviguaient alors sur la rivière.

Puis, toujours sans dire un mot, lui qui avait tant parlé depuis le départ de la maison de famille, il prenait une branche bien droite qu'il fixait à la verticale de ce petit bateau de fortune. Il sortait alors de sa poche, un joli mouchoir brodé marqué aux initiales de celui qui allait quitter l’enfance.

L'ancien avait construit un petit bateau de Loire, une maquette comme on dirait aujourd’hui. Il le posait alors doucement sur le flot et avant de le laisser filer au gré du courant et des vents, il s'adressait à nouveau à son petit-enfant : « Ce bateau, c'est ton destin. C’est lui qui va choisir ton devenir. Tu dois y mettre tous tes rêves, tes espoirs, tes désirs et tes envies. Concentre-toi ; ta vie suivra le cours de ce petit bateau ! ».

L’enfant comprenait l’importance de cet instant. Il avait été préparé par le long entretien qu’ils venaient d’avoir tous les deux. Il ne prenait pas les propos de son papet à la légère. Il y avait dans sa famille de lointaines croyances, un respect sacré pour les manifestations naturelles. Surtout il savait comme tous les siens que sa vie se déroulerait en bord de Loire.

L'enfant fermait les yeux, il se concentrait du mieux qu’il pouvait. Il savait que cette petite maquette allait décider de son futur. Il tenait encore la main de son ancêtre au moment où celui-ci laissait filer le petit bateau aux fantaisies de la rivière. C'est dans un silence presque religieux que tous les yeux suivaient le trajet de la maquette.

Jamais la Loire ne se trompait. Bien souvent la petite embarcation allait au fil de l’eau, emportée par le courant. Quand elle était trop loin pour l’apercevoir encore, le grand-père et l'enfant savaient que les dés en étaient jetés. Une fois encore, dans la famille, il y aurait un nouveau marinier qui irait sur la rivière pour gagner sa vie et tenter de ne pas la perdre.

D'autres fois, plus rarement certes, il se passait des choses imprévues. Ainsi pour cette jeune fille, un vent du sud, exceptionnellement puissant fit traverser le petit bateau de part en part de la rivière. Elle avait compris qu'elle tiendrait le bac, ce bateau qui permettait aux habitants d’aller de l’autre côté dans une époque où les ponts étaient bien moins nombreux sur la Loire.

Une autre fois, le bateau n'alla pas bien loin. Il se brisa bien vite contre un gros caillou au milieu de l’eau. Ni l'ancien ni son petit fils n'y virent un mauvais présage, bien au contraire ils comprirent le sens de ce message. L'enfant deviendrait charpentier de bord et sa vie durant, réparerait les bateaux endommagés par les aléas de la navigation, tout en construisant de temps en temps de magnifiques embarcations.

Il se dit qu'une fois, poussé par un puissant vent d'ouest, le petit rafiot remonta le courant pour disparaître au loin. Il était allé à l'envers de la marche ordinaire. Le grand-père comprit que son petit fils aurait un destin très particulier. Il devint historien, cherchant sans cesse à remonter le temps.

Une autre fois, le petit bateau chavira et sombra immédiatement. Les deux spectateurs eurent alors un frisson dans le dos avant que l’enfant comprenne le sens de cet instant. Lui dont le père s’était noyé dans la rivière, il se ferait sauveteur, consacrant sa vie à aller au secours de ceux qui seraient en détresse.

Il se trouva une autre maquette qui refusa de suivre le courant. Le petit bateau resta sur le bord de la rive sans bouger. Il était en équilibre à quelques centimètres de la berge, curieusement immobile, pris dans un contre-courant. Le garçon concerné ouvrit le premier-bateau lavoir de la région ; il avait compris lui aussi, le message de la rivière.

Le rituel se prolongea ainsi de génération en génération. Il continue encore bien que désormais les signes soient bien plus difficiles à décrypter. Cette famille demeure très attachée à la Loire, elle lui a offert un chanteur, une conteuse, un écrivain et une photographe, un peintre. Je ne saurais vous dire comment avait réagi la petite maquette. Les signes du destin sont de plus en plus complexes à déchiffrer et la Loire aime à garder ses mystères.

Quelle morale dois-tu retenir de cette histoire mon cher Pitchoune ? J’ai la faiblesse de croire encore que les rêves et les espoirs sont plus forts que les mauvais tours du destin et les inégalités de la naissance. Chacun peut espérer en des lendemains heureux s’il est capable de croire en lui et s’il a la sagesse d’écouter les anciens. Il lui suffit de suivre les signes de la nature, d’avoir une passion au fond du cœur et la sagesse de saisir sa chance.


