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jeudi 27 juin 2024

Il espérait qu'on l'écoute

 

Ça te play ?





Il espérait qu'on l'écoute

Drôle d'exigence sans doute

Se contente d'être filmé

Illusoire notoriété


Son tour de chant en public

Provoque un effet magique

Tout au bout d'une main tendue

L'écran pour qui a la berlue


Saltimbanque se réjouit

Des œilletons braqués sur lui

Sa musique immortalisée

Lui promet la célébrité

•••

Si l'appareil enregistre

L'opérateur quel cuistre

Au beau milieu du refrain

Bavarde avec son voisin


Et le chanteur de s'étonner

Qu'on puisse ainsi lui dérober

Tout une part de lui même

Sans récolter ce qu'il sème

•••

Le petit extrait oublié

Un autre sera enregistré

Le repoussant dans le néant

De cette mémoire sans présent


L'artiste ne fut qu'un décor

Pour ces trop nombreux pécores

Un misérable prétexte

Sans se soucier de ses textes

•••

Quand se présente le chapeau

Les téléphones sont fardeau

Pour qui a pris sans demander

Et surtout n'entend rien donner


L’intermittent que c'est navrant

A grand besoin de cet argent

Que lui refuse désormais

Qui ne dispose plus de monnaie

•••

Pourtant ce maudit portable

Pour payer carte sur table

Facilite opportunément

Tous les nombreux autres paiements


Le musicien n'a pas accès

Au petit boîtier qui permet

De recevoir rétribution

Pour sa belle prestation

•••

Il espérait qu'on l'écoute

Drôle d'exigence sans doute

Se contente d'être filmé

Illusoire notoriété


mardi 11 juin 2024

Ne peut être La Fontaine qui veut

 

Fariboles à Bou ...




Ne peut être La Fontaine qui veut

Surtout au bord de la rivière

Il est prudent de marcher sur des œufs

Pour le singer à sa manière …


Pour qui cherche la petite bête

Le modèle ouvre bien des portes

Quand les animaux sont à la fête

Afin que la morale l'emporte


Prenant alors moult précautions

C'est un piètre versificateur

Qui d'un bestiaire, a l'ambition

De suivre les pas du fabulateur


Quand l'âne bâté tiendra la plume

Les manants auront le mauvais rôle

La tête posée sur une enclume

Ils ne le trouveront pas si drôle


À proximité d'une binette

Bien des fables feront alors leur trou

Les amis de la bibliothèque

Sont conviés à en venir à bout


Sans nulle prétention un sacripant

Déclamera quelques fariboles

Pour amuser les petits et les grands

De métaphores en paraboles


Au terme de ce curieux pensum

Lors d'un moment plus récréatif

On bâillonnera alors C''Nabum

Afin de jouir d'un apéritif


Toutes ces bouches enfin déliées

La convivialité à l'honneur

Un repas froid sortira des paniers

Pour le plus grand plaisir des spectateurs


Qui fut contraint de tendre l'oreille

Aime ensuite à se remplir le gosier

La bouche n'a jamais son pareil

Pour satisfaire le bêtisier


Les vers se griment alors en verres à pied

La rime se boit à petite gorgée

Une conclusion qui à tous sied

Sans que la morale en soit écornée

•••


 



mardi 21 mai 2024

Tout au fond d’une chopine

 

Morsures vipérines







Tout au fond d’une chopine

Il y a les monstres de mes nuits

Les illusions qui se débinent

Dans tous les tourments de ma vie


Tout au fond d’une chopine

M’attendent de pauvres catins

Que sans plaisir je lutine

Miteux amours sans lendemain


Tout au fond d’une chopine

Surgissent d’étranges fantômes

Aux morsures vipérines

Quand l’enfer m’ouvre son royaume


Tout au fond d’une chopine

Arrive un vieux loup de mer

J'ai le cœur qui s’illumine

Promesse d’un départ pour Cythère


Tout au fond d’une chopine

Je noie mes ultimes espoirs

D’une vie qui se ratatine

Derrière ce maudit comptoir


Tout au fond d’une chopine

La tempête m’emporte alors

Souvenir des Malouines

Sans jamais dépasser le port


Tout au fond d’une chopine

À chaque fois que je me noie

C’est ma vie qui dégouline

D’une affreuse gueule de bois


Quand au fond de ma chopine

L’ultime lampée devient fatale

Moi le buveur qui tombe en ruine

Je gis au pied de mon fanal

•••


 

jeudi 16 mai 2024

Des gammes avec des mots.

