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dimanche 28 juillet 2024

Au détour d'un beau songe

 

Ma vie par procuration





Lorsqu'ils se sont invités

Au détour d'un beau songe

Ils firent preuve d'assiduité

Pour peupler mes mensonges


Passagers sans bagages

Pour des voyages au long cour

Devinrent mes personnages

Sans réclamer mon concours


Ils pimentèrent leurs récits

D'aventures mirifiques.

Évanescence de la nuit

Aux vapeurs de barriques


Depuis ils n'ont de cesse

Venant à l'improviste

De m'offrir leurs largesses

À chaque entrée en piste


Suivant alors leurs conseils

Au fil d'un écritoire

Je vous glisse à l'oreille

Des aventures de Loire


C'est par procuration

Que ma vie se déroule

De pérégrinations

En mouvements de foule


De contes en fariboles

C'est désormais par écrit

Que lutins, fées et trolls

Prennent place dans mes récits


D'une existence imagée

Transmise par les rêves

Des aventures inspirées

Par des songes sans trêve


On m'accorde des mérites

Qui ne sont qu'illusion

Un auteur émérite

Crée ses propres fictions


Mes écrits sont susurrés

Par des muses oniriques

Sans que je puisse assurer

Leur rôle authentique


Ma vie bien plus que rêvée

N'est que l'émanation

D'étranges esprits éthérés

Dictant mes rédactions

•••


dimanche 9 juin 2024

Un refrain

 

La belle ritournelle que voilà





Ritournelle ou bien rengaine, il revenait sans cesse dans les chansons qui nous ont laissé une trace profonde en mémoire. Il est alors cette petite bouée qui permet de s'accrocher à un flot de paroles dont les moins attentifs finissaient par perdre le fil. C'est ainsi que par le cœur ou pour le chœur, il constituait une étape, une escale bienveillante pour continuer le chemin.


Bien des refrains nous trottent encore dans la tête sans que nous puissions les prolonger par des couplets qui au fil du temps se sont estompés, effacés ou bien perdus dans les abysses de nos mémoires. Pourtant, rien que par leur merveilleux truchement, des images reviennent à la surface, des moments agréables, des personnes aimées.


Le refrain, fidèle à son étymologie, fait réfraction dans la pensée. Par sa seule évocation, par son retour à la surface, il dévie la lumière présente pour nous plonger dans le passé. Il est porteur de bien plus d'images et de sens que les modestes mots qu'il met en musique. C'est un retour en arrière, l'abolition du temps qui passe. En cela, il fait un bien fou.


Il a aussi le privilège d'être un marqueur générationnel ou social. Les refrains qui sont partagés vous situent dans une histoire, une forme de caste musicale, de clan s'ils échappent aux succès que les radios d'alors matraquaient sans modération. Même cela du reste, en dépit de l'ironie que nous pouvons placer en eux, sont évocateurs et bienfaisants.


Le refrain est en voie de disparition. La nouvelle chanson française semble ne pas avoir l'oreille à ce leitmotiv qui revient de temps à autre à moins de choisir un mot ou une strophe pour la faire tourner en boucle à l'infini. C'est alors la forme caricaturale du refrain, celle qui renvoie à une autre valeur et au dégoût ou à la répugnance.

Pourtant, rien de plus agréable il me semble que d'écrire une chanson quand justement, c'est le refrain qui vous vient à l'esprit, qui donne le tempo et le point de départ d'une suite de couplets qui vont se faire un malin plaisir à l'éclairer plus encore. Pour ma part, c'est ainsi que sont nés les quelques textes que je qualifierais sans honte de populaires même si leur diffusion resta largement confidentielle.


Je risque le ridicule de vous citer des refrains qui ne sont jamais arrivés jusqu'à vos oreilles, mais qu'importe, ce sera l'occasion de vous les donner à découvrir grâce à ceux qui les ont mis en musique avant de me faire le cadeau de les interpréter. Le premier d'entre eux fut celui-ci qui continue de naviguer dans quelques mémoires ligériennes…



« J'ai posé ma guitare sur le fil de l'eau

J'en ai fait une gabarre qui emporte les mots. »


C'est du reste la seule chanson qui eut droit à une radio nationale. Pour un coup d'essai ce fut un coup de maître tout autant qu'un coup de rame dans l'eau.


