Affichage des articles dont le libellé est humour. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est humour. Afficher tous les articles

vendredi 26 juillet 2024

Pauvre batelier !

Quand le bât baisse






Il était une fois un fier et vaillant batelier de Loire qui n'avait de plus grand bonheur que d'être à la manœuvre. Il se faisait un plaisir physique à hisser la voile, à déployer cette belle toile, ce drap de volupté qui se gonflait des assauts du vent. Il n'avait pas son pareil pour abattre, relever, affaler, hisser en des mouvements incessants de va-et-vient. Il était passé maître à ce poste qui requiert dextérité, doigté et force des reins pour l'homme d'équipage.


Bien sûr, il devait parfois se résoudre à baisser pavillon, à avaler son orgueil pour démâter au passage des ponts. Il avait à chaque fois un pincement au cœur, un je ne sais quoi d'impression sournoise, un pressentiment qu'il ne parvenait pas à décrypter. Heureusement pour lui, le malaise n'était que de courte durée, l'obstacle franchi, il se réjouissait de redresser l'objet de sa fierté marinière.


Ce genre d'activité ne laissait pas insensible les dames qui du bord, admiraient les gaillards qui défiaient les flots et le courant. Elles avaient toutes des yeux énamourés pour celui qui déployait dans le ciel ce drap de coton, toile blanche qui demandait tant de peine à nos lavandières. Partout dans notre pays ligérien, ce colosse était surnommé le Bât …


Sa réputation lui valait bien des agréments. Les rendez-vous ne manquaient pas à l'ombre d'un buisson, au derrière d'un lavoir, au creux du chemin de halage. Il ne faiblissait jamais, à cette manœuvre là, il était tout aussi actif que sur ses glorieux esquifs. Il enjamba bien plus d'arches féminines qu'il ne peut y avoir de pont sur notre Loire.


Mais les belles histoires ont toujours une fin piteuse, le temps de la marine à voile tirait à sa fin. Sur le fleuve, des cheminées crachant le feu remplaçaient progressivement nos gréements magnifiques. Dans la tête de Bât, cette révolution technologique fit grand tracas. Il se voyait ne plus jamais mettre le collier à la vergue, il s'imaginait ne plus trouver passe sur le fleuve, les filles allaient se gausser de lui…


Puis une nuit, il fit grand cauchemar, rêve prémonitoire. Le bât était sur un bateau sur un fleuve en colère. Il y avait grand vague à l'âme sur la Loire ce jour-là. Les eaux étaient jaunes et grosses. La manœuvre au pont ne se passa pas bien, la Galante démâta (C'était le joli nom de la gabare sur laquelle il avait été embauché). Quand l'incident se produisit, un vapeur passa juste à bâbord et son sifflement strident sonna le réveil du pauvre homme et la fin de ses turgescences glorieuses.


Depuis ce rêve affreux, avec sa peine secrète, ce malaise qui ne se dit pas dans le milieu des marins, il allait la tête basse sur les quais de notre fleuve. Son aiguillette, celle qui fit sa gloire avait cessé de se dresser fièrement vers le ciel. Il avait le mât en berne, la marine de Loire à la voile était bien morte. Il ne s'imaginait pas une seule seconde passer à la vapeur, il avait sa dignité et ne se pensait pas capable de virer de bord, de renier ainsi sa réputation de graveleux luron .


Il usa alors de tous les remèdes de bonne-femme qui lui passaient sous la main. Il broya des becs de héron pour se faire poudre de Patachon. Il avala cette potion sans qu'il retrouve sa vigueur d'antan. Il fit appel aux marins de la mer, ceux qui venaient des terres lointaines. Il mâcha l'écorce du fameux Richeria grandis, le revigorant bois bandé, sans plus de succès. Il en venait à regretter le temps de la bricole …


Les filles désormais riaient sous des capes qu'ils ne détroussaient plus à son passage, depuis quelque temps, elles avaient trouvé que les cheminots, malgré leurs gueules noires, étaient les nouveaux aventuriers de l'intérieur. La vie de notre Bât déraillait. Il avait échoué sur un cul de grève comme un âme en peine, il avait perdu l'envie de se battre.


Il était au bord du précipice, il se voyait plonger dans une bîme, faire ce dernier saut à défaut de tous ceux qui se dérobaient désormais à lui. C'est à ce moment qu'une chasse aquatique, un grand mouvement de fureur vint du fond de notre fleuve. Un brochet affamé voulait faire son affaire à une ablette qui ne voulait pas s'en laisser compter.


Quel âne se dit de par devers lui ce pauvre Bât ! Que n'ai-je pas pensé plus tôt à cette reconversion ? Je continuerai à me faire pêcheur en restant au bord de notre Loire. Une gaule à la main, un bâton de bambou, je déploierai mes lignes pour taquiner les brèmes, les carpes et les aloses. Et si un brochet, un chevesne ou tout autre gros poisson vient à moi, je ne ferai pas le difficile.


C'est ainsi que remettant la main à la pâte, sa malédiction put tomber. Bât comme par magie, retrouva sa vigueur légendaire. S'il pousse toujours le bouchon trop loin, c'est sur la berge, sur le sable ou bien à l'embouchure d'un ruisseau qu'il renoue avec la tradition batelière. Et si quelques poissons assistent aux curieux ébats ligériens de l'ami Bât, ils s'en amusent plus qu'ils s'en offusquent. De voir de charmantes demoiselles tomber, elles aussi, dans ses filets, semblent leur faire oublier le sort qu'il leur promet.