 



mercredi 29 mai 2024

Ils font bien plus de rêves Que d'voyages en bateau !

 

Les Traîneux d'Grève





Ils sont Traîneux de grève

Vont tout au bord de l'eau

Ils font bien plus de rêves

Que d'voyages en bateau

Ont le regard rêveur

Dès le petit matin

Ils ne sont pas pêcheurs

Simplement baladins.


Embarquez avec eux

Pour un curieux voyage

Ce ne sont que des gueux

Partis sans un bagage

Ils vous enchanteront

Le temps d'une ballade

De contes et chansons

Dits à la cantonade



Ils sont Traîneux de grève

Vont tout au bord de l'eau

Ils font bien plus de rêves

Que d'voyages en bateau

Ont le cœur étoilé

Perdu au fond du ciel

Ne sont pas mariniers

Simplement ménestrels


Quand un souffle de vent

Venu de l'Armorique

Leur offre dans l'instant

Des notes de musique

Un doux parfum de sel

Mêlé de gentiane

En deux battements d'aile

Les conduit en Bretagne.

 



Ils sont Traîneux de grève

Vont tout au bord de l'eau

Ils font bien plus de rêves

Que d'voyages en bateau

Ils ont l'âme Verlaine

Égarée dans l'éther

Ne sont pas capitaines

Mais simplement trouvères


Avec un grain de sable

Font surgir une étoile

Pour qu'un lutin aimable

Puisse trouver le Graal

La brume enfin se cache

Dans un rayon de Lune

Et si le ciel se fâche

C'est la faute à Neptune

 



Ils sont Traîneux de grève

Vont tout au bord de l'eau

Ils font bien plus de rêves

Que d'voyages en bateau

Ils ont l'esprit au loin

Dès le coucher du jour

Ils ne sont pas marins

Simplement troubadours.


Deux ou trois mots enchanteurs

Quand la rime se fait riche

Vous prendront par le cœur

Sans qu'il faille être chiche

Vous invitent par la main

Pour découvrir leurs songes

Vers de nouveaux lendemains

Purgés de leurs mensonges

 



Ils sont Traîneux de grève

Vont tout au bord de l'eau

Ils font bien plus de rêves

Que d'voyages en bateau

Ils ont l'espoir au cœur

Gentils idéalistes

Ils ne sont pas menteurs

Simplement des artistes


Au terme de ce voyage

Juste avant de les quitter

En un nouveau naufrage

Vous pouvez les inviter

Autour d'une bouteille

D'un vin de nos régions

Et de quelques merveilles

Simplement par passion


 

samedi 25 mai 2024

Mémoire d'un galérien devenu forçat.

 

Les fers aux pieds.






Je n'ai pas tué, tout juste volé le roi pour améliorer l'ordinaire des gueux tout comme moi assujettis à l'odieuse gabelle. Marinier de Loire, je me suis fait prendre une seconde fois, la main dans un sac contenant le faux sel. Les gabelous m'ont arrêté sans ménagement et pour le paiement de ce forfait honteux, je fus envoyé à Marseille, croupir dans les galères.


Ne pensez pas que je suis une exception parmi ces malheureux, victimes d'un pouvoir inhumain et qui viennent mourir pour la plupart avant la fin de leur peine. Bien rares sont les véritables criminels parmi cette bande de loqueteux, réduits à la condition de bête. Huit sur dix de mes compagnons de misère n'ont pas une goutte de sang sur les mains et pourtant, bien peu arriveront au bout du voyage.


Pour éclairer votre lanterne tout en tachant d'effacer la déplorable réputation que l'histoire nous a collé aux basques, je vais m'efforcer de vous narrer ma triste aventure. Ne pensez pas que j'attends de vous compassion ou indulgence, pardon ou regrets. Le temps a effacé nos mémoires, il ne sert à rien de réécrire l'histoire. Il s'agit juste de laisser une trace pour que l'oubli ne nous recouvre plus de son insidieuse gangue d'infamie.


Il advint qu'une première fois je sois surpris par un gabelou avec un tonnelet rempli d'un peu de sel que j'avais dissimulé là avant de franchir le port d'Ingrandes. Je comptais le livrer sur le chemin à des malheureux qui espéraient ainsi se soustraire à l'achat du sel taxé dans le grenier éponyme. Pour prix mon insupportable forfait, une grivèlerie qui mettait l'économie du royaume en péril, je fus marqué au fer rouge de la flétrissure des voleurs, une fleur de lys, emblème du roi.


