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samedi 6 juillet 2024

Le Maître des eaux et Forêts

 

La Fable de la fable





Il était une fois, en 1664, un homme de plume qui se mit à faire le paon auprès d’une belle et noble dame : la Duchesse d’Orléans. Onze ans auparavant, Jean de la Fontaine, fort d’un tel patronyme, devint maître des Eaux et Forêts, charge dont il n’aura plus que faire en 1672. C’est naturellement qu’il se tourna tout spécialement vers la nature pour écrire ses fables, jouant de ce fameux anthropomorphisme qui le rendit célèbre.


Pour se moquer de la vanité humaine, il se mit à écrire des fables, à l’imitation d’Ésope, un modèle antique en une époque où il convenait de puiser dans le passé si l’on voulait être respecté. Jean ne s’en priva pas, lui qui aimait à profiter de la protection des grands pour vivre aux crochets de ceux-ci. Mais laissons ce travers pour ne nous préoccuper que de ce récit.


En 1668, notre bon fabuliste se paie une belle célébrité en écrivant Le Lièvre et la Tortue. La fable fait le tour du pays, venant aux oreilles de tous les animaux ligériens. En bord de Loire, il n’en va pas autrement d’autant que la Cistude y vit tranquillement. Notre petite tortue d’eau douce se réjouissait de la farce que le grand homme lui avait attribuée. Il faut bien admettre que les lièvres, quant à eux, gouttaient fort peu la plaisanterie. Il en va toujours ainsi entre l’arroseur et l’arrosé.


Sur les rives de Loire, les animaux s’amusaient de ce récit qui s’était propagé comme une traînée de poudre. C’est ainsi qu’un chien de chasse à courre, réputé pour sa vitesse, alors qu’il était à la poursuite d’un cerf dans la forêt de Chambord, parvint jusqu’au port de Saint Dyé. Le dix cors à bout de force se jeta dans les flots et porté par un courant violent échappa à la meute.


Dans les taillis, un lièvre se gaussa de la défaillance des chasseurs, perdant ainsi une proie qui lui était promise. Le chien prit d’autant plus mal l’ironie cuniculaire qu’il venait d’apprendre la fable qu’il récita dans l’instant à celui qui dressait les oreilles. Sur la rive, les éclats de rire fusèrent de partout, y compris du fond de l’eau. Une écrevisse en effet avait écouté le moqueur et se dit qu’il serait bon de lui jouer un vilain tour.


Le crustacé d’eau douce avait l’ironie facile. L’écrevisse réputée à tort d’être une Pince sans rire, aimait à jouer des farces. Elle apostropha le Chien coureur, lui tenant à peu près ce discours. « Mon brave ami, je perçois votre ironie. Vous vous moquez d’autant plus aisément de ce pauvre lièvre que c’est un homme de lettre qui vous a mis dans la bouche cette fable. Vous croyez-vous donc à l’abri de pareille entourloupe ? »


Le chien piqué au vif, lui qui appartenait à une meute royale, se dressa de toute sa grandeur et mit au défit l’écrevisse de tenir avec lui un pari. Il se sentait en tous points supérieurs à cette maladroite, incapable, ne fut-ce, que de marcher droit. Rira bien qui rira le dernier se promettait ce vieux cabot, plus orgueilleux que malin.


Pour pousser à bout son interlocuteur, l’écrevisse qui avait des lettres lui évoqua son congénère le renard, bien plus rusé selon elle que ce pauvre roquet. Le coup avait porté au-delà de ses espérances, le chien en perdit toute contenance et tomba dans l’instant dans le piège tendu. Il consentit, lui l’animal pourtant si réputé pour son flair, aux conditions que fixerait son adversaire en ce duel singulier.


L’écrevisse, animal vicieux s’il en est, proposa au chien courant une course, lui sur le chemin de halage, elle dans le fond de la rivière. La victoire reviendrait au premier qui arrivera à la cale du port au lie- dit le Cavereau, situé non loin de Saint Dyé. Les témoins de la course devant être tout naturellement le lièvre et la cistude. Le seul souci avec la tortue étant de lui laisser le temps de se rendre sur place.


