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samedi 20 avril 2019

La mirifique histoire de l'œuf de Pâques.



La coquille vide ….



 
Il est ici bien inutile de savoir qui de l'œuf ou de la poule en chocolat a entamé cette mirifique histoire qui engraisse autant les chocolatiers de notre pays de bombance que les gourmands de tous poils et de tous âges, ravis de se moquer ce jour-là de la volaille et du fruit de ses entrailles. Il suffit de comprendre que nul coq n'a baigné dans l'aventure pour réaliser en fait que la chose a été créée de toute pièce et je me fais fort de vous la servir sans coquille.

Depuis l'antiquité, l'œuf décoré avec amour et fantaisie célèbre le retour du Printemps. Les poules furent en cette occasion les dindons de la célébration. Elles livrèrent bataille mémorable à ces pauvres moutons qui jouèrent eux aussi bien souvent le rôle de la victime si commode. Pour la fable que je vais vous conter, tout se passa il y a bien longtemps, bien loin d'ici … J'espère que vous goberez mon histoire sans vous étouffer .…

Or donc, en ce temps et en ce pays là, de braves moutons en avaient assez d'être les seules victimes expiatoires de ces fêtes calotines ! Il est d'ailleurs étrange que l'on célèbre la vie par la mort de quelques milliers de pauvres ovins de substitution. La supercherie, pour eux, n'avait que trop duré puisque ce sont les agneaux qui devaient remplacer au pied levé, le bouc, trop occupé à reconstituer des stocks si mis à mal par toutes les hécatombes promulguées au nom des obédiences monothéistes.

L'agneau, quoique de lait, aimait à se nourrir d'un bon chocolat éponyme (Imputons à son jeune son jeune âge ce manque évident de goût). Pour incroyable que cela paraisse, il se trouve que dans ces élevages coupés du monde, la pratique était avérée. Les historiens se perdent en conjectures mais ne remettent pas en cause la fable. Il est vrai que sous d'autres cieux, des écureuils se targuèrent de semer des noisettes dans leurs tablettes surnuméraires et qu'il existe encore une contrée où des vaches mauves baignent dans une étrange affaire chocolatée ! Tout est donc possible au pays des songes….

C'est dans un élevage de l'île de Pâques (puisqu'il faut situer l'anecdote, n'ayons crainte de fouler les territoires les plus improbables) qu'une fermière avait l'habitude de mouler à la louche son fromage frais d'agnelle. Un agneau facétieux et amateur de calembours et autres calembredaines de mots distordus modifia l'ordre des consonnes initiales et loucha sur un moule. On peut prétendre que l'approximation soit tirée par les cheveux, mais rassurez-vous, l'agneau venait d'être tondu pour avoir folâtré avec un berger Germain !

Le moule en question avait une forme oblongue rappelant étrangement un petit ballon de Rugby. Comme ce sport était alors parfaitement inconnu en cette île Pacifique, leurs lointains voisins Fidjiens prétendirent y voir la forme d'un œuf. Constatez que l'histoire tient à peu de chose et que le destin se joue de bien des ironies. À Noël les marrons, à Pâques les ballons de Rugby ! Le Pacifique se fit ainsi Ovale et les gars de là-bas devinrent des sportifs redoutables. Mais ceci est une toute autre histoire ...

C'est naturellement dans l'unique jardin d'un couple de grands-parents aimants que furent dispersés les petits œufs de chocolat pour que des bambins se prennent pour des explorateurs aventureux … Semé dans cette minuscule enclos, l'œuf ainsi moulé de bon lait d'agnelle et de chocolat à l'origine inconnue, attendit longtemps l'arrivée d'un ecclésiastique en mission sacrée pour se répandre à travers le monde.

Il se trouve qu'un jour, de manière fortuite, un bon père blanc, voyant les marmots à quatre pattes fut bien vite attiré par la scène. Ne cherchons pas à épiloguer sur ses motivations réelles, il est plus conforme à la morale chrétienne d'espérer que ce saint homme aimât lui aussi le chocolat. Ne sachant où donner de la tête, il fut transporté d'aise et se promit de revenir en France avec cette belle tradition sous sa soutane.

C'est naturellement par la Loire que la nouvelle se répandit dans notre pays. Depuis quelques années déjà, les chalands transportaient la canne à sucre et le cacao vers Blois et Orléans. Ces deux villes devinrent des plaques tournantes du chocolat gourmand. Les commerçants avisés, ne voulant mettre tous les œufs dans le même panier, créèrent bien vite la poule en chocolat pour accréditer l'idée que l'œuf vient toujours de celle-ci.

Les années passèrent, le petit commerce Pascal fit des émules à travers tous le pays. Mais toujours à la pointe de l'innovation, un chocolatier Abraysien, en visite à la fonderie Bollée eut l'idée merveilleuse de fondre le chocolat dans un moule à cloche. Ne cherchons pas à comprendre les arcanes de ce raisonnement spécieux, la cloche resta silencieuse mais fit grand bruit dans le monde des gourmands.