Il ne faut jamais désespérer de la Loire, elle a toujours un tour dans son sac pour que le marin redresse la tête ! De cette histoire à ne pas mettre entre toutes les oreilles, c'est bien la seule morale qui vous soit permise d'ouïr ici.


lundi 22 juillet 2024

Les Jeux Olympitres

 

Jeux Olympitres





Il avait placé la barre trop haut

Espérant qu'on lui tende une perche

Découvrant qu'il n'est jamais pire sot

Que celui qui nous met dans la dèche


Puis, en bousculant tous les obstacles

Se trouva face à la rivière

Il se rêvait déjà au pinacle

Plongeant ses sujets dans la misère


Quand un terrible retour de flamme

Mis a sec finances et Seine

À ce pauvre banquier infâme

Sa vieille épouse fit une scène


Tant de coups de marteaux lui asséna

Qu'il dut se réfugier sous une haie

Tandis que sa mégère exigea

Que de sa personne enfin il paie


Dut accepter de changer de disque

Prenant alors le pays à témoin

Il s'enhardit à tenter le risque

De satisfaire aussi à nos besoins


C'était pour lui un saut dans l'inconnu

Le péril de tomber dans le sable

Quoique sur la paille c'est bien connu

Nous nous débattions : misérables


Ce virage lui fit quitter la piste

Adieu les promesses de podium

Et même pour tous ceux de sa liste

Ce perchoir devint un triste pensum


Or donc, dépourvu du moindre argent

Se contenta de couler un bronze

Oubliés ainsi ses désirs ardents

Quand les lauriers devinrent des ronces


Avec ses jeux nous étions tous refaits

Y compris ceux qui tinrent la torche

Plus personne pour prendre son relais

C'est la République qu'on écorche

Les dieux de l'Olympe se gaussèrent

Du fiasco d'un pitoyable mortel

Illusionniste et piètre faussaire

Manquant sa farce sacramentelle

•••


 

jeudi 18 juillet 2024

Conte ancestral de l'Empire du Milieu

 

Le bateau chinois






Il était une fois un grand empereur chinois qui voulut faire présent à ses amis français d’un grand et beau bateau, une jonque merveilleuse. Pour montrer sa puissance et en imposer au Duc d’Orléans, le grand homme ne recula devant aucune dépense. Rien ne serait assez précieux pour ce cadeau qui devait sceller une amitié éternelle. Les bois choisis étaient les plus précieux ceux qui habituellement étaient réservés à la marqueterie. Pour les voiles et les cordages, il exigea une qualité unique, un tissage fin et solide issu des meilleurs chanvres. La coque fut incrustée de dorures représentant le plus splendide des dragons. Tout était en point parfait à l’exception peut-être de sa capacité à naviguer sur une rivière.


Lorsque le bâtiment fut prêt, l’Empereur le fit expédier dans la lointaine France en empruntant les routes maritimes. Il fit un long voyage, périlleux parfois mais finit par arriver à bon port, dans la cité johannique. Quelle merveille que cette jonque, le Duc n’en revenait pas d’un tel présent. Il n’avait de cesse de l’admirer tout en ayant un curieux pressentiment ; il ne fallait pas pour lui naviguer sur la Loire avec ce bateau si peu adapté au courant.


Qu’à cela ne tienne, le Duc demanda qu’on dépose la jonque sur le canal d’Orléans, son cher canal qu’il aimait tant. Chaque jour, la jonque se rendait de Combleux jusqu’à Pont aux Moines et le Duc, admiratif, chevauchait sur le chemin de halage pour jouir du spectacle et de la beauté de l’endroit. À ses sujets dont certains osaient lui demander pourquoi il ne montait jamais sur l’embarcation, celui-ci répondait toujours qu’elle était si belle qu'il voulait simplement la contempler à plaisir ! Il ajoutait toujours à ceux qui insistaient un peu plus qu’en montant dessus, il ne pourrait profiter de ses courbes majestueuses, de sa ligne gracile et de ce spectacle qu’il chérissait plus que tous les autres.


Tout ceci n’était que fantaisie de puissant, il n’y avait pas à s’en étonner. Hélas pour le Duc, l’Empereur envoya un ambassadeur dans la ville pour le renseigner sur le sort qui était réservé à son présent. Le Duc était pris au piège, il devait pour ne pas offusquer son visiteur embarquer sur la jonque tout en cherchant à l'impressionner. C’est ainsi qu’il demanda à son fidèle Capitaine, un homme en qui il avait toute confiance, non pas de prendre l’habituel circuit mais de plonger dans la Loire en prenant le maule : l’écluse à Combleux qui se jette dans la rivière.


Embarquèrent ce jour-là tous ceux qui comptent dans la cité, les gens d’importance, les notables et les courtisans sans oublier l’envoyé chinois. Jamais on n’avait vu aussi bel étalage de toilettes et de vanités sur un bateau sur la Loire. Chacun s’efforçant d’étaler sa richesse en se couvrant de bijoux et de parures toutes plus luxueuses et lourdes les unes que les autres.