Le lièvre riait sous cape. Il devinait que l’écrevisse, forte de l’expérience de la fable précédente avait sans doute manigancé quelque stratagème pour leurrer l’aboyeur, fort en gueule et peu malin. Rendez-vous fut donc pris, une semaine plus tard pour permettre à la tortue de se rendre sur place.


C’est donc ce délai passé que le chien, le lièvre et l’écrevisse se donnèrent rendez-vous à Saint Dyé. L’écrevisse avait encore la main pour déterminer les modalités de la course. L’animal roublard évoqua en termes pompeux la nécessaire équité de l’épreuve, l’obligation de mettre tous les concurrents à la même enseigne tout comme l’exigence absolue de partir au même signal.


C’est ainsi qu’elle expliqua qu’étant dans l’eau, les sons y circulant d’une manière différente, il convenait de se mettre d’accord sur un signal de départ non équivoque. Laissant par pure forme la possibilité au chien de proposer une modalité à sa convenance et faute d’une proposition de celui-ci, l’écrevisse suggéra au chien de tremper sa queue dans la rivière afin que d’un coup de pince, elle déclenche le signal de la course. Le chien enthousiaste se plia aisément à cette suggestion.


C’est ainsi que le chien laissa traîner sa queue au fond de la Loire. L’écrevisse se fit un devoir de la pincer de plus fort qu’elle put. Aussitôt et malgré la douleur de cette sournoise agression, le chien se carapata à quatre pattes, négligeant toutes les sollicitions extérieures qui avaient joué mauvais tour au lièvre.


Il courut allant jusqu’au bout de ses forces, bien décidé à ridiculiser cette prétentieuse écrevisse. Il avait avalé la distance le séparant du Cavereau quand, à l’instant de franchir la ligne d’arrivée, il vit surgir le lièvre qui lui fit signe de s’arrêter. Le chien obtempéra tout naturellement, on aime à obéir dans la race canine.


Le lièvre, en sourire aux lèvres, les oreilles dressées, le pria de se retourner pour mieux profiter de sa victoire. « Regarde l’ami, d’aussi loin que portent des yeux, tu ne verras pas la queue de l’imprudente. Tu l’as battue à plat de couture, même à la nage, l’écrevisse restera sur sa faim ! ». Le chien s’assit pour mieux jouir de son triomphe. Oui, il allait emporter la plus éclatante victoire qui soit !


C’est alors que l’écrevisse qui s’était offerte une course folle, accrochée qu’elle était à la queue de son adversaire en profita pour se libérer et franchir de sa démarche de guingois la ligne d’arrivée. Elle fit quelques pas et s’installa là, le triomphe modeste. Quand le chien se retourna pour faire le dernier pas, sa défaite était consommée.


La cistude qui avait assisté à la scène se précipita vers l’écrevisse. Entre dames portant carapaces sur le dos, elles devaient se congratuler. L’une contre l’autre avaient triomphé de la légèreté et de la vélocité de leurs adversaires. Il ne suffit pas d’être mieux doté par la nature pour empocher la mise, il faut encore faire bon usage de ses capacités sans en omettre une seule. La sagacité n’est certes pas ce qui permet de faire preuve de célérité, mais en dépit des apparences, cette qualité peut s’avérer bien plus utile.


À deux pas de là, Jean de La Fontaine buvait du petit lait. Non seulement sa fable avait eu grand succès mais elle faisait des émules. Que son apologue puisse ainsi être repris en ricochet en bord de Loire n’était pas pour lui déplaire. Il en était si fier qu’il voulut célébrer ce grand moment en retournant le soir même au Château de Chambord. Il grava dans le tuffeau sa signature pour qu’une trace à jamais célèbre le triomphe de sa prose.


Voilà, vous savez tout de cette anecdote qui laissa des années durant les archéologues dans l’expectative. Je me suis permis de vous en dévoiler les arcanes car comme chacun sait qu’ici-bas c’est double plaisir que de tromper le trompeur, parole de bonimenteur.