Mes refrains d'alors se firent un malin plaisir à se faire interrogatifs. Ils formèrent ainsi une petite série que j'ai cru bon interrompre pour qu'on ne se pose pas trop de questions sur mon compte.


 

Où vas-tu marinier

En si bel équipage ?

Où vas-tu naviguer

Loin de ce beau rivage ?


Celui-ci fut alors complété par la plume de celui qui allait en faire une tout autre version puisque la chanson doit rester un corps vivant qui mue parfois au fil du temps. Le refrain prit alors de la bouteille et une forme plus élaborée.


Où vas-tu marinier

En si bel équipage ?

Où vas-tu naviguer

Loin de ce beau rivage ?

Toi qui as mariné

Depuis ton plus jeune âge

Rêvais à d'autres quais

Pour poser tes amarres



Un autre refrain n'a pas transformé son apparence quand il a changé de bouche. C'est donc qu'il se laissait boire sans difficulté et que nous pouvons trinquer sans difficulté avec une autre mélodie.




Que bois-tu Chalandier ?

Ton verre est tout vidé

Quel est ce doux délice

Qui te met en supplice ?


Certes la littérature ne s'en trouvera pas bouleversée et cette chanson à boire n'eut jamais le privilège de vous saouler sur les ondes. Qu'importe, quand le vin est tiré, il faut le boire !


Restons dans un domaine qui ne connaît ni la modération ni la tempérance avec un refrain qui ne cassa peut-être pas trois pattes à un canard pour la simple raison que j'évitais soigneusement de la chanter.



Tout en sifflant une bouteille

J'imagine des merveilles

Tout en vidant une chopine

Je taquine ses copines

Tout en trinquant à ta santé

Je déguste à pleine lampées

Ce nectar magnifique

Tout droit sorti d'une barrique



Après cette tournée je pris bien garde de ne pas multiplier les rimes me contentant pour les couplets de rimer avec bouchon et délice pour assouvir mon vice avec mes compagnons.


Enfin, je clos cet immodeste billet en reprenant le refrain qui me vint spontanément à l'esprit en voyant des carcasses de navires, abandonnées dans un aber.



C'est le cimetière

De nos vieux bateaux

Un petit coin de terre

Mouillé de bien peu d'eau

Une décharge honteuse

Épaves oubliées

La mort insidieuse

Des navires échoués


Pour une petite rengaine




D'aussi loin qu'il m'en souvienne

Me revient cette rengaine

Deux ou trois notes entraînantes

D'une mélodie lancinante


Un souvenir de mon enfance

Une chanson en créance

Des images gravées en mémoire

Façonnèrent longtemps mon histoire


Sournoisement à la manœuvre

Le temps fit désormais son œuvre

Les paroles se perdant pour toujours

Dans les limbes des bienheureux jours


D'aussi loin qu'il m'en souvienne

Me revient cette rengaine

Deux ou trois notes entraînantes

D'une mélodie lancinante


Ne me reste que la musique

Pauvre vestige chimérique

Pour qui, quel pénible tourment

Ne sait pas jouer d'un instrument


Afin de pourvoir redonner vie

À ce bonheur qui s'évanouit

Je sifflote maladroitement

Cette ritournelle de l'enfant


D'aussi loin qu'il m'en souvienne

Me revient cette rengaine

Deux ou trois notes entraînantes

D'une mélodie lancinante


J'espère évoquer un souvenir

Pour qu'un comparse puisse m'offrir

Le plus merveilleux cadeau qui soit

Ma petite chanson à haute-voix


Un jour, je ne désespère pas

Une oreille enfin reconnaîtra

Dans mes pauvres trilles incertaines

Ma plus précieuse des rengaines


D'aussi loin qu'il m'en souvienne

Me revient cette rengaine

Deux ou trois notes entraînantes

D'une mélodie lancinante

•••



jeudi 16 mai 2024

Des gammes avec des mots.

