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vendredi 28 juin 2024

Le prix de la culture.

Il y a de quoi manger chapeau.





De plus en plus de lieux, initialement destinés à tout autre chose, proposent en catimini des spectacles l’information circulant le plus souvent de bouche à oreille ou par la magie des courriels afin d’échapper à l’hydre Sacem. La musique se meurt de ce monstre avide qui réclame sa part pour servir les plus grands et ignorer les petits artisans locaux de la chanson. Beaucoup s’efforcent de contourner ce Racket en agissant ainsi et tendent ensuite un chapeau pour dédommager les artistes.


Nous n’ignorons pas que pour le fisc, cela s’apparente à du travail au noir. C’est un affreux crime contre le Trésor Public, une odieuse dissimulation de revenus, colossaux à n’en point douter. Il est préférable d’en rire avant que de plonger la main dans ledit chapeau pour en compter les pièces. Certains n’ont pas oublié le temps lointain où ils se rendaient à la messe et leur reconnaissance se mesure à l’aulne de quelques piécettes …


Il se joue là, non pas la farce de la pingrerie, je ne me permettrais pas de pointer du doigt cet affreux travers, mais bien la considération que ces gens peuvent avoir pour ceux qui viennent les distraire. Ils ne se rendent nullement compte de la somme de travail et d’investissement humain et financier qui se cache derrière un spectacle, fut-il modeste. Des heures de création, de réflexion, répétition, de mise au point ainsi que l’achat d’un matériel toujours plus onéreux et sophistiqué.


C’est certes pour nombre de ces amateurs éclairés, un plaisir tout autant qu’un loisir. Ils ne désirent ni fortune ni d’en faire un métier, ils souhaitent simplement qu’on reconnaisse à sa juste valeur ce qu’ils font du mieux de leur possible. Il est certain que souvent ils souffrent de la comparaison avec les vedettes exposées sur les écrans, mais de là à penser que ce qu’ils proposent ne vaut que des roupies de sansonnet, il y a un monde.


J’ai eu le déplaisir de découvrir dans un chapeau une somme si considérablement ridicule que j’en tirai deux conclusions diamétralement opposées. Ma prestation était d’une insignifiance et d’une médiocrité rares, ce qui m’interroge alors sur la résistance de ces gens qui sont restés jusqu’à son terme, supportant plus de 90 minutes d’inepties abracadabrantes sans même songer à partir alors qu’il n’avait rien déboursé pour être là ou bien ces braves gens n’avaient strictement aucune idée de la somme à débourser pour un spectacle.


Je penche, sans doute par orgueil et vanité pour la seconde hypothèse. Mettre ainsi dans le chapeau en moyenne un tout petit peu plus de deux euros par personne, cela relève du denier de l’inculte. La somme récoltée ne couvrant même pas les frais de déplacement, la mesure était bien plus pleine que la bourse.


Vous pouvez penser à juste raison que ces spectateurs se sont en agissant ainsi honorés d’une obligation avant que de s’enfuir à toutes jambes. Ce serait légitime tant leur geste semble exprimer un mécontentement profond. Mais il n’en est rien, ils sont restés pour discuter, dire leur satisfaction et le bon moment qu’ils avaient passé en ma compagnie. C’est donc qu’il n’avait aucune conscience de la signification exacte de ce chapeau qui circula dans la salle…



C’était pour l’essentiel un public qui n’avait sans doute pas l’habitude de se rendre dans une salle de spectacle. Dans un petit bistrot très rural, ils étaient venus passer un bon moment, se divertir et prendre une ou deux consommations. Leur geste atteste simplement du peu de crédit qu’ils accordent au spectacle vivant, de l’absence totale de repères qu’ils ont en ce domaine et non d’un mépris ou d’une indifférence désolante. Ironie du sort, le soir-même, j’étais à mon tour spectateur d’un spectacle au chapeau. Il fut formidable et je glissai dans ce réceptacle à obole autant que ce que j’avais laissé à mon partenaire quelques heures auparavant ce qui fit sourire un ami averti de mes déboires et qui m’en fit la remarque.


Qu’en conclure ? J’avoue ne pas trop savoir même si j’ai la ferme intention de ne pas renoncer à me rendre à de tels rendez-vous, fusse au prix de quelques désagréments pécuniaires. Je suis convaincu de la nécessité de me produire là où le conte habituellement ne vient jamais, loin d’un public averti et habitué. Si le risque est de recevoir de tels chapeaux, j’en accepte le prix à payer. À votre bon cœur messieurs dames.





mercredi 22 mai 2024

Partition pour un livret

 

Des mots et des notes en question




La clef de sol est-elle la porte d'accès au succès ?