 

L'écrit vain





Une douce assuétude, une folie furieuse, l'hypertrophie verbale d'un bouffon pitoyable, délire grapho-maniaque, chacun y ira de son appréciation pour qualifier ces bouteilles de l'amer jetées sur la vague ainsi chaque jour, depuis treize longues années. Un pensum ou une œuvre de l'éphémère et du fongible, libre à vous de juger ou d'ignorer ces écrits qui ne cherchent même plus à se graver dans le marbre ou sous le plomb d'une presse.


Chaque matin, tandis que le soleil ne cherche pas encore à percer les mystères qui l'attendent, un mot, une expression, une anecdote, glanés ici ou là s'afficheront en haut d'une page blanche. D'eux, naîtront une succession de phrases, de paragraphes qui scandent le rythme d'une pensée vagabonde. Le titre suffit à déclencher un processus qui du reste n'a guère d'importance.


Il vient parfois d'un poste de radio qui fonctionne en sourdine, qui sans le vouloir, ouvre la voie pour quelques minutes de divagation. Bien souvent, le texte n'aura strictement aucune relation avec la chronique radiophonique. Parfois tout au contraire, les inepties habituelles de la classe politique déclenchent une avalanche de mots incontrôlées.


À d'autres moments, la nuit a porté conseil. Un scénario s'est construit, boutant le sommeil exigeant alors, séance tenante, de mettre en route la machine à conte. Ce matin-là, le temps prendra une toute autre dimension, donnant toute la priorité à cette fiction du petit matin. L'intrigue ou simplement la narration se glissent ainsi entre des lignes qui se laissent elle-même surprendre par le flot de l'imaginaire.


Quoiqu'il en soit, l'urgence est grande de boucler la page, de remplir cette mission absurde que je me suis assignée et qui prend désormais toute la place. C'est seulement au point final que je peux envisager de reprendre une vie ordinaire quoique cet adjectif ne correspond guère aux curieuses habitudes de votre serviteur.


Il se peut qu'en me rasant ou bien en faisant un séjour sur ma chaise percée (éternelle source d'inspiration) une autre idée germe, devant cette fois une tentative illusoire de chanson, une faribole ou bien un poème de mirliton. Le cycle infernal reprend jusqu'à en oublier les impératifs du quotidien.


Ne pensez pas que j'en ai alors terminé avec ce travail de forçat. L'enregistrement presque quotidien pour mon heure d'émission hebdomadaire sur Ondes Bleues la Radio prend le relais. Il exige lui aussi beaucoup de temps, les mots s'ils se bousculent pour mon plus grand plaisir sur la feuille, en font tout autant dans ma bouche, se permettant même quelques facéties qui imposeront de nombreuses retouches.


Tous ces écrits vains m'accompagnent, m'obsèdent, me coupent sans doute de la vie réelle. Soyez donc indulgents en découvrant au hasard de votre pérégrination sur les réseaux, ces bouteilles à la mer ou bien à la Loire qui n'ont d'autre ambition que de vous faire passer un petit moment, si vous appartenez encore à cette catégorie en voie de disparition : le lecteur de fond.


Je dois vous avouer qu'il y a un impératif incontournable pour cet exercice matutinal. Atteindre le bas de la page sans déroger à la taille de la police. C'est cette longueur qui décourage les adeptes du texte court, des SMS ou autres messages incertains. Je me persuade que de toute façon, nous n'avons rien à lire.


Voyant le pied de page se profiler, le plus délicat est de trouver une chute, une pirouette qui tiendra la route. C'est hélas souvent mission impossible, l'écrit vain n'ayant pas toujours le sens de la formule. Les points de suspension viennent alors à mon secours, confiant la tâche, à ce lecteur hypothétique qui parviendra jusque là …


 



jeudi 1 février 2024

De la braguette à la poussette

 

Au brame citoyens.





De la braguette à la poussette

Tout la nation se réarme

Oubliez la petite branlette

Les séparations et les larmes

 


La calotte supplante la capote

Il convient de redresser la tête

Pour que bientôt marmots et marmottes

Initient la grande reconquête



Le braquemart en guise d'étendard

Le coq sur toutes les oriflammes

La France deviendra un lupanar

Afin de réanimer la flamme



Loin de la posture du missionnaire

Le soldat ne tirera plus à blanc

Prenant une position salutaire

Celle du chien de fusil assurément



Mais qui donnera l'exemple au Palais ?