 

L'écrit vain





Une douce assuétude, une folie furieuse, l'hypertrophie verbale d'un bouffon pitoyable, délire grapho-maniaque, chacun y ira de son appréciation pour qualifier ces bouteilles de l'amer jetées sur la vague ainsi chaque jour, depuis treize longues années. Un pensum ou une œuvre de l'éphémère et du fongible, libre à vous de juger ou d'ignorer ces écrits qui ne cherchent même plus à se graver dans le marbre ou sous le plomb d'une presse.


Chaque matin, tandis que le soleil ne cherche pas encore à percer les mystères qui l'attendent, un mot, une expression, une anecdote, glanés ici ou là s'afficheront en haut d'une page blanche. D'eux, naîtront une succession de phrases, de paragraphes qui scandent le rythme d'une pensée vagabonde. Le titre suffit à déclencher un processus qui du reste n'a guère d'importance.


Il vient parfois d'un poste de radio qui fonctionne en sourdine, qui sans le vouloir, ouvre la voie pour quelques minutes de divagation. Bien souvent, le texte n'aura strictement aucune relation avec la chronique radiophonique. Parfois tout au contraire, les inepties habituelles de la classe politique déclenchent une avalanche de mots incontrôlées.


À d'autres moments, la nuit a porté conseil. Un scénario s'est construit, boutant le sommeil exigeant alors, séance tenante, de mettre en route la machine à conte. Ce matin-là, le temps prendra une toute autre dimension, donnant toute la priorité à cette fiction du petit matin. L'intrigue ou simplement la narration se glissent ainsi entre des lignes qui se laissent elle-même surprendre par le flot de l'imaginaire.


Quoiqu'il en soit, l'urgence est grande de boucler la page, de remplir cette mission absurde que je me suis assignée et qui prend désormais toute la place. C'est seulement au point final que je peux envisager de reprendre une vie ordinaire quoique cet adjectif ne correspond guère aux curieuses habitudes de votre serviteur.


Il se peut qu'en me rasant ou bien en faisant un séjour sur ma chaise percée (éternelle source d'inspiration) une autre idée germe, devant cette fois une tentative illusoire de chanson, une faribole ou bien un poème de mirliton. Le cycle infernal reprend jusqu'à en oublier les impératifs du quotidien.


Ne pensez pas que j'en ai alors terminé avec ce travail de forçat. L'enregistrement presque quotidien pour mon heure d'émission hebdomadaire sur Ondes Bleues la Radio prend le relais. Il exige lui aussi beaucoup de temps, les mots s'ils se bousculent pour mon plus grand plaisir sur la feuille, en font tout autant dans ma bouche, se permettant même quelques facéties qui imposeront de nombreuses retouches.


Tous ces écrits vains m'accompagnent, m'obsèdent, me coupent sans doute de la vie réelle. Soyez donc indulgents en découvrant au hasard de votre pérégrination sur les réseaux, ces bouteilles à la mer ou bien à la Loire qui n'ont d'autre ambition que de vous faire passer un petit moment, si vous appartenez encore à cette catégorie en voie de disparition : le lecteur de fond.


Je dois vous avouer qu'il y a un impératif incontournable pour cet exercice matutinal. Atteindre le bas de la page sans déroger à la taille de la police. C'est cette longueur qui décourage les adeptes du texte court, des SMS ou autres messages incertains. Je me persuade que de toute façon, nous n'avons rien à lire.


Voyant le pied de page se profiler, le plus délicat est de trouver une chute, une pirouette qui tiendra la route. C'est hélas souvent mission impossible, l'écrit vain n'ayant pas toujours le sens de la formule. Les points de suspension viennent alors à mon secours, confiant la tâche, à ce lecteur hypothétique qui parviendra jusque là …


 



lundi 13 mai 2024

La belle ritournelle que voilà

 

Un refrain





Ritournelle ou bien rengaine, il revenait sans cesse dans les chansons qui nous ont laissé une trace profonde en mémoire. Il est alors cette petite bouée qui permet de s'accrocher à un flot de paroles dont les moins attentifs finissaient par perdre le fil. C'est ainsi que par le cœur ou pour le chœur, il constituait une étape, une escale bienveillante pour continuer le chemin.


