vendredi 23 juillet 2021

Le cochon est dans le pastis

 

Une décision imbuvable.






La lutte contre le dopage devient véritablement impitoyable et chaque fédération se lance dans une chasse sans pitié contre les tricheurs, les fraudeurs, les truqueurs. La pétanque étant devenue un sport largement télévisé, candidat malheureux à l’intégration au programme des Jeux Olympiques de Paris en 2024, elle ne peut néanmoins rester éternellement affublée du fameux bob Ricard. Il fallait agir pour redorer l’image de cette merveilleuse activité qui enchante nos vacances mais pas que …


La décision a été lourde sans doute. Certains même ont trouvé que les dirigeants sportifs poussaient le bouchon trop loin. Qu’importe les polémiques, le fait est acquis, il y aura des contrôles lors des compétions de pétanque. Rassurez-vous, nos platanes des places publiques ne seront pas privés de ces offrandes, généreusement accordées par nos champions de la boule. Point n’est encore question d’analyses d’urine dans ce microcosme !


L’investigation ne portera pas non plus sur ce mauvais sang que se font nos champions tant la pression psychologique est grande durant une partie. S’ils se piquent de bons mots et de galéjades, de coups de sang et de tirades pagnolesques, nos sportifs de la terre battue n’ont pas besoin de produits complexes pour améliorer leurs performances. L’industrie chimique n’a pour l’heure pas trouvé une nouvelle niche.

Alors quel sera la teneur de ce contrôle qui pointe le bout de son nez. À bien regarder l’appendice nasal de nos lanceurs de boules, le doute n’est pas permis. La pétanque va changer radicalement d’orientation, cherchant par là même une nouvelle légitimité et une reconnaissance internationale. Ce sport tout autant que sympathique loisir va devenir un sport de ballon.


Je devine votre étonnement. Non, les projectiles demeureront ces petites sphères métalliques, striées ou bien lisses, devenues depuis quelque temps des armes par destination dans l’imaginaire policier. C’est d’ailleurs en songeant à tous les tracas subis par ceux qui avaient une triplette dans leur coffre que l’idée est venue à un dirigeant capable d’établir des analogies.


Le contrôle d'alcoolémie fera son entrée dans les concours de pétanque. La nouvelle est tombée, brutale, abrupte. Au camping des flots bleus, on s’interroge désormais sur l’opportunité d’organiser des concours à proximité de la buvette. Que deviendront les concurrents qui en cours de partie seront soudainement déclarés inaptes au jeu ? Quelle conduite adopter si le pointeur fait soudain défaut ou si le tireur se trouve pris par la patrouille ?


Nous devinons aisément les scènes ubuesques que va entraîner cette mesure de salubrité sportive. Se pose néanmoins la question du comment ? Faudra-t-il faire souffler les vainqueurs de chaque partie après le dernier point marqué ? Ne serait-il pas plus prudent d’attendre qu’ils aient célébré dignement leur victoire avant que de les contrôler ?


Autre point qui mérite notre réflexion, le coût de tous ces éthylotests. Qui va payer la tournée ? Ne serait-il pas plus raisonnable du reste d’imposer un cerceau automatique avec contrôle systématique à chaque fois qu’un joueur s’installe dans ce petit cercle rouge ? Là encore, cela va entraîner des frais qui ne sortiront pas du réfrigérateur.


Toujours soucieux d’aider mes semblables dans l’amélioration des tous petits rien qui peuvent éventuellement changer l’existence, ne serait-il pas plus judicieux de réduire le diamètre de ces cerceaux réglementaires. Aujourd’hui ils ont un diamètre de cinquante centimètres et sont en toute logique, rond comme une queue de pelle, ce qui n’insiste pas à la sobriété. Pourquoi ne pas modifier leur forme tout en réduisant leur taille pour mettre en évidence les éventuelles pertes d’équilibre du joueur buveur ? Voilà une mesure qui tomberait sous le sens !