Un musicien doit-il boire un cordiale avant de s'accorder ?

Qui souffle le vent se fera-t-il pardonner avec une petite bise ?

Est-il nécessaire de présenter la note à un musicien qui joue faux ?

Est-ce qu'un percussionniste peut se taper la cloche ?


Un hautbois est-il recommandé pour chauffer la salle ?

Une nuit blanche vaut-elles deux idées noires pour les compositeurs ?

Le dernier soupir est-il toujours prolongé par un très long silence ?

Vivre en harmonie est-il encore possible pour qui n'est pas au diapason ?

Un accord mineur contraint-il les basses à avoir une voix rocailleuse ?


Le compositeur s'accroche-t-il bec et hanches à sa portée ?

Existe-t-il une saison pour les arpèges ?

Faut-il battre la cadence pour redresser la barre ?

Les solistes sont-ils réfractaires à la théorie des ensembles ?

Une fugue est-elle une ballade qui a mal tourné ?


La phrase musicale respecte-t-elle la règle des accords ?

Une berceuse peut-elle se passer du sol ?

Que se passe-t-il quand un musicien dépasse la mesure ?

Un chalumeau peut-il participer à un nocturne sans faire d'étincelles ?

Faut-il changer de disque quand le refrain est usé ?


Faut-il lécher le timbre d'un instrument ?

Qu'est ce qui a précédé les instruments à vent ?

Est-ce de mauvais ton de ne pas respecter le temps ?

Faut-il bien s'entendre pour jouer à l'unisson ?

Que devient un virtuose qui a de l'arthrose ?


Le mi est-il la note préférée de la baguette du chef ?

Pourquoi ne pose-t-on jamais les cuivres sur le piano ?

Un guitariste a-t-il toujours la caisse ?

Sans tambour ni trompette est-il encore possible de se réveiller en fanfare ?

Faut-il mener à la baguette celui qui fait des pains ?


Si le concert, qui s'occupe du dessert ?

Le joueur de pipeau peut-il être pris au sérieux ?

Faut-il être pistonné pour claironner en haut lieu ?

Celui qui donne naissance à une mélodie, doit-il élever le ton ?

Le flageolet est-il vraiment un instrument à vent ?


La musique d'ascenseur doit-elle alterner crescendo et decrescendo ?

Faut-il ménager une corde sensible ?

Ingres dut-il accorder son violon avant de le peindre ?

Peut-on véritablement mettre en boîte la musique ?

L'orgue arrive-t-il à point nommé pour jouer de la musique sacrée ?


Pour assurer un rappel faut-il nécessairement des instruments à cordes ?

Le métronome est-il à la mesure ce que le diapason est à la note ?

La musique militaire chantée en canon adoucit-elle vraiment les mœurs ?

La musique de chambre se joue-t-elle les yeux fermés ?

Les archers ont-ils plus d'une corde à leur violon ?

•••




vendredi 17 mai 2024

Le musicien de Cinq-Mars-la-Pile

 

Les belles louves.





À Cinq-Mars une tour antique domine la Loire, immense phallus de brique, érigé fièrement au-dessus de la rivière. Elle est là depuis des temps immémoriaux et son état de conservation tient lieu du miracle. La belle construction se dresse à plus de trente mètres de hauteur. Elle eut l’honneur d’être citée par Rabelais, homme de goût, prompt à raconter des histoires. Je ne sais si celle que je vais vous narrer vient de lui. Qu’importe, il suffit de vous laisser porter par le récit !


Il était une fois, au pied de la belle tour, un chemin qui conduisait vers un carroi qu’on n’avait pas pris la peine de nommer jusqu'à ce qu'advienne ce que je vais vous céder. Ceux qui ignorent cette histoire s’interrogent souvent sur l’origine de ce nom étrange. Puis, constatant que bien des phénomènes mystérieux étaient associés à ce lieu que d'aucun prétendaient hanté par des esprits malins, des elfes et des lutins, nul ne cherchait à en dévoiler le mystère. Chacun prenant garde de ne point s’y aventurait la nuit. Les gens d’alors étaient superstitieux.

 

C’est pourtant à la nuit tombante qu’un musicien, un ménestrel qui allait de château en château, n’étant pas homme à reculer devant les histoires de bonnes femmes et les manifestations douteuses de la crédulité des hommes, emprunta ce chemin pour se rendre à Langeais, en dépit des mises en garde multiples qu’il avait reçues des gens du pays.