Bien des refrains nous trottent encore dans la tête sans que nous puissions les prolonger par des couplets qui au fil du temps se sont estompés, effacés ou bien perdus dans les abysses de nos mémoires. Pourtant, rien que par leur merveilleux truchement, des images reviennent à la surface, des moments agréables, des personnes aimées.


Le refrain, fidèle à son étymologie, fait réfraction dans la pensée. Par sa seule évocation, par son retour à la surface, il dévie la lumière présente pour nous plonger dans le passé. Il est porteur de bien plus d'images et de sens que les modestes mots qu'il met en musique. C'est un retour en arrière, l'abolition du temps qui passe. En cela, il fait un bien fou.


Il a aussi le privilège d'être un marqueur générationnel ou social. Les refrains qui sont partagés vous situent dans une histoire, une forme de caste musicale, de clan s'ils échappent aux succès que les radios d'alors matraquaient sans modération. Même cela du reste, en dépit de l'ironie que nous pouvons placer en eux, sont évocateurs et bienfaisants.


Le refrain est en voie de disparition. La nouvelle chanson française semble ne pas avoir l'oreille à ce leitmotiv qui revient de temps à autre à moins de choisir un mot ou une strophe pour la faire tourner en boucle à l'infini. C'est alors la forme caricaturale du refrain, celle qui renvoie à une autre valeur et au dégoût ou à la répugnance.

Pourtant, rien de plus agréable il me semble que d'écrire une chanson quand justement, c'est le refrain qui vous vient à l'esprit, qui donne le tempo et le point de départ d'une suite de couplets qui vont se faire un malin plaisir à l'éclairer plus encore. Pour ma part, c'est ainsi que sont nés les quelques textes que je qualifierais sans honte de populaires même si leur diffusion resta largement confidentielle.


Je risque le ridicule de vous citer des refrains qui ne sont jamais arrivés jusqu'à vos oreilles, mais qu'importe, ce sera l'occasion de vous les donner à découvrir grâce à ceux qui les ont mis en musique avant de me faire le cadeau de les interpréter. Le premier d'entre eux fut celui-ci qui continue de naviguer dans quelques mémoires ligériennes…


« J'ai posé ma guitare sur le fil de l'eau

J'en ai fait une gabarre qui emporte les mots. »


C'est du reste la seule chanson qui eut droit à une radio nationale. Pour un coup d'essai ce fut un coup de maître tout autant qu'un coup de rame dans l'eau.


Mes refrains d'alors se firent un malin plaisir à se faire interrogatifs. Ils formèrent ainsi une petite série que j'ai cru bon interrompre pour qu'on ne se pose pas trop de questions sur mon compte.

Où vas-tu marinier

En si bel équipage ?

Où vas-tu naviguer

Loin de ce beau rivage ?


Celui-ci fut alors complété par la plume de celui qui allait en faire une tout autre version puisque la chanson doit rester un corps vivant qui mue parfois au fil du temps. Le refrain prit alors de la bouteille et une forme plus élaborée.


Où vas-tu marinier

En si bel équipage ?

Où vas-tu naviguer

Loin de ce beau rivage ?

Toi qui as mariné

Depuis ton plus jeune âge

Rêvais à d'autres quais

Pour poser tes amarres



Un autre refrain n'a pas transformé son apparence quand il a changé de bouche. C'est donc qu'il se laissait boire sans difficulté et que nous pouvons trinquer sans difficulté avec une autre mélodie.


Que bois-tu Chalandier ?

Ton verre est tout vidé

Quel est ce doux délice

Qui te met en supplice ?


Certes la littérature ne s'en trouvera pas bouleversée et cette chanson à boire n'eut jamais le privilège de vous saouler sur les ondes. Qu'importe, quand le vin est tiré, il faut le boire !