Le saut de la Loire fut ponctué d’exclamations parmi les passagers de la jonque. Le Capitaine faisait le beau, trop content de démontrer à tous qu’il était le meilleur marin de la place. C’est ainsi qu’il perdit de vue l’essentiel et que la jonque devint rapidement ingouvernable. Emportée par le courant violent, alourdie par ses passagers, rendue plus instable qu’elle n’était déjà, l’embarcation alla se fracasser contre le début du duit. Ce fut le naufrage …


Il est inutile de nous décrire la panique à bord. Chacun ne pensait plus qu’à sauver sa vie sans se soucier de celle de ses voisins. On se piétinait, on se bousculait, on s’étripait dans un désordre et une férocité indescriptibles. Pourtant, rien n’y fit : ceux qui purent sortir de la trop luxueuse cabine furent incapables de nager dans les flots agités de la Loire. Leurs tenues extravagantes les envoyèrent par le fond et personne pas même le prince et l’ambassadeur n'échappèrent au sort funeste que le Duc avait toujours pressenti. Seul le Capitaine réussit à regagner la rive, se souciant bien peu de quitter le navire le premier.


Sur la rive, les serviteurs et les sujets assistèrent impuissants au drame qui se déroula si vite que nul n’aurait pu intervenir de toute façon. La cité fut en deuil, le tocsin retentit dans tout le duché. Il fallut envoyer une délégation en Chine pour prévenir l’Empereur du sort de son ambassadeur et de la fin tragique de son cadeau. On désigna un petit groupe de personnages importants, des gens qui avaient été remarqués pour leurs divers talents afin d’accompagner le Capitaine, seul survivant jusqu’en Chine..


Le voyage fut long et périlleux pour ceux qui étaient porteurs d’une si mauvaise nouvelle. Ils en profitèrent pour envisager toutes les manières possibles de transmettre ce terrible message à l’Empereur en personne. Chacun d’y aller de sa suggestion qui, à chaque fois, était repoussée par les autres. Tous mesuraient le risque d’être ainsi un envoyé de mauvaise augure.


Ils avaient raison d’être préoccupés. L’Empereur eut une réaction à l’image de sa puissance. Il fit saisir sur le champ les envoyés du malheur et exigea que ses soldats leur coupent immédiatement la langue. Il ne voulait plus rien entendre de ces maudits français. Quant au Capitaine, il subit sort plus épouvantable encore, on lui réserva le supplice des huit couteaux. Cette peine consistait à séparer en public les membres du corps d’une personne vivante attachée à un poteau.


Le bourreau utilisait huit couteaux qu’il sortait d’un panier. Avec le premier, il évidait les seins. Le deuxième lui servait à entailler les biceps alors que le troisième appliquait le même traitement aux cuisses. Les quatrième et cinquième couteaux étaient employés pour couper les bras au niveau du coude et les sixième et septième à trancher les jambes au niveau du genou. Le huitième couteau servait à trancher la tête ou porter un coup au cœur. Les restes étaient jetés dans un panier de crabes et la tête du pauvre Capitaine fut exposée en place publique.


Ainsi se termina le triste épisode de la jonque chinoise. Si ceci n’est qu’une farce, il conviendrait pourtant d’en retenir le déroulement. Les bateaux chinois fussent-ils impériaux ou républicains, n’aiment guère la Loire et ne se manient pas à la baguette. Il serait préférable d’en tenir compte.


 



lundi 15 juillet 2024

Roman fleuve : extrait de lecture

Roman fleuve

Philibert Humm

 


    Ce périple, les trois jeunes gens l’ont entrepris au mépris du danger, au péril de leur vie, et malgré les supplications de leurs fiancées respectives. Ils l’ont fait pour le rayonnement de la France, le progrès de la science et aussi un peu pour passer le temps.


Il en résulte un roman d’aventure avec de l’action à l’intérieur et aussi des temps calmes et du passé simple. Ceci est une expérience de lecture immersive. Hormis deux ou trois passages inquiétants, le suspense y est supportable et l’œuvre reste accessible au public poitrinaire. A noter la présence de nombreux adverbes.


L’éditeur ne saurait être tenu responsable des mauvaises idées que ce livre ne manquera pas d’instiller dans le cerveau vicié des nouvelles générations gavées d’écran et pourries à la moelle.


"Trois hommes, un bateau, un fleuve : une histoire qui prend l'eau dès les premières pages."


 

Thème

    Précédé d’une note « dégageant toute responsabilité de l’éditeur » pour le texte de 281 pages qui la suit et même d’un droit de réponse d’un des héros, 32 chapitres en verve coiffés d’un chapeau aux raccourcis prometteurs rendent le lecteur impatient d’en découdre avec le fil de l’eau. La lecture impérieuse d’un roman aussi atypique s’impose d’emblée. L’auteur, habile observateur et talentueux narrateur, fils prodigue doué pour s’aventurer à prix modique, ne ménage pas ses efforts, coiffé de son bachi de matelot, pour mériter son grade de capitaine autoproclamé d’un frêle esquif nommé « Bateau » pour ne pas vexer les autres. 

Belle réussite puisque l’ouvrage papier tiré de son œuvre liquide a été couronné par le prix Interallié. Il aurait aussi pu concourir pour le Goncourt des aventuriers, s’il existait déjà.


 

Points forts

 

Un week-end, malgré la concurrence d’obligations triviales, je descendis sourire aux lèvres ce fleuve allègre, contredisant la formule de Jean Mistler selon laquelle : « Parmi les romans fleuves, bien peu sont navigables ». Ici la déprime sérieuse en vogue est bannie. Le second degré est de règle et fait appel avec flegme et justesse au futur antérieur ou à l’imparfait du subjonctif quand l’occasion s’y prête. L’humour mijote à bonne température et le fleuve condescendant qu’est la Seine fait bonne figure et reste abordable jusqu’à son embouchure. 