L’homme allait, son psaltérion en bandoulière. Il marchait d’un bon pas, chantonnait, tout occupé qu’il était à la création d’une chanson de geste qu’il allait proposer au seigneur de Langeais. Il avait l’esprit rêveur, il était question dans son récit de quatre belles demoiselles, vêtues de blanc et aux mœurs aussi légères que leur tenue. Il faut reconnaître que notre homme avait sans doute quelques démangeaisons intimes : sa vie amoureuse n’étant pas des plus florissantes.


Il allait conclure mentalement avec l’une des donzelles quand il arriva au carrefour sans nom. Le ménestrel chantonnait à haute voix, lui qui pensait être seul, son récit prenait forme et il s’accordait le beau rôle avec jubilation et envie. Quand soudain, il tressaillit : une belle, telle que la décrivait sa chanson, apparut devant lui.


Elle était plus belle encore qu’il n’avait pu l’imaginer. Elle laissait transparaître un sein merveilleux qui s’offrait à son admiration, sa chevelure flottait au vent. Sa blancheur contrastait avec la nuit qui s’installait progressivement sur la vallée. Notre musicien resta bouche bée. Jamais il n’avait vu apparition plus splendide.


Il n’était pas au bout de ses surprises car trois autres beautés surgirent de nulle part ; plus attirantes les unes que les autres. Après des semaines d'abstinence, notre pauvre musicien en perdait la raison. Il ne savait plus où poser son regard concupiscent. L’une avait des fesses à vous damner, l’autre des proportions qui en faisaient une statue antique, la troisième un sourire à vous faire fondre et les seins de la première avaient d'emblée subjugué le ménestrel.


Ses yeux sortaient de leurs orbites, ses cheveux se dressaient sur son crâne, il se sentait pris de frissons et de bouffées de chaleur dans le même temps. Il se comportait de bien étrange manière, il bavait, écumait, avait la langue pendante et n’aurait rien eu à envier au loup de Tex Avery s’il avait eu le bonheur de le connaître. Je tairai, par décence, les modifications morphologiques qui accompagnaient ces manifestations plus visibles, quoiqu’à bien le regarder, les quatre nymphettes n’eussent aucun doute quant à l’effet qu’elles produisaient sur le bonhomme.


Il y avait diablerie dans ces apparitions en dépit du regard angélique des donzelles. Le ménestrel allait défaillir quand la plus jeune prit la parole d’une voix à vous damner. « Beau musicien, fais-nous danser toute la nuit. De ton instrument, enchante nos âmes, réjouis nos cœurs et, au petit matin, tu auras la plus belle récompense dont tu puisses rêver ! »


Le Ménestrel ne se fit pas prier. Il avait une petite idée et une grande envie de la récompense suggérée. Il joua de son psaltérion-une cithare qui avait un cœur percé en son centre- avec une inspiration sublime. Les belles faisaient rondes et ballets autour de lui, lui susurraient des mots tendres, lui octroyaient œillades et baisers envoyés à la volée.


Plus elles aguichaient le musicien, plus sa mélodie se faisait gracieuse et plus le pauvre homme bouillait d’impatience et de désir. Les belles se faisaient lascives. Elles laissaient de plus en plus entrevoir des peaux diaphanes et des merveilles de courbes et de rondeurs. Jamais on n’entendit plus belle musique sur les bords de Loire, jamais on ne vit danses plus torrides.


Puis le jour se leva, la récompense du Ménestrel était proche. Son cœur battait la chamade, il avait les doigts tout usés d’avoir ainsi joué une nuit entière sans interruption. Il venait de vivre la plus belle de ses nuits, il pensait toucher le Graal et jouir sans retenue des belles danseuses quand soudain, à l’instant même où l’astre solaire faisait son apparition sur la Loire, les danseuses se métamorphosèrent en louves. Elles filèrent bien vite et pénétrèrent dans une grotte creusée dans le tuffeau.


Le pauvre ménestrel ne put supporter ce mauvais coup du sort. Il avait tant espéré, que la rouerie des diablesses le mit au désespoir. Il détacha une à une les cordes de sa cithare, les noua entre elles et choisit un chêne vénérable. Il se pendit dans l’instant, sans signe de croix ni la moindre prière pour sauver son âme. Les soubresauts de la mort furent accompagnés d’une éjaculation somptueuse et magistrale.