Restons dans un domaine qui ne connaît ni la modération ni la tempérance avec un refrain qui ne cassa peut-être pas trois pattes à un canard pour la simple raison que j'évitais soigneusement de la chanter.


Tout en sifflant une bouteille

J'imagine des merveilles

Tout en vidant une chopine

Je taquine ses copines

Tout en trinquant à ta santé

Je déguste à pleine lampées

Ce nectar magnifique

Tout droit sorti d'une barrique



Après cette tournée je pris bien garde de ne pas multiplier les rimes me contentant pour les couplets de rimer avec bouchon et délice pour assouvir mon vice avec mes compagnons.


Enfin, je clos cet immodeste billet en reprenant le refrain qui me vint spontanément à l'esprit en voyant des carcasses de navires, abandonnées dans un aber.


C'est le cimetière

De nos vieux bateaux

Un petit coin de terre

Mouillé de bien peu d'eau

Une décharge honteuse

Épaves oubliées

La mort insidieuse

Des navires échoués





dimanche 5 mai 2024

À la foire aux oies

 

À la foire aux oies




À la foire aux oies

Je n'ai pu ma foi

Me prendre de bec

Avec un bon mec


À la foire aux ânes

Y'avait une canne

Regardant en coin

Le marchand de foin


À la foire aux bœufs

Marchant sur des œufs

Perdu dans la foule

J'ai perdu la boule


À la foire aux Pie

Avec mon amie

C'est à coup de becs

Qu'on mange les bons becs


À la foire aux vieux

Rien que des envieux

J'ai prié le ciel

De me faire la belle


À la foire aux mots

Les doux et les gros

Ont perdu la face

En brisant la glace


À la foire aux gueux

Il s'en fallut peu

Qu'un prince de sang

Rentre dans nos rangs


À la foire aux trains

En manquant d'entrain

J'ai raté le coche

Perdu ma valoche


À la foire aux vins

C'est pas très malin

J'ai vidé des verres

La tête à l'envers


À la foire aux rimes

En pleine déprime

Avec dix quatrains

J'ai fait le malin

•••








jeudi 4 avril 2024

Par la grâce d'un livre

 

Dans un livre





Le premier contact est souvent décisif

Un attrait, un appel du pied et du titre

Une couverture au décor persuasif

Vous ouvre la porte de tous ses chapitres


L'invite ne manque pas de caractère

Quand bien même il vous faudra la décrypter

Bien des mystères rôdent dans ses commentaires

Lorsque vous les parcourrez avec volupté


Il vous aidera à rester à la page

Marquant votre passage d'un petit fanal

Pour celui qui sait se montrer assez sage

Pour ne point le dévorer jusqu'au point final


Restera toujours dans vos petits papiers

Sans que le numérique entre vous s'immisce

Tout en respirant l'encre qui l'a imprimé

Entre autre plaisir en guise de prémices


L'aventure surgit au détour d'une phrase

Poussant le lecteur à poursuivre son œuvre

Le suspens se nourrit de belles périphrases

Sans que vous n'en perceviez la manœuvre


La surprise s'invite à chaque étape

Vous ôtant toute volonté de le fermer

Même si parfois de rares fautes de frappe

Incitent sa coquille à se refermer


Quand, prudemment, vous prenez de la distance

Vous froissez celui qui n'est pas à la hauteur

Même si vous n'aurez jamais l'outrecuidance

De subtiliser la plume de son créateur


Qu'il soit bouquin, pavé ou encore ouvrage

N'étant point atone, monte le volume

Se refusant sans cesse à l'effeuillage

Tout en se promettant la gloire posthume


Il ouvre le bal avec un épilogue

S'octroie de prestigieuses citations

Espère ainsi entrer dans les catalogues

Et trouver place au rayon publication


À travers lui, votre vie devient un roman

Qui par magie, de vos angoisses vous délivre

Vous invitant durant de merveilleux moments

À vous évader par la grâce d'un livre

••• 

Très bientôt 

160 pages avec 40 enregistrements

24 chansons, des contes et des fariboles 




dimanche 31 mars 2024

Le dormeur du Val

 