En s’éloignant de Paris, à l’image des héros des  Trois hommes dans un bateau  de Jerome K. Jerome qui sur la Tamise berça mes cours d’anglais, le capitaine du bord, Philibert Humm, remonte le cours de ses souvenirs pour, en huit jours secs, redescendre la Seine dans l’ex-canoë de Véronique Sanson, fusse-t-il au prix de quelques prises de bec, orage compris, avec Adrian alias Bobby et le Major Waquet et d’inévitables frayeurs de la navigation au milieu des remous des navires prioritaires de fort calibre. 

Le récit tient à la fois du reportage fluvial, drôle et inspiré, et du précis de management de « team building » en version équipage à trois pour bateau biplace. Tirant des bords entre conte moral et réflexions philosophiques, livrant une enquête sociologique audiardesque sur les rives embrumées de la batellerie de nuit, il narre une aventure vintage équipée au « Vieux campeur ». L’ouvrage ne fait aucune impasse : le charme des guinguettes oubliées et leur faune assidue, la poésie des méandres, les bouées lancées aux grands auteurs, la découverte pédagogique des lieux aperçus sur la rive, parfois visités pour s’approvisionner, et du mascaret trop tôt disparu. On y retrouve l’esprit hussard des rencontres de terre ferme et les recettes de survie expérimentées en milieu humide. 


 

Encore un mot...

Air potache, naufrages modestes, figures roboratives, digressions contrariées par les courants contraires, chronique piquante bien arrosée, évocation rare des relations mères – aventuriers, roman d’amitié, tout nourrit cette escapade. Philibert Humm illustre avec brio et entrain combien l’aventure nourrit la jeunesse et rend l’exploit modeste.

Qu’on me pardonne ce jeu de nom, ce livre m’a mis de fort bonne humeur et je le recommande sans réserve à tous les types de lecteurs. Trop sérieux s’abstenir.


 

 

vendredi 12 juillet 2024

Juste un doigt.

 

« Bien mieux qu'en face. »





Il advint qu'un marinier dut, la mort dans l'âme, abandonner un métier qu'il adorait après une manœuvre délicate dans laquelle il perdit un doigt. Cette infirmité n'avait rien de rédhibitoire dans l'exercice d'une profession où pareille mésaventure était fréquente. Pour notre homme, l'incident était non seulement un avertissement mais plus encore, « un bon coup de pied au cul pour passer la main », comme il aimait à le dire, montrant sa main incomplète et son amour des aphorismes.


Comme Auguste était un joyeux drille, un bon vivant, il poussa le bouchon plus loin encore dans sa reconversion. Il se porta acquéreur d'un bistrot qui avait une curieuse clientèle. Installé juste devant un cimetière, le troquet recevait plus de gens éplorés que de soiffards patentés. Le chiffre d'affaires de l'endroit souffrait d'une activité irrégulière, saisonnière et qui ne faisait pas recette le dimanche et les jours fériés, contrairement à ce qui se pratiquait ailleurs.


Notre lascar profita de l'aubaine pour s'en porter acquéreur à moindre coût. Notre ancien marinier se doutait que sa réputation allait faire venir à son estaminet quelques collègues tandis qu'il lui appartenait de convaincre les clients potentiels d'un changement radical de fonctionnement. Jamais à même de facéties, il changea son enseigne pour un tonitruant : « Mieux qu'en face » dont les riverains se firent gorges chaudes. De bouche à oreille, la chose fit le tour de la ville et des alentours.


Auguste ayant plus d'un tour dans son sac, il poussa son sens de la communication en écrivant une devise au-dessus du comptoir. « Ici, on ne sert pas de Bière, les amateurs n'ont qu'à traverser la rue … ! ». De fort mauvais goût, le slogan fut un véritable succès. Les trompe la mort et les mécréants aiment à défier la camarde d'autant plus que le tenancier d'un air malicieux leur disait toujours en les servant : « L'alcool conserve ! ».


Le bistrotier vit son chiffre d'affaires exploser véritablement. Il y avait foule dans son établissement y compris le dimanche en l'absence d'enterrement. Les gens de l'eau se déplaçaient pour venir y boire du vin et quelques spiritueux, spécialité de ce personnage si spirituel. Les riverains apprécièrent vite cette clientèle qui jusque alors se cantonnait aux troquets du port. Quant aux gens de passage, la réputation de l'endroit les attirait comme des mouches.


Auguste poussant le sens des affaires au plus haut point, avait instauré un mot de passe, une antienne qui valait une réduction sur la consommation. Les initiés s'en amusaient et jouissaient systématiquement de cette ristourne plus symbolique que réelle, les clients de passage, remarquant la chose, reprenaient systématique une consommation pour bénéficier à leur tour de l'aubaine tout en ayant le plaisir de prononcer la formule rituelle : « Patron ! Juste un doigt de... ».


Ils ne gagnaient pas toujours le droit à la réduction. Le patron venant vers eux pour leur demander au creux de l'oreille : « Mais lequel ? » Il leur fallait avoir la présence d'esprit de nommer le fameux doigt amputé, ce qui n'allait pas de soi. Les malheureux qui se trompaient, devaient mettre les pouces et se passer du verre supplémentaire. Les plus chanceux, qui répondaient : « Le majeur ! » se voyaient récompensés.