Le géniteur de la raie publique

Installé dans la voiture balais

Ne peut passer aux travaux pratiques



Quand à son bras droit ce n'est pas malin

Il n'a guère de goût pour cet ouvrage

Il risquera fort de passer la main

En dépit d'un juvénile courage



Puisque l'exemple ne vient pas d'en haut

Nous devrons nous retrousser les manches

Pour sortir la nation du chaos

Sans que nul citoyen ne flanche



Vêtus simplement d'un gilet jaune

Nous occuperons alors les ronds points

Pour des tournantes loin de ce trône

Où règne un monarque sans bambin



Les poulets laisseront la matraque

Pour participer aussi à l'effort

Une décharge en guise d'attaque

Rendra utile leur précieux renfort



La Révolution réjouissante

D'une bacchanale républicaine

Célèbrera les parturientes

Qui auront Brigitte pour marraine







mercredi 28 juin 2023

Au pied des vers

 

Au pied des vers





Mes pieds me réclament des comptes

Je me demande à quoi ça rime

Alors que pour ma grande honte

Mes vers sont en pleine déprime


Pour tous mes poèmes décomposés

La mesure est souvent bancale

Sans aucun billet à composter

Lors de cet exercice buccal

 



Quand mes doigts viennent à mon secours

C'est pour s'assurer d'un décompte

Que j'épelle en un ultime recours

Pour m'exonérer de la honte


Loin de maîtriser la métrique

Ni même la versification

J'use c'est ma foi fort pratique

De bien des approximations

 



Foin de la bataille des genres

Sans déverser dans le sexisme

Mes rimes seront unigenres

Par volonté de dimorphisme


Si la critique m'apostrophe

La pauvreté de l'assonance

Tout au long de mes pauvres strophes

Prouvera mon incompétence

 



Pour la licence poétique

La remarque est hors de propos

La métaphore c'n'est pas pratique

Manque bien trop souvent d'à-propos


Je m'y prends donc comme un pied

Comme un misérable échanson

Les quatrains sont estropiés

Par des sonnets à l'abandon

 



Au pied des vers sans contrefaçon

Faisant la joie des sottisiers

Mes fariboles de Mirliton

Resteront en travers du gosier


Adieu le versificateur

Sans rime ni la moindre oraison

Lui le misérable verre-siffleur

Délaisse le vers pour le canon ...

•••



dimanche 22 janvier 2023

Traverser la rue.

En marche ...

Retour vers sa nature.




Il fut un jour pas comme les autres durant lequel une horde d’oisifs, des êtres se contentant de vivre de la générosité publique, ce que d’aucuns appellent habituellement l’assistance ou bien encore les allocations chômage, se mirent en quête de la dignité élémentaire que constitue un emploi. Ils avaient ouï, de la part d’un personnage haut placé, une nouvelle incroyable, une prophétie à moins que ce ne fut une galéjade cynique : « Il suffit de traverser la rue ! »

Le premier à se lancer de l’autre côté de ce vaste espace incertain, fut ce qu’on nomme aujourd’hui un martyre de la crédulité. Il avait été jardinier, un humble travailleur de la terre. Il aimait ce métier qu’il avait choisi, il y avait été formé. Il avait besoin de se sentir en contact avec la nature et voilà qu’un guide, un gourou des temps modernes, un être supérieur sans doute, issu d’une caste d’élus, lui demandait d’affronter le bitume et l’asphalte, d’oser franchir cette zone incertaine sur laquelle roulaient des véhicules devenus fous.

Le brave jardinier ignorait alors que loin de l’humus, du terreau, il allait perdre ses racines, se mettre en péril et surtout affronter un monde sans règle ni pitié. Ses premiers pas sur ce territoire inconnu furent facilités par le chef suprême. Sa parole l’avait galvanisé, il avait foi en ce jeune personnage à la détermination extrême. Il avait mis un pied sur la chaussée, puis un second, poussé par sa confiance aveugle en celui qui devait changer le monde …

À son tour, le jardinier était en marche, il découvrait que c’était possible, qu’il suffisait d’un peu de conviction pour franchir l’obstacle. Des caméras étaient braquées sur lui, les télévisions de tout le pays relayaient l'événement. Dans la nation toute entière, chacun retenait son souffle. Ses semblables, ceux qui depuis si longtemps avaient été laissés sur le bord du chemin, cette route réservée aux seuls privilégiés, bien à l’abri dans leurs limousines aux verres teintés, le suivaient des yeux, espérant eux-aussi, jouir de cette folle espérance.