Un poème pour viatique




Tout débuta de manière tragique en 1870.Dany venait de naître quand son père fut embrigadé dans l'armée de Loire de monsieur Gambetta pour porter secours aux parisiens. Elle ne revit jamais son géniteur qui avait tout juste eu le temps de poser un baiser sur le front du bébé à sa venue au monde. Le malheureux acheva sa route à Baule le 7 décembre en bord de Loire. Son escadron avait malgré tout repoussé des éléments de l’armée du Grand-Duc de Mecklembourg, une victoire pour rien comme deux jours plus tard à Coulmiers.


Pour Dany, ce drame se matérialisa par une enfance difficile auprès d'une mère qui trimait du matin au soir pour gagner de quoi manger tout juste à leur faim. Elle grandit accompagnée chaque soir, dès qu'elle eut cinq ans et l'âge de comprendre, par le récit du poème d'Arthur Rimbaud. Un rituel entre sa mère, veuve inconsolée et la fillette, orpheline éplorée.



C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.


Toutes les deux, paradoxalement trouvaient du réconfort dans ce merveilleux texte. Elles s'étaient persuadées que Rimbaud évoquait leur mort à elles, tombé au bord des Mauves, ce beau petit affluent de la Loire. Chacun trouve le réconfort et la paix de l'âme comme il peut, pour elles deux, ce poème contribua toujours à accepter l'inacceptable, la barbarie guerrière qui ne faisait pourtant qu'ouvrir le bal de la modernité.


Vingt-cinq ans plus tard, Dany rencontra un charmant garçon avec lequel elle fonda une famille, bien décidée à ne pas suivre la triste destinée de sa mère. Le couple se souda avec l'aversion de la guerre dans le désir de vivre paisiblement dans le charmant petit village de Combleux. Son homme travaillait à la fonderie Bollée qui depuis 1715 fabrique de magnifiques cloches tandis qu'elle était serveuse à l'Auberge de la Christiane.


Quand elle donna naissance à son premier enfant : Christian, un adorable petit garçon, elle fit comme sa mère, tout naturellement, pour l'élever dans ce rejet de la guerre. Elle sentait bien autour d'elle que la volonté de revanche contre les prussiens était particulièrement présente dans les esprits. Les enfants à l'école apprenaient à tirer à la carabine : une folie pour cette jeune femme éprise de paix.


Tous les soirs, Dany récitait le dormeur du Val à son fils, lui racontant inlassablement la mort de ce grand-père qu'il ne connaîtrait jamais. Elle choisissait ensuite des récits, des contes où jamais il n'était question de combats, de batailles, de défis ou de querelles. Le petit Christian fut tout naturellement influencé par cette éducation tournée vers l'amour du prochain.


Quand Christian s'approcha de l'âge d'être appelé sous les drapeaux, la folie avait gagné les esprits. Les roulements de tambour avaient remplacé les propos acerbes, les envies de donner la fessée aux méchants teutons, de retrouver l'Alsace et la Lorraine. Le jeune homme se sentait à mille lieux de cet état d'esprit belliqueux presque général. Il était moqué de tous quand il évoquait la nécessité de vivre en paix, montré du doigt et mis à l'écart.


Christian pris l'habitude de se réfugier sur l'eau, de fuir ses camarades aux propos toujours plus virulents et haineux. Il avait acquis un petit canoë avec lequel il trouvait la paix intérieure au contact d'une nature qui était devenue sa seule amie. Il ne fait pas bon penser à rebours de la majorité, il avait fait le choix de la fuite.


Quand l'avis de mobilisation arriva, il n'hésita pas un seul instant. Il préférait la clandestinité, la désertion à l'horreur d'une guerre qui chaque jour apportait son lot de drames et de larmes. En dépit de l'hécatombe sur le front, les gens n'avaient nullement changé d'état d'esprit. Christian savait qu'il ne pouvait compter sur personne pour l'aider dans sa décision. Il savait que seule la rivière pouvait lui offrir des cachettes qu'il espérait inexpugnables.