 



jeudi 13 juin 2024

Elles ne coulent pas de source.

Mes fariboleries





N'est pas La Fontaine qui veut, il convient de savoir rester à sa place d'autant plus que je n'ai guère la réputation d'être un individu affable. Partant de ces constats qui poussent à l'humilité et la prudence, il était hors de question de prétendre écrire des fables même si la tentation de la morale et le goût exacerbé de dépeindre notre société peuvent donner l'illusion que le maître demeure source d'inspiration.


Comme il est plus raisonnable de ne jamais affirmer : « Fontaine, je ne boirai jamais de ton eau ! » il a fallu biaiser et trouver niche littérale pour y glisser quelques sornettes animalières à visée éducative et plaisante. Singeant le grand homme, le manichéisme y est de bon aloi tandis que la faune y conserve la part du lion.


Ainsi donc sont nées des fariboleries qui ne resteront pas dans les annales tant il n'est plus permis de se gausser de nos travers et plus encore de ceux des canailles qui se pensent les maîtres du monde. Le genre est d'autant plus obsolète qu'il se prive des deux mamelles du succès de l'époque : grossièreté et vulgarité tout en empruntant le chemin escarpé et totalement délaissé de la rime et de la métrique.


Pour ce dernier point, votre auteur, loin d’être un homme de plume, s'émancipe largement de la rigueur versificatrice qu'il convenait autrefois à nos chers fabulistes. Ces petits textes ne sont que pauvres fariboles, misérables sornettes, humbles facéties qui ne prétendent ni à la postérité, ni même à un lectorat de masse. Quant aux enfants, il est fort improbable qu'un enseignant s'aventure à leur offrir de telles âneries. Il a bien mieux en rayon en ce domaine, dans la littérature destinée à la jeunesse.


Il ne reste donc plus qu'une poignée d'irréductibles dinosaures antédiluviens pour prendre le risque de perdre leur précieux temps à décrypter des textes qui sont écrits en français, handicap suprême, avec pour ne rien arranger, des mots écrits dans leur entièreté. S'il faut ajouter à ce triste tableau, des formulations alambiquées, des mots compliqués, des verbes qui sont conjugués sur tous les modes et vous comprendrez que seul un public averti et en voie de disparition pourrait faire l'effort de lire une Faribolerie.

 Article

République du Centre
 


Si jamais vous êtes du nombre des élus, prenez donc la peine d'en parcourir quelques-unes. Il convient cependant d'ajouter une réserve supplémentaire et de taille. La pratique m'a administré terrible constat et j'ai grand souci de vous épargner pareille déconvenue. Mes fariboleries mettant en scène des animaux, j'ai eu la fort mauvaise idée de les illustrer de photographies animalières. La facilité tout autant que l'usage désormais habituel m'a valu des encouragements, des appréciations et parfois des commentaires de la part de cossards qui n'avaient regardé que les illustrations, s'épargnant le pensum de la lecture. J'en fus à chaque fois fort marri tout autant qu'exaspéré que ces gens se permettent une telle facilité.


Autre curiosité, le nombre de ces fameux pouces bleus pointant le ciel, forme la plus élaborée de la pensée contemporaine, ne sont nullement en relation avec le compteur des petites vidéos accompagnant la faribole. Ceci démontre à l'évidence, que l'appréciation est désormais une aimable preuve de politesse, sans que ce fut une réaction subséquente. L'absence de fondement à l'opinion étant naturellement la marque de fabrique de notre société.


Vous disposez désormais de l'information utile à votre venue éventuelle dans l'univers de mes fariboleries. Si l'épreuve vous parait insurmontable, je ne peux vous en tenir rigueur à la condition que vous n’en veniez pas troubler mon onde pure. Épargnez-vous donc toute forme de flagornerie illusoire, mon misérable ramage n'a pas à se mesurer à l'aulne de votre plumage.