Dans l’instant même où la semence du défunt toucha le sol, un bouquet de mandragores sortit de terre et le pauvre garçon se transforma en loup. Ainsi l’endroit fut-il nommé : « le Carrefour du Loup pendu ». On attribue bien des vertus magiques à la mandragore et on laissa la dépouille du loup pourrir sur son arbre.


Depuis, il se murmura longtemps dans la région qu’il y avait, chaque nuit, grand sabbat dans la grotte à flanc de vallée. Quatre louves et un vieux mâle faisaient sarabande amoureuse au son mystérieux d’un instrument à cordes, venu d’on ne sait où. Ainsi se répandent les légendes qui aiment à voyager au fil du courant …


 



samedi 20 avril 2024

La Capitainerie de Meung-sur-Loire

 

En son bistroquet





Quand la tête vous tourne et vacille

Et que la raison part en vrille

Vous n'avez plus besoin de vous en faire

Denis vous conduira en enfer


Dépourvu de tenue et d'honneur

Pour amuser les consommateurs

Un diable sort d'une lucarne magique

Avec ses farces drolatiques


Vous serez tour à tour son jouet

Sa petite chose, son farfadet

Fera de vous une andouille

Tout autant que son arsouille


Sans cesse se montrera sans pitié

Ses grimaces vous seront destinées

À l'affut du flagrant délire

Provoquant des éclats de rire


Pourtant faudra vite pardonner

Ce luron mal intentionné

Comment pourriez-vous lui en vouloir

Lui qui vous invite à son comptoir ?


Ne vous pensez pas sa victime

Vous qui devenez son intime

Être du nombre des heureux élus

Mérite bien ce moment farfelu !


Il vous paiera alors sa tournée

Tel un humoriste confirmé

Faisant de sa Capitainerie

Le théâtre de ses comédies


Pas moyen de sauter au plafond

La Loire, splendide toile de fond

Offre un décor grandeur nature

Au prince de la tablature


Point n'est besoin de vous présenter

L'enchanteur de toutes nos soirées

Avec lui c'est toujours en chanson

Que le garçon présente l'addition


Jehan de Meung lui souffle des quatrains

Gaston Couté lui donne la main

On ne peut être mieux adoubé

Que par ces poètes célébrés




N'hésitez pas

Contactez Denis et Claire

mercredi 17 avril 2024

Souffler n’est pas jouer

Sur un air d’accordéon





Fabre, en bon forgeron qu'il était, disposait d’un soufflet gigantesque qu’il fallait actionner avec une longue et pesante chaîne. Sa forge produisait un vacarme épouvantable qui effrayait d’autant plus les enfants du village que l’artisan, un véritable colosse, frappait comme un sourd sur son enclume. Tout près de son atelier, la terre tremblait, le tonnerre ne cessait de faire tressaillir les passants.


L'artisan avait besoin d’un assistant, un souffleur de vent pour que le charbon entre en incandescence. C’est un enfant qui était ainsi attaché à ce rude labeur. Cyril, pauvre gamin devait à la fois supporter une chaleur digne des portes de l’enfer et un bruit à vous damner. Il dépérissait à vue d’œil et avait une tristesse dans le regard qui en disait long sur le calvaire qu’il subissait.


Fabre n’était pourtant pas un mauvais bougre mais il ignorait tout des droits de l’enfant, de la vie au grand air et des charmes de la nature. Il avait lui aussi passé sa jeunesse à actionner le terrible soufflet de son père puis était passé de l’autre côté pour manier le marteau sans jamais sortir de cet espace clos et bruyant, de cet antre de Satan.


Son jeune assistant n’entendait pas rester attaché toute sa jeunesse à ce travail de forçat. Il avait dans la tête des envies d’évasion, des désirs de jeu et de grands espaces. Il en fit part un jour au maître du feu qui s’emporta à cette idée saugrenue. « Souffler n’est pas jouer petit drôle. Tire sur la chaîne et laisse donc tes rêves de liberté ! »


L’enfant avait baissé la tête et s’était remis à l’ouvrage. Mais dans son esprit, il était désormais clair qu’il devait trouver une échappatoire, une porte de sortie à son calvaire. Un jour, la destinée lui sourit par le truchement d’une jeune enfant qui jouait un peu plus loin, de l’autre côté de la ruelle. La petite fille avait un drôle de jouet en bois, un petit piano miniature comme il s’en faisait alors.