Ce fut rapidement une animation prisée des habitués, guettant les nouveaux venus ou entraînant avec eux, des connaissances qui n'avaient jamais mis les pieds dans l'endroit. Le bruit de cette pratique assez étrange arriva aux oreilles des autorités qui eurent ainsi l'idée d'interdire la consommation d'alcool aux mineurs dans les débits de boisson. Ils avaient mis ainsi le doigt sur une faille de la législation à laquelle, pour des raisons électorales sans doute, ils n'avaient jamais songé.


Quant au père Auguste, son intempérance mit un terme assez précoce à son commerce. Il périt de maladie professionnelle tandis que fut respecté à la lettre son précepte avant justement de traverser la rue. Il eut droit à un traitement de faveur de la part des croque-morts, qui avaient été parmi ses meilleurs clients. Il fut enterré dans un tonneau et non dans une bière des plus communes. Sur sa tombe il fut gravé : « Juste un doigt », expression qui le fit accéder à l'éternité.

mercredi 10 juillet 2024

Tout sur la veste

 

Et le tailleur aussi...





La veste est, à n'en point douter, l'attribut vestimentaire qui sied le mieux à la pratique politique. Non seulement parce que la chose donne cette forme d'élégance guindée qui leur colle à la peau mais de plus par sa doublure dans laquelle il est aisé de dissimuler les textes des discours écrits par d'autres.


Le porteur de veste ne brille que par la petite rosette qui s'étale innocemment sous le col afin de témoigner de son appartenance à la grande cohorte des prétentieux, arrogants, vaniteux d'une République qui congratule tous ceux qui mangent à la même gamelle. En cela, l'électeur de base doit comprendre que voter pour l'un de ces porteurs du label rouge de la qualité française est la garantie de ne pas sortir de l'oligarchie.


L'impétrant a pris le soin de se munir d'une cravate ou d'un nœud papillon, non point pas souci d’élégance, ne leur en demandons pas tant, mais parce que ce petit supplément vestimentaire vole aisément au vent dominant. Fort de cette information capitale avant un scrutin, l'endimanché permanent peut retourner sa veste le cas échéant. Nous assistons d'ailleurs à une spectaculaire opération de ce type en ce moment.


Inconvénient majeur de la chose, il n'est pas commode de retourner les boutons, si bien que prendre ce risque ne vous met pas à l'abri des coups de froid, des mauvaises surprises et du ridicule. Cependant, avouons que ce dernier écueil n'a jamais rebuté nos professionnels de la parole évanescente.



La veste a ceci d'incroyable, c'est que même si vous l'avez sur le dos, il est permis de l'avoir également dans le dos. Ceci se désigne par le vocable : « Prendre une veste », formule qui demande une analyse un peu plus fine. Ces pantins de la confection, déjà affublés de cet élément indispensable à la panoplie du parfait menteur, peuvent-ils ajouter une seconde couche ?


Nous savons par expérience qu'ils savent couvrir leurs arrières, ne vont jamais au combat sans se garantir un prochain pantouflage. Ce point atteste évidement de leur manque de goût car la veste et les pantoufles font rarement bon ménage à moins qu'il transforme la première en robe de chambre, ce qui expliquerait ainsi la dénomination du parlement.


Partant de cette constatation, c'est dans leur sillage que nous devrions voir comment se constitue au fil du temps et des claques électorales, leur garde veste. Je suis en mesure de vous informer sur ce point essentiel dans la vie publique d'une cinquième République à bout de souffle où le petit personnel politique n'a plus la fibre démocratique.


Nos porteurs de vestes ont adopté un curieux rangement qui avouons-le, leur est très personnel. Ils traînent derrière eux une ribambelle de casseroles, ustensiles utilisés par le quidam de base pour faire la cuisine, mais dans ce monde si particulier, il permet de mettre en boule les vestes passées. Attitude du reste qui chiffonne un temps les électeurs avant qu'ils redonnent une nouvelle chance à la crapule.


Remarquez que la loi sur la parité a apporté une nécessaire adaptation à la règle. Nous pouvons tailler des croupières à ce joli monde, les candidates ont suivi les mêmes pratiques que leurs homologues, faisant du tailleur, la parfaite copie de la veste. Il n'est qu'à revoir notre langage pour obtenir le même résultat.


Au bout de l'exposé, il faut bien admettre que nous sommes les seuls responsables en continuant d'honorer, de respecter, de congratuler ces pauvres épouvantails si sensibles au vent mauvais. Rares sont ceux qui demeurent droits dans leurs bottes, ils et elles aiment à suivre les pas de ceux qui ont le vent en poupe, suivant docilement l'air du temps et la mode de saison. Aujourd'hui, le vert de gris ou le brun dominent et ceci ne peut qu'interroger sur le devenir de cette nation qui fut un temps, la patrie de la grande couture.

 



samedi 6 juillet 2024

Le Maître des eaux et Forêts

 

La Fable de la fable





Il était une fois, en 1664, un homme de plume qui se mit à faire le paon auprès d’une belle et noble dame : la Duchesse d’Orléans. Onze ans auparavant, Jean de la Fontaine, fort d’un tel patronyme, devint maître des Eaux et Forêts, charge dont il n’aura plus que faire en 1672. C’est naturellement qu’il se tourna tout spécialement vers la nature pour écrire ses fables, jouant de ce fameux anthropomorphisme qui le rendit célèbre.