 


 


mardi 11 juin 2024

Ne peut être La Fontaine qui veut

 

Fariboles à Bou ...




Ne peut être La Fontaine qui veut

Surtout au bord de la rivière

Il est prudent de marcher sur des œufs

Pour le singer à sa manière …


Pour qui cherche la petite bête

Le modèle ouvre bien des portes

Quand les animaux sont à la fête

Afin que la morale l'emporte


Prenant alors moult précautions

C'est un piètre versificateur

Qui d'un bestiaire, a l'ambition

De suivre les pas du fabulateur


Quand l'âne bâté tiendra la plume

Les manants auront le mauvais rôle

La tête posée sur une enclume

Ils ne le trouveront pas si drôle


À proximité d'une binette

Bien des fables feront alors leur trou

Les amis de la bibliothèque

Sont conviés à en venir à bout


Sans nulle prétention un sacripant

Déclamera quelques fariboles

Pour amuser les petits et les grands

De métaphores en paraboles


Au terme de ce curieux pensum

Lors d'un moment plus récréatif

On bâillonnera alors C''Nabum

Afin de jouir d'un apéritif


Toutes ces bouches enfin déliées

La convivialité à l'honneur

Un repas froid sortira des paniers

Pour le plus grand plaisir des spectateurs


Qui fut contraint de tendre l'oreille

Aime ensuite à se remplir le gosier

La bouche n'a jamais son pareil

Pour satisfaire le bêtisier


Les vers se griment alors en verres à pied

La rime se boit à petite gorgée

Une conclusion qui à tous sied

Sans que la morale en soit écornée

•••


 



lundi 20 novembre 2023

Le croissant et l'étoile

 

Triangles




Le carré de l’hypoténuse

est égale si je ne m'abuse

À la somme de ses côtés

S'ils sont élevés au carré

®

Le triangle rectangle s'honore

Du théorème de Pythagore

Laissant sur la touche

Ses collègues plus louches

®

L'équilatéral pourtant s'expose

Sur nos routes, je suppose

Pour prévenir du danger

D'une boisson à 60 degrés

®

L'isocèle part en congé

À la quête d'un sommet

Sa base se refusant

À des calculs savants

®

Le scalène se distingue

Ses côtés font la bringue

Recherchant la différence

Sans la moindre nuance

®

Rien n'est pire cependant

Que l'accouplement

De deux équilatéraux

L'un en bas, l'autre en haut

®

Une étoile se forme

Un symbole conforme

Qui devient infernal

Quand la géométrie s’emballe

®

Il faut prendre la tangente

Au cœur de la tourmente

Pour un angle d'attaque

Qui vous laisse patraque

®

Le croissant et l'étoile

Se couvrent d'un voile

Tous deux portent le deuil

Par la faute de leur orgueil

®

Si nous mettions de côté

Ces mortelles inimitiés

La paix serait un dessein

Pour de nouveaux demains

®

Quand tous les triangles du monde

Feront enfin la ronde

Se passeront de compassion

Le compas en action

®®®



vendredi 6 octobre 2023

Le corbeau et le gruyère

 

Corbeau




Un corbeau de fort mauvaise humeur

Désira exprimer sa colère

Le bel oiseau pour son plus grand malheur

Venait de dérober un gruyère


La pâte cuite n'avait rien de coulant

Et tenait plus des fromages plâtreux

Trop fade pour attirer les gourmands

Son appât ne sera pas crémeux


Pour prendre Renard à ce piège

Il conviendrait d’embaumer la forêt

Goupil est sensible au doux sortilège

Des effluves d'un camembert bien fait


Bon pasteur un geai lui conseillait

D'oublier cet affront de la fable

De n'être pas si soupe au lait

Pour paraître un peu plus aimable


Pour faire son trou dans le cœur des humains

Corbeau devrait cesser de ressasser

La farce qui modifia son destin

Par la faute d’une fable affinée


Quand Corneille se mêla au débat

Essayant de calmer son bon ami

Lui conseilla de rompre le combat

Pour cesser d'en faire une tragédie


Surgit brusquement sur ces entre-faits

La pie qui déclara d'une traite

Que seul un bon Coulommiers bien fait

Méritait de rompre sa diète


Clouant ainsi le bec à l'assemblée

Car était venu le temps du Carême

Une période de sobriété

Où l'on mélange l'eau à sa crème


Les oiseaux cessèrent toute querelle

Tandis que d'un rageur trait de plume

Notre fabuliste battant de l'aile

Acheva cette facétie posthume

•••



mardi 3 octobre 2023

La Loutre et son Tanguy

 