Sa mère, bien évidemment fut sa chère complice tandis que son père, avait bien envie de lui sonner les cloches. Il n'en fit rien, trop soucieux de ne pas braquer une épouse intransigeante sur ce sujet. Il préféra fermer les yeux, feindre de ne rien savoir de ce qui se tramait. Pourtant, les préparatifs de son fils ne laissaient aucun doute sur ses intentions.


Christian regroupa dans son canoë de quoi pêcher, chasser, s'abriter, se vêtir et se préserver des intempéries. Il se chargea également de quelques outils afin de se lancer dans une aventure de survie en pleine nature. Son choix était clair, il allait vivre sur la Loire, plus en amont, dans le réseau protecteur des nombreuses îles entre Pouilly-sur-Loire et Sancerre.


Le gamin avait recueilli des informations auprès des anciens Christianiers, des gars que la vapeur avait jetés à terre. Il n'y avait pas plus grands connaisseurs de la Loire que ces gars-là. Bien sûr, il n'avait pas évoqué son dessein et ses questions étaient suffisamment générales pour ne pas leur mettre la puce à l'oreille.


Quand il fut prêt, au lieu de se rendre à la caserne, il débuta sa lente escapade ligérienne. Se cachant le jour dans une île ou des bosquets touffus, naviguant la nuit. Il comprit rapidement que sa connaissance de la rivière, de la faune et de la flore, allait lui permettre de subvenir à ses besoins. Il devint aisément un homme de la rivière, un fuyard, évitant soigneusement les humains.


Il atteignit son but, établit plusieurs camps de base dans ces grandes îles discrètes de la Nièvre et du Cher. Il était toujours à l'affut, sur le qui-vive. Seule la nuit lui apportait un peu de sérénité. Il vivait comme un Robinson fuyant l'effroi des tranchées. Il était totalement coupé du monde et désirait plus que tout la présence d'une compagnie pour l'aider dans sa mission sacrée : fuir la guerre.


Sa bonne fortune se matérialisa par un accident de la vie. Un jeune héron, lors de sa première sortie du nid, manqua le grand saut. Par chance, sa chute fut largement amortie par la végétation tandis que Christian qui avait assisté de loin à la scène se porta aussitôt à son secours lui épargnant le coup de grâce des charognards.


Christian soigna celui qu'il appela Patapon. Une amitié s'établit entre l'oiseau et le déserteur. Le héron, revenu de son échec initial, nourri par Christian de petits poissons, choyé et protégé finit par voler de ses propres ailes. Il comprit intuitivement ce dont avait besoin son sauveur, il lui servit de guet, le prévenant d'une éventuelle présence humaine.


L'un l'autre se donnaient la main s'il est possible de s'exprimer ainsi. Grâce à Patapon, Christian échappa au carnage, parvint à rester caché jusqu'à la fin de la guerre. Il devina aisément qu'elle venait de s''achever quand toutes les cloches des villages voisins sonnèrent à la volée. Il eut une pensée pour son père, le fondeur tandis que jamais sa chère mère n'avait quitté son esprit, car chaque jour, pour renforcer sa détermination, il se récitait le dormeur du Val.


Il lui fallut beaucoup de patience pour revenir à la vie civile. Il avait déserté, il ne pouvait revenir comme une fleur dans son joli Combleux. Il lui fallut trouver une nouvelle identité, chose qui fut possible dans le désordre de l'après-guerre avec tous ces disparus et ces êtres ayant perdu la raison. Il ne revint à Combleux que quelques années plus tard, sans se faire connaître, simplement pour rendre une visite discrète à sa mère. Ce fut pour Dany, le plus beau jour de sa vie. Puis à nouveau, il se perdit dans les îles de Loire, vécut de la pêche comme il l'avait fait durant sa longue disparition.