Pour se moquer de la vanité humaine, il se mit à écrire des fables, à l’imitation d’Ésope, un modèle antique en une époque où il convenait de puiser dans le passé si l’on voulait être respecté. Jean ne s’en priva pas, lui qui aimait à profiter de la protection des grands pour vivre aux crochets de ceux-ci. Mais laissons ce travers pour ne nous préoccuper que de ce récit.


En 1668, notre bon fabuliste se paie une belle célébrité en écrivant Le Lièvre et la Tortue. La fable fait le tour du pays, venant aux oreilles de tous les animaux ligériens. En bord de Loire, il n’en va pas autrement d’autant que la Cistude y vit tranquillement. Notre petite tortue d’eau douce se réjouissait de la farce que le grand homme lui avait attribuée. Il faut bien admettre que les lièvres, quant à eux, gouttaient fort peu la plaisanterie. Il en va toujours ainsi entre l’arroseur et l’arrosé.


Sur les rives de Loire, les animaux s’amusaient de ce récit qui s’était propagé comme une traînée de poudre. C’est ainsi qu’un chien de chasse à courre, réputé pour sa vitesse, alors qu’il était à la poursuite d’un cerf dans la forêt de Chambord, parvint jusqu’au port de Saint Dyé. Le dix cors à bout de force se jeta dans les flots et porté par un courant violent échappa à la meute.


Dans les taillis, un lièvre se gaussa de la défaillance des chasseurs, perdant ainsi une proie qui lui était promise. Le chien prit d’autant plus mal l’ironie cuniculaire qu’il venait d’apprendre la fable qu’il récita dans l’instant à celui qui dressait les oreilles. Sur la rive, les éclats de rire fusèrent de partout, y compris du fond de l’eau. Une écrevisse en effet avait écouté le moqueur et se dit qu’il serait bon de lui jouer un vilain tour.


Le crustacé d’eau douce avait l’ironie facile. L’écrevisse réputée à tort d’être une Pince sans rire, aimait à jouer des farces. Elle apostropha le Chien coureur, lui tenant à peu près ce discours. « Mon brave ami, je perçois votre ironie. Vous vous moquez d’autant plus aisément de ce pauvre lièvre que c’est un homme de lettre qui vous a mis dans la bouche cette fable. Vous croyez-vous donc à l’abri de pareille entourloupe ? »


Le chien piqué au vif, lui qui appartenait à une meute royale, se dressa de toute sa grandeur et mit au défit l’écrevisse de tenir avec lui un pari. Il se sentait en tous points supérieurs à cette maladroite, incapable, ne fut-ce, que de marcher droit. Rira bien qui rira le dernier se promettait ce vieux cabot, plus orgueilleux que malin.


Pour pousser à bout son interlocuteur, l’écrevisse qui avait des lettres lui évoqua son congénère le renard, bien plus rusé selon elle que ce pauvre roquet. Le coup avait porté au-delà de ses espérances, le chien en perdit toute contenance et tomba dans l’instant dans le piège tendu. Il consentit, lui l’animal pourtant si réputé pour son flair, aux conditions que fixerait son adversaire en ce duel singulier.


L’écrevisse, animal vicieux s’il en est, proposa au chien courant une course, lui sur le chemin de halage, elle dans le fond de la rivière. La victoire reviendrait au premier qui arrivera à la cale du port au lie- dit le Cavereau, situé non loin de Saint Dyé. Les témoins de la course devant être tout naturellement le lièvre et la cistude. Le seul souci avec la tortue étant de lui laisser le temps de se rendre sur place.


Le lièvre riait sous cape. Il devinait que l’écrevisse, forte de l’expérience de la fable précédente avait sans doute manigancé quelque stratagème pour leurrer l’aboyeur, fort en gueule et peu malin. Rendez-vous fut donc pris, une semaine plus tard pour permettre à la tortue de se rendre sur place.


C’est donc ce délai passé que le chien, le lièvre et l’écrevisse se donnèrent rendez-vous à Saint Dyé. L’écrevisse avait encore la main pour déterminer les modalités de la course. L’animal roublard évoqua en termes pompeux la nécessaire équité de l’épreuve, l’obligation de mettre tous les concurrents à la même enseigne tout comme l’exigence absolue de partir au même signal.


C’est ainsi qu’elle expliqua qu’étant dans l’eau, les sons y circulant d’une manière différente, il convenait de se mettre d’accord sur un signal de départ non équivoque. Laissant par pure forme la possibilité au chien de proposer une modalité à sa convenance et faute d’une proposition de celui-ci, l’écrevisse suggéra au chien de tremper sa queue dans la rivière afin que d’un coup de pince, elle déclenche le signal de la course. Le chien enthousiaste se plia aisément à cette suggestion.


C’est ainsi que le chien laissa traîner sa queue au fond de la Loire. L’écrevisse se fit un devoir de la pincer de plus fort qu’elle put. Aussitôt et malgré la douleur de cette sournoise agression, le chien se carapata à quatre pattes, négligeant toutes les sollicitions extérieures qui avaient joué mauvais tour au lièvre.


Il courut allant jusqu’au bout de ses forces, bien décidé à ridiculiser cette prétentieuse écrevisse. Il avait avalé la distance le séparant du Cavereau quand, à l’instant de franchir la ligne d’arrivée, il vit surgir le lièvre qui lui fit signe de s’arrêter. Le chien obtempéra tout naturellement, on aime à obéir dans la race canine.