La Loutre





Une loutre pêchait tranquillement

Quand vint à sa rencontre un galant

Ce mâle a du chien pensa la belle

Se laissant choir dans son escarcelle


Sa petite affaire rondement menée

L'odieux laissa tomber sa dulcinée

La pauvrette se retrouvant grosse

De celui qui n'était qu'un sale gosse


Porta soixante jours cette offrande

Cadeau dont elle n'avait fait commande

Espéra alors que la livraison

Lui donnerait plus de satisfaction


Son enfant lui octroya des soucis

Ce charmant rejeton en bon Tanguy

Se refusa après son sevrage

À quitter de sa mère les parages


S’incrusta dans la catiche maternelle

Sans plus se nourrir à ses mamelles

La pauvre génitrice fort marri

D'hériter de son enfant pour mari


Comment chasser le petit insolent

S'interrogea la chagrine maman ?

Le parasite coulait des jours tranquilles

Sans devoir fonder une famille


La Loutre abandonna sa demeure

Laissant là qui vivait à demeure

Loin de passer pour casanière

Alla dans une autre rivière


Tanguy reçut alors la visite

Du vicieux mâle cénobite

La rencontre tourna au vinaigre

Nos deux larrons en eurent le vit aigre


Quant à la charmante mustélidé

Un compère lui promit fidélité

Ils péchèrent énormément de poissons

Pour élever leurs très nombreux loutrons


Qui va à la chasse perd sa place

Qui va à la pêche se déplace

À pousser le bouchon toujours plus loin

Certains finissent pas être chafouins

•••




dimanche 30 avril 2023

Drôle d'ambassadeur

Drôle d'ambassadeur




Pour transmettre un message

Bien avant la téléphonie

On mettait un oiseau en cage

Pour le libérer le jour dit


Le pigeon alors voyageur

Échappera à la cocotte

Pourvu que nul chasseur

Ne le tire comme à Gravelotte


Le petit pois ou bien les plombs

L'alternative est délicate

Le ramier préfère pour de bon

Sa mission ingrate


Hélas le pigeon sur la défensive

Il fallut changer d'animal

Pour porter cette missive

En pleine guerre tribale


Un cheval coursier

Fut mis en selle

Pour porter le courrier

Il n'y a rien de tel


Hélas depuis Troie

On se défit de la chose

Le tampon qui fait foi

Trouve porte close


Un bouc fut choisi

Remplaçant le postier

Il allait porter à l'ennemi

Un message d'amitié


L'émissaire fut saisi

Sans remplir sa mission

Servit de méchoui

La flamme pour oraison


La paix, lettre morte

Faute de courriel

La nouvelle supporte

D'être transmise du ciel


dimanche 26 mars 2023

Entrechat félin

 