Devant la cherté de la vie et le besoin impérieux du sel, matière si précieuse pour conserver alors les aliments, je décidai de passer outre le risque encouru et cette fois de me faire trafiquant véritable, usant de nombreuses astuces pour tromper les soldats du roi. J'avais retenu de la première fois, j'usai de tous les stratagèmes possibles pour déjouer la vigilance de ces maudits gabelous. C'est hélas une odieuse trahison, celle d'un client qui en contre partie de ma dénonciation échapperait à sa peine, que je tombai pour la seconde fois.


Je savais le sort qui m'était réservé. Pas de surprise, la justice était aux ordres d'un pouvoir qui réclamait des hommes ou plus exactement des esclaves pour les galères installées à l'arsenal de Marseille. Trois années sur le ban de nage, trois années d'effroi comme en témoignaient les très rares survivants. Je n'avais plus qu'à compter sur ma robuste constitution pour revenir un jour en bord de Loire.


Les chaines aux pieds, je fis le long voyage de mon sullias jusqu'à la Méditerranée, relié par les mêmes fers à mes compagnons de misère. Escortés par des gens d'armes, traités pire que charogne par ceux-là mais aussi par la populace, nous subissions injures et crachats, la honte aux joues et le cœur en révolte contre pareil traitement inhumain. Nous n'étions pourtant pas au bout de ce séjour en enfer que débutions ainsi de la pire des manières. Nous étions en l'an de grâce 1747, au début de l’automne.


L'arsenal militaire de Marseille avait été construit à l’initiative de Colbert. Nous avions marché près de 700 km en de longues étapes. C'est aux portes de l'hiver que nous fîmes notre entrée dans cet univers glauque. Nous avons été répartis sur différents bancs de nage sur notre galère, remplaçant ceux qui n'avaient pas survécu. Un espace terrifiant étroit pour cinq galériens attachés les uns aux autres. Dans cette maudite brancarde de 2, 30 de long et 1,25 de large, nous devions trimer, manger, dormir, déféquer et tenter de survivre avec une ration journalière de deux livres de biscuit, 4 onces de fèves et parfois un peu de vin. Nous avions le sentiment d'être déjà installés dans notre futur cercueil.


Mais ne croyez pas que ce fut la navigation la pire expérience. Au contraire, c'était là la période la moins épouvantable car quoique à l'air, qu'il pleuve, qu'il neige ou qu'il vente, nous étions à l'ouvrage et plutôt mieux nourris que lorsque l'inaction nous réduisait à croupir dans l'arsenal où sans protection aucun contre les courants d'air, mes camarades les plus faibles tombaient les uns après les autres, de faiblesse, de maladie, de malnutrition ou de désespoir.


C'est là que je devais survivre si j'en avais la force trois longues années. C'est du moins ce que je pensais quand les circonstances se bousculèrent quelque peu. Jean Philipe, chevalier d'Orléans : le général des galères fut nommé à ce poste de second ordre à l'époque quand il avait tout juste 16 ans. Le jeune homme se prit progressivement de passion pour sa fonction au point que fort de l'influence, le fils du régent obtient de son cousin le roi le maintien de ce corps. Sa mort le 16 juin 1748 va sonner le glas de cette institution obsolète.


À la mort de son vieux cousin, le roi saisit cette opportunité pour dissoudre ce corps d'état bien trop couteux en regard des services rendus. Nous apprenons ainsi que nous allons être rattachés à la marine nationale et qu'il serait question d'un transfert à Brest. Un nouveau voyage qui n'était pas pour nous déplaire en dépit des inconvénients du trajet tant pour nous, rien n'était pire que notre banc de nage et surtout l'inaction à l'Arsenal.


C'est plus tard naturellement que j'appris le détail de ce vaste transfert qui devait me faire découvrir du pays. Le 10 mars 1749, des gabares arrivent dans le port de Brest afin de subir quelques arrangements afin d'acheminer dans la rade de Brest ceux de mon espèce qu'elles iront quérir à Bordeaux. Quant à nous, de Marseille nous rejoindrons Agde par voie maritime sur des Tartanes qui gagneront ensuite le canal du Midi. Là pour rallier nous naviguons sur des flutes jusqu'à Toulouse. Puis, pour naviguer jusqu'à Bordeaux nous descendons la Garonne sur des gabarres. De là, cinq gabares nous emporteront à Brest en une ultime étape de ce grand voyage au frais du roi.