Le lièvre, en sourire aux lèvres, les oreilles dressées, le pria de se retourner pour mieux profiter de sa victoire. « Regarde l’ami, d’aussi loin que portent des yeux, tu ne verras pas la queue de l’imprudente. Tu l’as battue à plat de couture, même à la nage, l’écrevisse restera sur sa faim ! ». Le chien s’assit pour mieux jouir de son triomphe. Oui, il allait emporter la plus éclatante victoire qui soit !


C’est alors que l’écrevisse qui s’était offerte une course folle, accrochée qu’elle était à la queue de son adversaire en profita pour se libérer et franchir de sa démarche de guingois la ligne d’arrivée. Elle fit quelques pas et s’installa là, le triomphe modeste. Quand le chien se retourna pour faire le dernier pas, sa défaite était consommée.


La cistude qui avait assisté à la scène se précipita vers l’écrevisse. Entre dames portant carapaces sur le dos, elles devaient se congratuler. L’une contre l’autre avaient triomphé de la légèreté et de la vélocité de leurs adversaires. Il ne suffit pas d’être mieux doté par la nature pour empocher la mise, il faut encore faire bon usage de ses capacités sans en omettre une seule. La sagacité n’est certes pas ce qui permet de faire preuve de célérité, mais en dépit des apparences, cette qualité peut s’avérer bien plus utile.


À deux pas de là, Jean de La Fontaine buvait du petit lait. Non seulement sa fable avait eu grand succès mais elle faisait des émules. Que son apologue puisse ainsi être repris en ricochet en bord de Loire n’était pas pour lui déplaire. Il en était si fier qu’il voulut célébrer ce grand moment en retournant le soir même au Château de Chambord. Il grava dans le tuffeau sa signature pour qu’une trace à jamais célèbre le triomphe de sa prose.


Voilà, vous savez tout de cette anecdote qui laissa des années durant les archéologues dans l’expectative. Je me suis permis de vous en dévoiler les arcanes car comme chacun sait qu’ici-bas c’est double plaisir que de tromper le trompeur, parole de bonimenteur.


 



mardi 2 juillet 2024

Le carré de l’hypoténuse

 

Triangles




Le carré de l’hypoténuse

est égale si je ne m'abuse

À la somme de ses côtés

S'ils sont élevés au carré


Le triangle rectangle s'honore

Du théorème de Pythagore

Laissant sur la touche

Ses collègues plus louches


L'équilatéral pourtant s'expose

Sur nos routes, je suppose

Pour prévenir du danger

D'une boisson à 60 degrés


L'isocèle part en congé

À la quête d'un sommet

Sa base se refusant

À des calculs savants


Le scalène se distingue

Ses côtés font la bringue

Recherchant la différence

Sans la moindre nuance


Rien n'est pire cependant

Que l'accouplement

De deux équilatéraux

L'un en bas, l'autre en haut


Une étoile se forme

Un symbole conforme

Qui devient infernal

Quand la géométrie s’emballe


Il faut prendre la tangente

Au cœur de la tourmente

Pour un angle d'attaque

Qui vous laisse patraque


Le croissant et l'étoile

Se couvrent d'un voile

Tous deux portent le deuil

Par la faute de leur orgueil


Si nous mettions de côté

Ces mortelles inimitiés

La paix serait un dessein

Pour de nouveaux demains


Quand tous les triangles du monde

Feront enfin la ronde

Se passeront de compassion

Le compas en action

†††



lundi 1 juillet 2024

Bouffon qui s'en dédit

 

Mieux vaut en rire.





Si le clown a bonne presse, son nez rouge l'autorisant à toutes les pitreries, pourvu qu'elles ne soient que grimaces et farces, accompagnées de rires enregistrés, le prosateur provocateur doit se garder de vouloir suivre ce chemin. Les paroles s'envolent en se jouant du paradoxe que moins ça vole haut, plus plaisant est le résultat aux oreilles d'un public qui ne demande qu'à pas réfléchir.


Le bouffon a quant à lui, bien du tracas devant la fragmentation de plus en plus clivante d'un auditoire qui n'accepte plus, désormais, de voir ébranler ses convictions et ses croyances. La dérision ou sa forme plus subtile, l'ironie, ne sont permises qu'à la condition de ne pas toucher au sacré, au pouvoir, à l'idéologie dominante, au mode de vie.


Le sexe dans ce domaine constitue la valeur refuge, l'éden de la langue de vipère, le paradis du gros cochon ou de la gentille pintade. Le dessous de la ceinture est d'une redoutable efficacité quand toute tentative de viser un peu plus haut risque de tourner en eau de boudin. Il est vrai que c'est un sexe sans risque qui ne demande aucune précaution oratoire pour au final n'engendrer que des rires gras et vulgaires.


Plus les mots sont directs, plus la chose est étalée sans pudeur, meilleures seront des saillies qui ne risquent pas de faire des petits. La stérilité du propos est confondante. Mais qu'importe, puisque dans ce domaine, l'essentiel est d'être compris par tout le monde. Il semble à ce titre qu'il y ait une culture universelle du grivois en goguette.