Vous pouvez mettre en doute ce récit, je ne peux vous en tenir rigueur. Il est né d'une requête : écrire un conte à partir du poème d'Arthur Rimbaud. J'aime à satisfaire les demandes même si la forme tient plus d'une nouvelle que d'un conte. Voilà qui est fait.

.


dimanche 24 mars 2024

Madame je vous en conjure Oh ne me faites pas l'injure De refuser cette chanson ...

 

La chanson offerte







Madame je vous en conjure

Oh ne me faites pas l'injure

De refuser cette chanson

Que j'ai écrite sans façon


Par un matin très ordinaire

Un de ces jours sans manière

Moi qui voyageais sur la toile

Sans avoir sorti la grand voile

J'allais au hasard du destin

Il m'est apparu en chemin

Prenant la forme d'un message

Quelques pauvres mots sans ambages



Madame je vous le demande

Faites-vous donc un peu gourmande

Accordez-lui sa mélodie

Pour enchanter ma poésie


Oui c'était un presque inconnu

Que j'avais à peine entrevu

Juste un bateleur de passage

Un baladin pas vraiment sage

Qui me fit ce joli cadeau

Qui me confia tous ses mots

Certes une offrande magnifique

Ne manque plus que la musique


Madame je vous en conjure

Oh ne me faites pas l'injure

De refuser cette chanson

Que j'ai écrite sans façon



Je me suis demandé pourquoi

Il s'adressait ainsi à moi

Je n'ai pas cherché à comprendre

Ce bonheur, il fallait le prendre

Sans repousser sa quémande

M'emparant de son offrande

Sans plus tarder je lui consens

Ce qu'il espère intensément


Madame je vous le demande

Faites-vous donc un peu gourmande

Accordez-lui sa mélodie

Pour enchanter ma poésie


La mélodie s'est imposée

Des notes que j'aime chanter,

Fredonnées souvent en silence

Pour combler mon impatience

C'est vrai qu'il me fallait bien vite

Répondre à sa touchante invite

En lui envoyant par la toile

Quelques poussières d'étoile


Madame je vous en conjure

Oh ne me faites pas l'injure

De refuser cette chanson

Que j'ai écrite sans façon

Madame je vous le demande

Faites-vous donc un peu gourmande

Accordez-lui sa mélodie

Pour enchanter ma poésie

•••

Photographies de Christian Beaudin

 




mardi 12 mars 2024

Compagnon d'Éole

 

Compagnon d'Éole





•••

Je lui offre quelques vers

Puisqu'il boit mes paroles


De simples mots maladroits

Glissés sur une page

Qui se feront bien plus droits

Par la grâce d'un mage


Il leur trouvera un air

Composé sur sa viole


Bien au delà de la rime

Il suffit d'une rengaine

Pour que la phrase se grime

D'une mélodieuse dégaine


Il illumine mes vers

Enchante mes paroles


De pauvres phrases bancales

Prennent dans l'instant leur envol

Au gré de son madrigal

Chanté sur un ton frivole


Lui qui se fait trouvère

Et compagnon d'Éole


Le chanteur a un pouvoir

Lorsqu'il transmute le plomb

Par le magie d'un gueuloir :

L'Or surgit au fil du son


Je lui offre quelques vers

Puisqu'il boit mes paroles


Le texte se perd ainsi

Dans le mystère des notes

Il n'est plus qu'une mélodie

Grâce à celui qui la porte


Il leur trouvera un air

Composé sur sa viole


Un mince souffle de vent

S’immisce dans les têtes

Tandis qu'au fil du temps

Il se fera tempête


Il illumine mes vers

Enchante mes paroles


Se propage par le monde

Allant de bouche à oreilles

Pour maintenir la fronde

Et faire des merveilles


Lui qui se fait trouvère

Et compagnon d'Éole


Entonnant la clef des chants

Sans le reprendre en canon

Il boutera les méchants

Pourfendus par la chanson


Je lui offre quelques vers

Puisqu'il boit mes paroles

Il leur trouvera un air

Composé sur sa viole

Il illumine mes vers

Enchante mes paroles

Lui qui se fait trouvère

Et compagnon d'Éole

•••



 

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