Pour nous, ce fut en dépit des circonstances, une sorte de croisière pour laquelle nous n'avions qu'à supporter une fois encore la promiscuité à laquelle nous étions habitués et les mauvais traitements de nos garde chiourmes qui ne différaient guère de notre quotidien. Nous partons le 24 avril et gagnons Toulouse le 4 mai. Le lendemain nous descendons la Garonne jusqu'à Bordeaux où nous embarquons sur les gabares le 10 mai.


Le 25 mai, à huit heures du soir, L'Esturgeons, la gabare de mer sur laquelle j'étais un passager entravé, toucha la rade de Brest. Le lendemain alors que d'autres navires étaient égarés en mer, mes camarades et moi-même, devenus durant le trajet des forçats, nous mettions les pieds à terre pour découvrir notre nouvelle résidence et un statut différent certes mais toujours fort peu enviable : désormais nous devenions des forçats.


Durant le trajet dix des nôtres avaient perdu la vie et 130 autres malades furent installés directement à l'hôpital. Au bilan final, il faudra dénombrer 76 décès durant cette croisière peu banale. Les survivants abandonnaient la mer pour le port, la rame pour les outils du condamné aux travaux forcés. Pour le reste rien ne changeait, ni notre maigre ration ni notre tenu d'indignité, ni la chaîne.


Pour moi, j'allais quitter cet univers concentrationnaire car j'atteignis sans grands dommages le terme de ma peine. Ce voyage, ces préparatifs, ces nombreux reports, changements, hésitations et contre-temps m'avaient permis de me préserver quelque peu et de voir le temps s'écouler moins péniblement. Je pouvais regagner mes pénates, retrouver les miens et ne plus tenter le diable en jouant les faux-sauniers. À force de traîner les fers aux pieds, je m'étais mis un peu de plomb dans la tête.


Pour évoquer cet épisode de ma vie, je couchais sur le papier ce récit maladroit et ces quelques vers en revendiquant ce statut de forçat en souvenir de ceux de mes camarades qui étaient encore à l'ouvrage là où finit la terre de notre royaume.


Les damnés les fers aux pieds




Les enfants regardent passer les damnés
Pauvres prisonniers en route pour le bagne.
Séparés à jamais de leurs compagnes
Exclus de la vie, ils sont condamnés.


Triste spectacle qui doit servir de leçon

Les gamins leur jettent des pierres

Tandis que les adultes vocifèrent.

La haine se fait insidieux poison !


Pauvres forçats promis à l'enfer

Traînant aux pieds de lourdes chaînes

C'est l'humanité qui se déchaîne

Dans l'insupportable fracas des fers


Leur démarche résonne sur les pavés
Ils avancent vers une destinée amère.
Pour s’en aller bien au-delà des mers,
Vers leur épitaphe déjà gravée.


Le poids de leurs effroyables crimes
Pèsent sur la conscience des bagnards
Jetés très tôt dans de sombres mitards
En Guyane, la société les opprime

*


Embarqués pour la pire des pénitences
Ils renonceront au moindre espoir
De retrouver honneur et gloire
La mort est au bout de la sentence


La rade sera la pire des prisons
Soumettant les forçats à sa règle
Malheur à qui se prend pour un aigle
S'écrasera sans aucune rémission

*


Pour les exclus de notre société
Seul Lucifer leur ouvrira ses bras

Quand pour eux sonnera l'heure du trépas
Bien loin de toute forme de charité


Même la mort ne sera pas délivrance.

Débarrassés de leurs terribles peines

Ils nourriront l'océan qui se déchaîne

Bien loin du pays de leur enfance


Pauvres forçats promis à l'enfer

Traînant aux pieds de lourdes chaînes

C'est l'humanité qui se déchaîne

Dans l'insupportable fracas des fers

mardi 21 mai 2024

Tout au fond d’une chopine

 