Le bouffon n'est pas à la fête d'autant que ses têtes de turcs, les puissants, les dirigeants, les décideurs sont des êtres asexués, dénués à la fois de cœur et de désir, d'humour et de tolérance. Si autrefois, le roi riait des remarques acerbes de Triboulet et consorts, désormais qui s'en prend aux têtes couronnées risque la sienne ou du moins, la censure sous de multiples habits.


La supposée légitimité acquise par le suffrage devrait, selon eux, les immuniser de toute remarque désobligeante lancée en public. Il serait paré d'un bouclier verbal, une forme de pare-feu du propos vachard, de la remarque piquante, de la réplique assassine. Leur statut devrait les mettre à l'abri de la répartie orale, celle qui dans l'instant, met les rieurs contre eux.


La controverse ne peut que venir de leurs opposants, tandis que de la plèbe, des manants, des gueux ne doit venir aucune attaque humoristique. Ce sont d'ailleurs les plus insupportables car ils ne cherchent pas à argumenter mais simplement à dépeindre une vérité qu'ils s'efforcent de gommer, de nier, de refuser d'admettre.


Leur mettre le nez dans la fiente n'est pas tolérable. Ils se préservent en faisant barrage pour que le bouffon soit repoussé des programmations, des scènes et des plateaux. Pire encore, ils s'arrogent le droit de jouer les guignols de service dès qu'un micro pointe le bout de son capteur, pensant ainsi faire montre de cet humour lissé qui les caractérise.


Pauvres pantins sans distance, misérables marionnettes sans oreille, dérisoires discoureurs sans talent oratoire, ils bâillonnent, ils repoussent, ils ignorent, ils maltraitent les rares voix qui usent de la caricature à leur encontre. Ils trouvent des complices dans ces organes de presse, qui pour ne pas les offusquer, tournent systématiquement le dos à ceux dont la parole n'est pas contrôlable.


J'en connais qui ont une peur bleue des horreurs que pourraient dire un agité du bocal, un âne bâté notoire en direct sur leur antenne. Le quatrième pouvoir se plaçant ainsi au service des trois autres, sans honte ni vergogne. Il est vrai que les banalités sont préférables aux vérités qui dérangent. Coupez, la liberté d'expression n'est pas vendeuse...


 

dimanche 30 juin 2024

C’est le tango des bords de l’eau,

Le Tangu’eau





C’est le tango des bords de l’eau, 

La danse de nos rivières 

C’est un tango sur bateau, 

Une danse marinière. 

C’est le tango de nos guinguette, 

Qui se danse le long des pontons 

C’est un tango en goguette, 

Que l’on danse avec passion. 

 

Tu as largué les amarres 

Pour oublier tes misères 

Tu pénètres dans un bar 

Cherchant une cavalière 

Puisque t’es un peu coquin, 

Tu l’invites à embarquer 

Pour un p’tit tango marin 

Qui veut la faire chavirer.

®

Tu oublies ton capitaine, 

Te voilà seul maître à bord 

Cette fille n’est pas vilaine, 

Te fera perdre le nord

 Frétille dans la tourmente, 

La demoiselle vacille 

Belles approches troublantes 

Pour ce couple qui godille. 

 

®

 

Tu chavires à chaque pas 

Pour la serrer contre toi 

Ce n’est pas une rumba, 

Tu dois garder ton sang-froid 

C’est un tango Argentin, 

Une danse chaloupée 

Que tu danses avec les mains 

Pour séduire ta fiancée. 

 

®

 

Tu resteras seul au port, `

Seul et la tête à l’envers

Ta belle à virée de bord 

Pour un gabier de Quimper

Tu le pensais ton ailier, 

Ce pirate devait avoir

Plus d’un tour dans son casier 

Pour gruger un gars de Loire. 

 


C’est le tango des bords de l’eau, 

La danse de nos rivières 

C’est un tango sur bateau, 

Une danse marinière. 

C’est le tango de nos guinguette, 

Qui se danse le long des pontons 

C’est un tango en goguette, 

Que l’on danse avec passion. 



 

 

mercredi 26 juin 2024

Il court dans le bois joli ...

 

Le Furet





Loin de courir le guilledou

Dans le joli bois mesdames

Il lambine au fond d'un trou

En une quête infâme


Domestiqué pour débusquer

Lapins, lapereaux lapines

Il s'insinue dans leurs terriers

Pour mener belle rapine


Sans nul permis de chasse

Il provoque grands ravages

Pour des humains sans audace

À l'affut dans son sillage


Au détour d'une galerie

Sans qu'il ne faille s'exposer

Font grands tableaux par veulerie

Tous ces monstrueux pavoisés


Et comme ils ne sont pas futés

Le pelage de leur complice

Pour apparaître dans la futaie

Blanc sera pendant l'office


Pour un plaisir dominical

Albinos est leur complice

D'une discipline monacale

Il est privé du calice


Passe sa vie dans une cage

Ne voyant le bout du tunnel

Que pour faire des ravages

Et remplir des escarcelles


Triste destinée du furet

Au sort si peu enviable

Qui bien loin de nous enchanter

Nous semble fort misérable


Loin de repasser par ici

Facilitons lui la fuite

Qu'il s'évade du bois joli

Par une cavité fortuite


Quoique son air semble charmant

La comptine nous fait chagrin

Quand pour distraire les enfants

Il leur faut des peaux de lapin

•••


 

À quoi rêvent les bateaux qui restent à quai ?

  Partir À quoi rêvent les bateaux qui restent à quai ? Ces éternels prisonniers de leurs entraves Ils ont pour seules v...