Malgré le vacarme de la forge, le gamin parvint à saisir quelques sons épars. Il était conquis par ce qu’il percevait et n’eut de cesse que de désirer accéder à ce jouet. Il fut patient. La gamine avait la chance d’être née sous une bonne étoile, elle avait tout ce qu’elle voulait et se lassa bien vite de ce petit instrument qu’elle abandonna un soir devant le pas de sa porte, oubliant négligemment de le ranger.


Cyril, le servant du soufflet, profita de la nuit pour aller quérir cet objet qu’il cacha dans un recoin de la forge. Le gamin avait une idée en tête, une drôle de pensée lui ayant traversé l’esprit en percevant quelques notes jouées par la voisine. Il se mit à réfléchir, lui qui avait tout le temps pour ça, attaché qu’il était à ce poste de travail si rébarbatif et répétitif.


Il sacrifia de nombreuses heures de sommeil pour réaliser son projet, en cachette naturellement du forgeron qui n’était pas homme à tolérer la moindre fantaisie. Le gamin observa attentivement le jouet, chercha à en comprendre le fonctionnement, échafauda des hypothèses, se mit au travail pour lui apporter d’étranges modifications. Il avait désormais une idée fixe, une intuition soufflée par la providence.


Il voulait se libérer de son esclavage sournois. Il avait entrevu une petite lucarne, un espace de ciel bleu et de mélodie. C’est ainsi qu’il franchit le pas et osa modifier l’instrument de torture qui faisait de lui un galérien du vent. Il équipa son soufflet, par un habile procédé, de ce petit instrument qu’il avait considérablement modifié. D’une main, il actionna la lourde chaîne, de l’autre, il appuya sur les touches du petit clavier.


Le miracle eut lieu. Le maudit soufflet était devenu mélodieux. Au matin quand le forgeron revint dans son atelier, il découvrit atterré la transformation. L’homme n’était pas de nature à supporter pareille fantaisie. Il remonta vertement les bretelles de son apprenti. Le gamin s’était préparé à pareille réaction et sans y accorder la plus petite importance, se mit en action. Le forgeron, le souffle coupé, tomba immédiatement sous le charme des notes qui désormais remplaçaient l’affreux essoufflement asthmatique de son ventilateur mécanique. La bête se transforma en mélomane, la musique adoucit même les êtres les plus rustres. Il se mit à frapper l’enclume en cadence, pour souligner les mélodies du gamin.


Dans la ruelle, un attroupement se fit, le vacarme habituel avait changé totalement de nature. Il se passait quelque chose d’incroyable dans l’atelier du forgeron. Un curieux, plus hardi que les autres s’aventura dans l’atelier pour demander le nom de cet étrange chose. Le gamin, qui auparavant ne se serait jamais aventuré à parler devant un visiteur, dit fièrement : « Le piano à bretelles ! ».


L’accordéon venait de voir le jour. Il fallut naturellement bien des transformations encore pour que l’instrument quitte la forge et mette le feu à toutes les pistes de danse. Mais c’est bien le petit Cyrill Demian qui fut à l’origine de cette invention extraordinaire. Nous étions en 1829 et de ce jour, les souffleurs de vent allaient pouvoir réjouir le bon peuple.


 

samedi 16 mars 2024

Son chemin sera fait de pierres

 

Un si long parcours





Son chemin sera fait de pierres

De goulets et de rochers

D'arbres ou bien de lumière

De sables en ricochets

 



Elle a hésité à sa naissance

La mer était à deux pas de là

Elle a pris de la distance

Au nord elle a glissé ses pas 

• 

Elle a traîné dans les prairies

Entourées d'herbes sauvages

De moutons, vaches et brebis

Au début de son long voyage

• 

®



Fille folle, femme féconde

Elle a filé sa belle route

Creusant des gorges profondes

Elle abandonnait ses doutes


Elle s'est gonflée d'autres rivières

Devenant toujours plus forte

En faisant quelques manières

Pour que les marins l'exhortent

®


 

De toutes, elle est la plus belle

Faisant dans nos cœurs des ravages

Pour ces marins si rebelles

Il fallait qu'elle soit sauvage 

• 

Personne ne l'a enchaînée

Coulant suivant ses humeurs

Tant pis pour vous les mariniers

Vous n'arriverez pas à l'heure

• 

®


Quand elle a choisi le ponant

Elle s'offrit bien des douceurs

Emportée par son courant

Vers des jours bien meilleurs


Elle se répand sans retenue

Elle se fait alors aimable

Vous déclarant la bienvenue

Quand elle devient navigable



®


 