Morsures vipérines







Tout au fond d’une chopine

Il y a les monstres de mes nuits

Les illusions qui se débinent

Dans tous les tourments de ma vie


Tout au fond d’une chopine

M’attendent de pauvres catins

Que sans plaisir je lutine

Miteux amours sans lendemain


Tout au fond d’une chopine

Surgissent d’étranges fantômes

Aux morsures vipérines

Quand l’enfer m’ouvre son royaume


Tout au fond d’une chopine

Arrive un vieux loup de mer

J'ai le cœur qui s’illumine

Promesse d’un départ pour Cythère


Tout au fond d’une chopine

Je noie mes ultimes espoirs

D’une vie qui se ratatine

Derrière ce maudit comptoir


Tout au fond d’une chopine

La tempête m’emporte alors

Souvenir des Malouines

Sans jamais dépasser le port


Tout au fond d’une chopine

À chaque fois que je me noie

C’est ma vie qui dégouline

D’une affreuse gueule de bois


Quand au fond de ma chopine

L’ultime lampée devient fatale

Moi le buveur qui tombe en ruine

Je gis au pied de mon fanal

•••


 

lundi 20 mai 2024

Je veux vous offrir quelques mots

 

Quelques mots





Je veux vous offrir quelques mots

Pour qu'ils deviennent de belles chansons

Des mots tendres qu'on dit sans façon

Des mots doux qui donnent des frissons


Les mots salés venus du large

Les mots copiés remplissant la marge

Les mots chantés sur un air joyeux

Les mots priés le regard aux cieux


Les mots pourris, envoyés à la face

Les mots gentils, brisant la glace

Les mots vomis blessant la bouche

Les mots bannis parfois si louches


Les mots composés d'un seul trait

Les mots avalés quand on bégaie

Les mots fléchés, pour aller plus loin

Les mots croisés perdus dans un coin


Les mots gourmands dans un festin

Les mots troublants pour un destin

Les mots savants tombant des nues

Les mots brigands, surgis de la rue


Les mots brisés quand on s'effondre

Les mots soudés qui nous confondent

Les mots crachés qui vous reviennent

Les mots oubliés, quelle déveine !


Les mots douteux qu'on nous impose

Les mots heureux sentant la rose

Les mots frileux dans une flamme

Les mots vicieux pour quelques larmes


Les mots clarté chantés dans la nuit

Les mots bonté pour toi mon ami

Les mots enchaînés par notre peur

Les mots aimés qu'on dit en douceur


Les mots certains de leur puissance

Les mots malins qui ont confiance

Les mots gredins qu'il faut corriger

Les mots lointains aimant voyager


Les gros mots qu'on lâche dans la peur

Les petits mots, offerts pour un cœur

Les vilains mots qu'on dit à main nue

Les vieux mots qui ne sont pas perdus


Je vous adresse tous mes mots

Pour briser les laideurs du moment

Des mots durs qui deviennent tourments

Des mots forts qu'on hurle dans le vent

•••



samedi 20 avril 2024

La Capitainerie de Meung-sur-Loire

 

En son bistroquet





Quand la tête vous tourne et vacille

Et que la raison part en vrille

Vous n'avez plus besoin de vous en faire

Denis vous conduira en enfer


Dépourvu de tenue et d'honneur

Pour amuser les consommateurs

Un diable sort d'une lucarne magique

Avec ses farces drolatiques


Vous serez tour à tour son jouet

Sa petite chose, son farfadet

Fera de vous une andouille

Tout autant que son arsouille


Sans cesse se montrera sans pitié

Ses grimaces vous seront destinées

À l'affut du flagrant délire

Provoquant des éclats de rire


Pourtant faudra vite pardonner

Ce luron mal intentionné

Comment pourriez-vous lui en vouloir

Lui qui vous invite à son comptoir ?


Ne vous pensez pas sa victime

Vous qui devenez son intime

Être du nombre des heureux élus

Mérite bien ce moment farfelu !


Il vous paiera alors sa tournée

Tel un humoriste confirmé

Faisant de sa Capitainerie

Le théâtre de ses comédies


Pas moyen de sauter au plafond

La Loire, splendide toile de fond

Offre un décor grandeur nature

Au prince de la tablature


Point n'est besoin de vous présenter

L'enchanteur de toutes nos soirées

Avec lui c'est toujours en chanson

Que le garçon présente l'addition


Jehan de Meung lui souffle des quatrains

Gaston Couté lui donne la main

On ne peut être mieux adoubé

Que par ces poètes célébrés




N'hésitez pas

Contactez Denis et Claire

samedi 13 avril 2024

J'aimerais tant vous parler d'elle

 

Ses habits de lumière

 

 