Entre chats





Terrible félin ou gentil minet

Chat de salon ou bien de jardin

Vieux matou ou fier greffier

Sous le minou se cache le malin


Un chat Pitre se prit d'inimitié

Pour un chat Teigne fort peu fréquentable

Une relation à couteaux tirés

Rendait leurs existences invivables


Si l'un d'eux donnait un coup de griffe

L'autre répliquait d'un vilain crachat

Sans interruption nos deux escogriffes

Se querellaient comme le font chien et chat


Sournois félin ou rusé minet

Chat d'intérieur ou d'extérieur

Gros matou ou petit greffier

Sous le minou se cache un farceur


Si d'aventure ils échangeaient des mots

La discussion tournait à l'esclandre

L'un accusant l'autre de tous les maux

L'autre lui répliquant pique pendre


Teigne à Pitre voulait lui faire la peau

L'agonir d'horions et de marrons

Avant de le jeter au fond de l'eau

Pour venir y engraisser les poissons


Agile félin ou espiègle minet

Chat de maison ou bien de gouttière

Matois matou ou furieux greffier

Sous le minou se cache une panthère


Pitre, plus aimable, tout au contraire

De rire désirait faire mourir

Celui qui se disait son adversaire

Manière plus agréable d'en finir


Un combat sans pitié se profilait

L'algarade de fil en aiguilles

Mettrait aux prises ceux qui se détestaient

Quand par le chas passa une anguille


Silencieux félin ou joyeux minet

Chat des champs ou de fiction

Malin matou ou stupide greffier

Sous le minou se cache un poison


Les deux protagonistes se figèrent

Teigne s'adoucit et Pitre sourit

Nos deux chats, beauté divine s'aimèrent

D'une passion que le passé nourrit


À sept lieues à la ronde on raconta

La belle histoire de ces deux mistigris

Les petits rats en firent des entre-chats

Car la nuit tous leurs semblables sont gris


Furieux félin ou rouet minet

Chat de BD ou bien de fable

Pauvre matou ou élégant greffier

Le minou n'est pas toujours affable

•••

Morale

Seul le chat qui charrie varie



mercredi 8 mars 2023

Il y a anguille sous roche

 

Anguille ...





Quel est ce mystère qui se cache sous la roche ?

Un animal étrange, mi serpent mi poisson

Vit dans l'eau douce ou l'océan si proche

Sa folle aventure digne d'une expédition


Son existence débute loin de nos sarcasmes

D'un voyage sans retour pour ses géniteurs

Si loin de chez nous, dans la mer des Sargasses

Un périple digne des grands explorateurs


Pour les petites larves débute une traversée

Qui les exposera à nombre de menaces

Lors d'une migration effectuée sans papiers

Gagnant un estuaire pour les plus tenaces


Elles deviennent civelles en arrivant au port

Si belles, si goûteuses qu'en tournent les têtes

De tant de gourmets prêts à les mettre à mort

Pour une pibale ou même une omelette


Celles qui réchappent à cette odieuse tuerie

À contre-courant, trouveront un refuge

Essayant d'y couler une paisible vie

À l'écart d'un marais, habile subterfuge


L'anguille n'est hélas pas au bout de ses peines

Les humains ont dressé tout au long du parcours

Périls et obstacles, dieu quelle déveine

Sans qu'elle puisse espérer le moindre secours


Les fossés et les zones humides abandonnés

Comment parviendra-t-elle jusqu'à son étang ?

Sans compter hélas que les eaux sont polluées

De tous ces petits plombs qui y tombent souvent


Si quand bien même elle aurait survécu

Épilogue d'une vie d'incertitudes

Son instinct lui ordonne d'affronter l'inconnu

Nouveau périple semé de vicissitudes


Elle s'en retourne sur son lieu de naissance

Dans sa course transatlantique sans retour

Pour que la vie et la mort en quintessence

Deviennent sublime manifestation d'amour

mercredi 15 février 2023

Barrière de l'espèce

 

Amours énantiotropes




Un écureuil s'éprit d'une taupe

Comble d'un amour énantiotrope

Lui perché sur son grand pin parasol

Elle creusant ses galeries dans le sol

 



Comment trouver un terrain d'entente

Pour une solution convaincante ?