Chacun était gagné par l’émotion. Le suspens était grand. L’homme allait-il parvenir à vaincre cette course d’obstacles ? Pourrait-il se faufiler dans le flot des nantis, des électeurs du grand marcheur ? Sortirait-il entier de ce trafic endiablé ? Il était là, au milieu de la circulation tel un toréador dans l'arène. Un frisson parcourait spectateurs comme téléspectateurs tandis que son guide avait depuis longtemps tourné le dos.

L’homme conseilleur en effet avait d’autres chats à fouetter. Les finances de sa petite entreprise étant dans un état déplorable, il était contraint de profiter de cette journée Portes ouvertes pour jouer les colporteurs, les marchands de colifichets. Il devait vendre des babioles, toutes fabriquées par des sous-hommes dans des nations lointaines et défavorisées, pour un salaire de misère. L’important personnage n’avait cure de cette sordide réalité, l’essentiel pour lui était de réaliser des bénéfices substantiels pour refaire à la fois la façade de son palais et celle de son épouse.

Pendant ce temps, le jardinier était planté au milieu de la route. Ayant échappé plusieurs fois au pire, il était pétrifié, incapable d’aller plus loin. Des bolides passaient de chaque côté, tous klaxons hurlants. Il avait trouvé refuge, si ce terme avait encore un sens dans sa situation, sur un clou, ultime vestige d’une époque lointaine où les piétons traversaient en sécurité, simplement pour aller de l’autre côté de la rue.

Le jardinier aurait aimé se sentir pousser des ailes. Il aurait pu ainsi se sortir du mauvais pas dans lequel l’avait placé ce beau parleur. Maintenant, il n’avait plus le choix. Ne plus bouger et il risquait de rentrer dans la catégorie des chômeurs de longue durée, non indemnisés. Avancer encore et il allait être broyé par cette société dans laquelle il n’avait jamais trouvé sa place. Sur le trottoir, les cris d’encouragement semblaient le pousser à oser ce saut dans l’inconnu, cette multitude active et en mouvement qu’il avait regardée jusqu’alors de trop loin.

Il écouta la foule, il fit un pas de plus, un pas de trop. Il fut écrasé par un transport de fonds. Son corps passa sous les roues, il fut laminé. Il n’était plus que de la charpie, happé, broyé, éviscéré par tous les autres véhicules, indifférents, qui passaient, négligemment sur ses restes. Face à cette horreur, les autres, ceux qui auraient pu suivre ses pas se retournèrent contre celui qui l’avait poussé dans cette équipée sauvage …

L’homme important, tout en comptant et retenant les bénéfices de son opération de promotion patrimoniale, se retourna alors vers la terrible scène qu’il avait indirectement provoquée. Surpris qu’on puisse s’indigner de ce qui venait de se passer, il déclara : « Que me reprochez-vous ? En lui proposant de faire de la cuisine plutôt que du jardinage, je ne me suis pas trompé. Voyez le résultat, il est au-delà de mes promesses. L’homme courageux qui m’a écouté a réalisé son projet. Il ne pouvait espérer au mieux qu’une jardinière de légumes et son projet est consommé, un potage vaut mieux qu’un potager ! »

Cette fois, Freluquet, puisqu’il s’agissait de lui, était allé trop loin. Il venait de montrer son véritable visage tout autant que le profond mépris qu’il avait pour cette plèbe dont il prétendait faire le bonheur sans jamais croire à cette affirmation. Ceux qui avaient avalé sa promesse d’emploi de l’autre côté de la rue, le poussèrent dans le flot de la circulation. Il fut à son tour écrasé, non pas par le flot des véhicules mais par la colère des laissés pour compte.

À  contre-sens.


 


 

À quoi rêvent les bateaux qui restent à quai ?

  Partir À quoi rêvent les bateaux qui restent à quai ? Ces éternels prisonniers de leurs entraves Ils ont pour seules v...