J'aimerais tant vous parler d'elle

De ses habits de lumière

Des reflets qui la font si belle

Dans les yeux des lavandières


Elle se glisse dans son lit

Majestueuse et docile

Se donne à toutes vos envies

Quand elle se fait gracile


Elle vous chasse sans pitié

Coléreuse et farouche

Gronde le long des sentiers

Arrachant toutes les souches


J'aimerais tant vous parler d'elle

De ses habits de lumière

Des reflets qui la font si belle

Dans le creux des sablières


Elle se répand sans retenue

Gracieuse et câline

Se montre alors toute nue

Pour une nuit coquine


Elle se refuse soudainement

Frondeuse et violente

Repousse sans ménagement

Celui qui la croyait dolente


J'aimerais tant vous parler d'elle

De ses habits de lumière

Des reflets qui la font si belle

Le long de ses gravières



Elle se prélasse sans détour

Paresseuse et offerte

S'abandonnant à votre amour

Sans vous avouer sa défaite


Elle vous chasse un peu plus tard

Rageuse et cinglante

Affirmant sans aucun fard

Qu'elle ne sera plus votre amante


J'aimerais tant vous parler d'elle

De ses habits de lumière

Des reflets qui la font si belle

Au détour de la rivière


Vous l'avez sans doute compris

Elle est ma merveilleuse Loire

Aimée beaucoup, à la folie

D'une passion à ne pas croire


Vous l'avez sans doute compris

Et il vous faudra bien me croire

Je l'aime plus qu'à la folie

Ma si douce et tendre Loire


J'aimerais tant vous parler d'elle

De ses habits de lumière

Des reflets qui la font si belle

A mes envies marinières

•••

vendredi 12 avril 2024

Loire, rivière de légendes et de récits ...

 

Réceptacle

 




Rivière de légendes et de récits

Elle est d'abord réceptacle à la vie

Pour la faune tout comme la flore

Un somptueux écrin où éclore


Une végétation chatoyante

Et parfois même luxuriante

Nous invite à la contemplation

De ce trésor de la création


Théâtre somptueux de verdure

Pour les amoureux de la nature

Domaine toujours mouvant et troublant

Au grès des variations de son courant


Elle abrite ou bien met en péril

Ceux qui partagent son lit versatile

Sur la berge ou même dans ses flots

La diablesse change souvent le tableau


Les animaux font alors le gros dos

Se pliant aux colères de ses eaux

Avant que de tenter de survivre

Lorsqu'elle disparaît de nos rives


Les arbres doivent apprendre à nager

Puis à supporter son austérité

En résistant à ses coups de boutoir

Avant que de se priver de boire


Les poissons n'ont pas la vie facile

Dans un chenal souvent intranquille

Puis ils se font prendre au piège

D'un étiage aux mille sortilèges


Les oiseaux ont retenu la leçon

Ne la prenant pas toujours pour maison

Ils décident de changer de secteur

Eux qui sont grands voyageurs migrateurs


D'autres habitants beaucoup plus petits

S'adaptent tant bien que mal à ses folies

Reconnaissons que pour ses riverains

Ce n'est pas simple d'être ligériens


De ce spectacle à nul autre pareil

Sachons jouir de toutes ses merveilles

Conscients de la responsabilité

Qui nous incombe de le préserver

•••



lundi 8 avril 2024

Tout au fond d’une chopine

 

Tout au fond d’une chopine





Tout au fond d’une chopine

Il y a les monstres de mes nuits

Les illusions qui se débinent

Dans tous les tourments de ma vie


Tout au fond d’une chopine

M’attendent de pauvres catins

Que sans plaisir je lutine

Miteux amours sans lendemain



Tout au fond d’une chopine

Surgissent d’étranges fantômes

Aux morsures vipérines

Quand l’enfer m’ouvre son royaume


Tout au fond d’une chopine

Arrive un vieux loup de mer

J'ai le cœur qui s’illumine

Promesse d’un départ pour Cythère


Tout au fond d’une chopine

Je noie mes ultimes espoirs

D’une vie qui se ratatine

Derrière ce maudit comptoir



Tout au fond d’une chopine

La tempête m’emporte alors

Souvenir des Malouines

Sans jamais dépasser le port


Tout au fond d’une chopine

À chaque fois que je me noie

C’est ma vie qui dégouline

D’une affreuse gueule de bois


Quand au fond de ma chopine

L’ultime lampée devient fatale

Moi le buveur qui tombe en ruine

Je gis au pied de mon fanal

•••


 

À quoi rêvent les bateaux qui restent à quai ?

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