Ainsi est né l'œuf de Pâques et le Christ ressuscita nous dit-on, pour profiter de cette belle gourmandise. (Nous ne sommes pas à un anachronisme ni une fantaisie près) Il me plaît à croire que cette histoire est vraie, quoique de chocolat, je ne mange guère ! Quand aux marrons de Noël, ils furent bien vite remplacés par des crottes, vous comprenez aisément pourquoi. Le filon était bon, il fallait pousser la bonne affaire plus loin et profiter du moule tant qu'il est encore chaud… Le mouton pensait s'en tirer à bon compte, la gourmandise, hélas, le rattrapa encore. Voyez-vous, en cette belle période gourmande, c'est : « viande et dessert » !

Anachroniquement leur


vendredi 19 avril 2019

Des poires au chocolat



Le dessert disparate


J’ai repris avec plaisir mes activités caritatives et prétendument gastronomiques. La grande distribution est toujours aussi généreuse : elle nous inonde de produits qu’il convient de sauver pour proposer des repas à des gens qui sont en situation de détresse sociale. Ce n’est pas parce qu’ils sont miséreux que nous devrions considérer que la qualité des produits n’a aucune importance ; c’est pourtant ce que sous-entend le mode d’approvisionnement qui est le nôtre.

Nous jouons avec les dates de péremption ; nous jonglons avec la fraîcheur supposée de ce qui nous est offert généreusement contre une défiscalisation de bon aloi. C’est donc à nous de prendre le risque de l’intoxication alimentaire : risque sans filet d’ailleurs car je doute que nous disposions d’une couverture en cas de problème.

Nous sommes bénévoles : cette merveilleuse catégorie de bonnes poires susceptibles de faire des miracles avec rien, ou presque, et de prendre tous les coups en cas de problème. C’est encore nous que les braves gens, voisins outrés et dérangés, pointent du doigt quand nos poubelles débordent des rogatons de la générosité douteuse. C’est toujours nous les mauvais objets qui faisons venir dans un quartier paisible cette foule hétéroclite, patibulaire et si souvent exotique.

Pourtant, ce sont ces maudits bénévoles qui pincent le nez et se coltinent le sauvetage des produits qui n’ont pas trouvé preneurs dans nos merveilleuses enseignes de l’abondance alimentaire. Quand ils arrivent chez nous, les légumes font grise mine, les fruits sont cotis, les poires blettes, les bananes noires, les champignons gluants, les haricots filandreux et marrons. Nous trions, coupons, éliminons les plus abîmés, en conservant ce que nous ne garderions pas si c’était pour nous. Mais que faire d’autre ?

Les deux dernières séances de peluche, le champignon était en abondance. Des cagettes entières ; à croire que les champignonnières ne travaillaient que pour fournir des surplus à la banque alimentaire. Nous devions alors éliminer le pied, éplucher le chapeau en retirant une membrane qui prenait des teintes incertaines. Un bénévole ne compte pas son temps : nous avons réussi ce tour de force de rendre présentable ce qui ne l’était plus depuis longtemps.

Cette fois, ce sont des haricots verts qui ne tenaient plus qu’à un fil. Marrons plus que verts, mous et cassants, il y en avait vingt kilogrammes, libéralement octroyés par un généreux donateur. Dans ce véritable jeu de Mikado, nous avons écarté plus de s deux tiers de ces malheureux légumes : un travail de Romain pour des légumes qui avaient dû être récoltés il y a plus d’une semaine, au moins. La fraîcheur, ce n’est pas pour les nécessiteux !

Je vous dispense de la description des trois cagettes de poivrons. Nos mains avaient changé de couleur. Les déchets étaient, une fois encore, équivalent à ce qui était préservé. Pour cacher la misère, nous les coupons en carrés minuscules, ce qui prend encore beaucoup de temps qui ne se calcule pas puisqu’il est celui des bénévoles …

Alors, quand je découvris un carton de poires miraculeusement en parfait état de conservation, des William rouges, un véritable délice de douceur et d’onctuosité, je n’en crus pas mes yeux. Hélas, je sais que les fruits, mis à part la banane ou le raisin, ont mauvaise presse chez nos bénéficiaires. Les proposer ainsi, c’était prendre le risque de ne pas les voir partir. Je décidai de les éplucher et de les mettre à tremper dans un sirop vanillé.

Pour donner une touche esthétique, je conservai la queue de la poire. Puis je dressai les fruits dans un ramequin pour les napper de crème au chocolat. Le tout arrosé de sirop de trempage. Le dessert était prêt. Il y avait une cinquantaine de coupelles ; il ne restait plus qu’à en faire la promotion pour parvenir à tenter le chaland, à le convaincre d’oser le fait maison, loin des illusions de l’emballage.

Car voyez vous, tout ce qui sort de l’ordinaire, du produit directement issu de l’industrie agroalimentaire interroge au mieux nos « clients », les repousse la plupart du temps. Comme des enfants qui prétendent ne pas aimer ce qu'ils ne connaissent pas, ils s'orientent systématiquement vers ce qui est en pot, en emballage attirant, sous plastique avec moult conservateurs. Mes poires heureusement partirent car j'avais réussi à briser cette représentation et que désormais, bon nombre des bénéficiaires savent que le mardi, il y a mes desserts. Cette victoire sur la norme et la médiocrité est fragile ; elle est pourtant un petit coin enfoncé dans cette société de la gabegie. Et rien que pour ça, je voulais vous en faire part.

Dessertement vôtre.

La mirifique histoire de l'œuf de Pâques.

La coquille vide ….   Il est ici bien inutile de savoir qui de l'œuf ou de la poule en chocolat a entamé c...