Dans l'Océan elle se jette

Terme de son long voyage

Déjà nous on la regrette

Perdue si loin de nos rivages


À force de péripéties

Son chemin est fait d'histoires

De légendes et de récits

Qui nous chantent notre Loire

 •

Son chemin sera fait de pierres

De goulets et de rochers

D'arbres ou bien de lumière

De sables en ricochets

 

Deux versions 

au choix 



 


mardi 12 mars 2024

Compagnon d'Éole

 

Compagnon d'Éole





•••

Je lui offre quelques vers

Puisqu'il boit mes paroles


De simples mots maladroits

Glissés sur une page

Qui se feront bien plus droits

Par la grâce d'un mage


Il leur trouvera un air

Composé sur sa viole


Bien au delà de la rime

Il suffit d'une rengaine

Pour que la phrase se grime

D'une mélodieuse dégaine


Il illumine mes vers

Enchante mes paroles


De pauvres phrases bancales

Prennent dans l'instant leur envol

Au gré de son madrigal

Chanté sur un ton frivole


Lui qui se fait trouvère

Et compagnon d'Éole


Le chanteur a un pouvoir

Lorsqu'il transmute le plomb

Par le magie d'un gueuloir :

L'Or surgit au fil du son


Je lui offre quelques vers

Puisqu'il boit mes paroles


Le texte se perd ainsi

Dans le mystère des notes

Il n'est plus qu'une mélodie

Grâce à celui qui la porte


Il leur trouvera un air

Composé sur sa viole


Un mince souffle de vent

S’immisce dans les têtes

Tandis qu'au fil du temps

Il se fera tempête


Il illumine mes vers

Enchante mes paroles


Se propage par le monde

Allant de bouche à oreilles

Pour maintenir la fronde

Et faire des merveilles


Lui qui se fait trouvère

Et compagnon d'Éole


Entonnant la clef des chants

Sans le reprendre en canon

Il boutera les méchants

Pourfendus par la chanson


Je lui offre quelques vers

Puisqu'il boit mes paroles

Il leur trouvera un air

Composé sur sa viole

Il illumine mes vers

Enchante mes paroles

Lui qui se fait trouvère

Et compagnon d'Éole

•••



 

lundi 4 mars 2024

La clef des vents

 

En quittant l'Île de Ré





Au changement de marée

La mer a fait le gros dos

En quittant l'île de Ré

Sur un joli crescendo



Sans toucher le moindre sol

L'Océan me confia

Qu'avec une boussole

Je me sortirai de là



Poussé par la clef des vents

Embarqué sur ma naute

Je suis allé de l'avant

Tel un Argonaute



Jason mon tendre zéphyr

Sans la moindre anicroche

En un délicat soupir

M'a laissé la « partoche »



Prenant sa partition

Pour une carte au trésor

En fit l'orchestration

Pour un ensemble de cors



Il me fallut m'accorder

Une plage de répit

Un moment à ma portée

Pour une gamme en mi



Profitant du silence

J'ai repris mon souffle

Avant une relance

Qui fit du baroufle



Une sortie en fanfare

En guise d'ouverture

Guidé par un grand phare

En haut de la mature



Voguant sur mon grand bateau

Perché sur la dunette

Rémy guide le concerto

À grand coups de baguette



Quand le vent me décoiffa

Je m'emparai d'une scie

Sans oublier mon tuba

Pour sombrer en harmonie

 


Tableaux de 

Ivan Aïvazovski


 


samedi 2 mars 2024

J’ai glissé quelques mots tout juste de saison ...

 

Mots de saison

 





J’ai glissé quelques mots

Tout juste de saison

Sans frime ni raison

Dans mes gros croquenots

 



Mes phrases sont bancales

Les rimes boiteuses

Ma poésie frileuse

Est bien trop banale

 



Mes vers vont sur leurs pieds

Pour une contredanse

Car quand on y pense

Le quatrain me sied 

 



Quand je passe la main

Juste sur vos fesses

J’avoue ma détresse

Je n’ai pas de refrain

 



Sifflez la mélodie

Donnez moi la note

Ou votre quenotte

Ma si douce amie 

 



Laissons nous transporter

Par ces étranges vers

Qui s’en vont par paires

Pour mieux vous aimer

 



C’est le tendre instant

De nos bouches mêlées

Pour un si doux baiser

Nous qui serons amants

 


 Tableaux de 

Jean-Henry d'Arles




À quoi rêvent les bateaux qui restent à quai ?

  Partir À quoi rêvent les bateaux qui restent à quai ? Ces éternels prisonniers de leurs entraves Ils ont pour seules v...