Où se rencontrer pour y convoler

Et se permettre de gaudrioler

 



Le gentil acrobate rongeait son frein

Tandis que la dame fouillait le terrain

Avec un tantinet de panache

Le rouquin descendrait de sa cache

 



La pauvrette ne pouvant le rejoindre

Un affreux vertige lui faisait craindre

De devoir renoncer à son espoir

Par la crainte de finir par déchoir 

 



Amoureux tout autant que couard

L'écureuil s'accrochait à son perchoir

Quand motivée par un désir puissant

La taupe trouva réponse en fouissant 

 



Elle se fit sapeur sans ménagement

Creusant un immense dégagement

L'arbre vacillant sur ses racines

En devint l'innocente victime

 



Celui qui s'accrochait à son charme

N'eut pas le temps de verser des larmes

Perdant l'équilibre il bascula

Dans les bras de qui l'attendait en bas

 



La chute, loin de permettre leur idylle

Provoqua malheur indélébile

Au moment de leur premier baiser

Le sapin rompu vint les fracasser

 



Tous les deux réunis dans l'épreuve

Bien malgré eux nous donnaient la preuve

Que des relations contre nature

Se soldent par une déconfiture

 



La morale se limite en l'espèce

À la seule barrière des espèces

N'en tirez aucune autre conclusion

Pour dénaturer bien des unions 


 


vendredi 3 février 2023

La véritable histoire de la petite souris ...

 

Petite Souris





Une souris ayant perdu une dent

Confia son désarroi à sa maman

Sachant que c'est un drame pour un rongeur

Cette mère tint propos consolateurs


« Nous aurons moyen de la remplacer

Par quelques astuces à notre portée

Cherchons dans cette charmante maison

Ce qui complétera ta dentition ! »


Le conseil laissait souris sur sa faim

Elle doutait désormais du lendemain

Sa génitrice balayant ses craintes

Fit un orifice dans une plinthe


Débouchèrent dans une grande salle

Ayant dimensions colossales

C'est dans un grand esprit de synthèse

Que toutes deux cherchèrent une prothèse


Elles découvrirent bien plus qu'un trésor

Une merveilleuse pièce en or

Et la petite souris la glissa

Dans l'étroit orifice qu'elle combla


Pour se faire pardonner ce larcin

La petite souris c'est très malin

Offre un sou tout neuf aux charmants enfants

Qui par mégarde tombent une dent


Pour satisfaire à cette offrande

L'animal ne fait pas quémande

Mais perce un trou dans la banque

Pour dérober ce qui lui manque


Personne ne la prendra sur le fait

Car elle dissimule son retrait

Sous le couvert de l'inflation

Pour justifier ses ponctions


Elle n'a pas besoin d'un alibi

Lorsque fondent ses économies

Elle dispose d'un gros portefeuille

Sous la houlette d' un écureuil


Si votre compte est dans le rouge

Sans que votre banquier ne bouge

Tout comme ces deux braves rongeurs

N'hésitez pas à vous faire voleur

•••



mardi 20 décembre 2022

Quand les rennes se font bourriques

 

Ras la hotte






C'est le trop-plein de l'instant

Qui me coupe la chique

Les rennes se font bourriques

Chez nos amis commerçants


Pour aller bien plus vite

Sur la toile, la commande

C'est ce qu'on leur demande

Se trouve sur un site


L'amas zone et fait tache

Les colis partent à l'heure

Une illusion qui fait leurre

Du service à la tâche


L'époque n'est plus magique

Les rêves sont programmés

L'enfance dévaluée

Sur l'autel numérique


Le commerce fait le vide

Tout s'achète et se revend

En hiver souffle le vent

D'une société cupide



La goutte qui déborde

Ici sonne l’hallali

D'un monde à l'agonie

En suivant la méthode


Continuez donc ainsi

Vous ne serez pas déçus

La planète est fichue

Et l'humanité aussi


Le pauvre Père Noël

Pleure les gamins sages

Qui n'avaient qu'un message

« Je suis enfant modèle ! »


Quand sur un catalogue

Ils découpent les cadeaux

Ils s'imposent c'est ballot

Sans aucun dialogue


Car désormais c'est un du

Un monticule d'offrandes

Et aucune réprimande

Aux chéris ; bien entendu !

•••



À quoi rêvent les bateaux qui restent à quai ?

  Partir À quoi rêvent les bateaux qui restent à quai ? Ces éternels prisonniers de leurs entraves Ils ont pour seules v...