Le cochon est donc tombé dans le Pastis. La pétanque va perdre son âme dans cette histoire. Il fallait déjà avoir la foi pour rester dans une fédération sportive qui n’a pas le label Olympique, mais à défaut de montrer pattes blanches, ce qui n’est guère possible dans ce jeu, il faudra attester d’un foie en parfait état. La truculence va déserter nos parties de boules, la mignonnette également. C’est la fin d’un monde. Le législateur vient de tuer César !


Pointeusement leur.


 

jeudi 22 juillet 2021

Des pieds et des ailes.


Baroudeur ultime.





Gilles est un être de l'extrême. Il veut aller au bout de ses passions qui deviennent alors des pratiques inscrites dans une recherche de la perfection. Ce fut ainsi qu'enfant, il passait des heures avec un ballon contre un mur pour apprivoiser ce pied plus récalcitrant que l'autre.


Cette manie, ce délire peut-être, lui fut bien utile quand ses deux pieds lui permirent d'être reçus à bras ouverts dans l'Aveyron. Il aimait la région, il adorait la nature, il se promit alors que bientôt, il serait capable de nommer tout ce qui l'entoure dans trois lieux à la ronde.


De la faune à la flore, du petit au sauvage, de l'arbre aux fleurs, des insectes aux mammifères rien ne devait échapper à sa classification personnelle. Les jumelles toujours à portée de main, une faune ou une flore illustrée sur le bureau, il est à l'affût ; la recherche du détail qui a pu échapper à sa sagacité.


Après le football, il a voulu explorer à sa manière complète une autre activité. Dans son département coule une rivière, il se promit alors d'être parfaitement autonome sur toutes les eaux vives de ce pays. L'apprentissage fut des plus humides mais bientôt il put poursuivre son exploration naturelle au fil de l'eau.



Annie plus sage et moins aventureuse mis le pied dans des chaussures de marche. Le club de Kayak avait une section randonnée, Gilles ne se fit pas tirer l'oreille pour venir l'y rejoindre. Une fois encore, il est allé au bout de chemins bien plus escarpés que les miens. L'homme, il est vrai à la morphologie adaptée à l'effort de longue haleine.


La Cordillère des Andes n'eut plus de secrets pour lui. Il sillonnait la Terre le sac sur le dos. Annie suivait son aventurier. Ils envisageaient alors une retraite prochaine, un nouveau départ pour de nouvelles courses folles même si l'accident tragique d'une amie au Chili refroidit un temps leurs désirs d'extrême.


Le sort a joué à Gilles un bien vilain tour. Une maladie cachée qui soudain se réveille, un mal insidieux qui lui ronge le cœur et le prive de ses balades au long cours. Le coup est terrible, les projets s'envolent et le moral en prend un fort mauvais coup.



L'homme a pourtant plus d'un tour dans sa besace. Un souvenir d'enfance remonte à la surface. Un cadeau de Noël, un livre inoubliable qui laisse à jamais une trace indélébile. La magie Gutenberg a encore distillé un virus, pour Gilles ce sera nos amis ailés.


Il savait déjà identifier tous les chants d'oiseaux de son environnement direct. Il est devenu membre actif (comment pourrait-il faire autrement) de la Ligue pour la Protection des Oiseaux. Il milite chaque fois que sa santé le lui permet, il observe, il compte, il fait des relevés. Il fait action de sensibilisation dans diverses manifestations.


Il écrit des articles sur la cause oiselière et quand un drôle d'oiseau vient lui demander l'hospitalité, il n'hésite pas une seconde à lui ouvrir sa porte et à lui confier ses secrets pour quelques traits de plume. Annie à ses côtés s'inquiète bien un peu de sa santé défaillante, mais ces deux là sont faits pour vraiment bien s'entendre.


Gilles et son désir d'absolu, Annie et sa stratégie du picorage entre jardin et balades, cinéma et cuisine. Leur seul regret, en vrai Aveyronnais, c'est de ne pas avoir su « marier » leurs deux amis de toujours : Michèle et Jean-Jacques ne se trouvèrent jamais …


Ornithologiquement vôtre

 


 Photographies de Christian Beaudin pour rendre hommage à un amoureux des oiseaux parti à tire d'aile vers un monde meilleur.


Le cochon est dans le pastis

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