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vendredi 22 décembre 2023

La bûche de Noël …

 

Entre chêne et houx






Il fut un temps si lointain que nulle trace écrite n'évoquera jamais l'histoire que le vent m'a aimablement soufflée au creux de l'oreille. Que les esprits résolument destructeurs tâchent de se précipiter dans les temples modernes de la consommation pour y faire emplettes et dépenses somptuaires tout autant qu'inutiles et que les autres prennent la peine de se poser près de l'âtre de la cheminée pour m'écouter.


Les hommes d'alors découvraient les mystères de la nature qui étaient encore pour eux sources d'émerveillement et de réflexion. N'ayant pas la prétention de tout savoir ou de vouloir tout plier à leur désir, ils avaient la sagesse d'observer et de chercher à découvrir. En cela, ils étaient bien plus sages que ne le sont nos contemporains, ceux-là même qui conduisent la planète à sa perte.


Nous étions alors au début du commencement, à l'aube d'un temps qui sortait de sa nuit. L'homme était partie intégrante de la nature ; il n'en était qu'un modeste maillon de la chaîne. Il allait de par la vaste Terre et cherchait tant bien que mal à survivre. Depuis quelques lunes, le soleil semblait s'éteindre. Plus la succession des jours et des nuits avançait, plus il faisait froid et plus l'obscurité croissait et imposait sa force à une pâle clarté qui se réduisait comme peau de chagrin.


La nature accompagnait cette lente et inexorable progression vers sa fin. Les arbres avaient perdu leurs feuilles, les animaux se taisaient, les fleurs et les fruits n'étaient plus que de très lointains souvenirs. La tristesse et la désolation devenaient le lot de ceux qui sentaient leur fin proche. Tout autour d'eux n'était que grisaille, obscurité, désolation.


Pourtant non, il y avait les houx qui restaient verts. Leurs petits fruits rouge-vif qui étaient apparus lorsque la chaleur et la lumière régnaient encore sur la terre, persistaient obstinément, miraculeusement, quand plus rien ne résistait à la nuit et à la froidure qui recouvraient la nature. À bout de confiance, une femme coupa une branche de houx pour agrémenter sa hutte ou sa caverne. Elle voyait dans ce geste la volonté de réveiller le soleil, de l'honorer en célébrant le dernier fruit qui résistait encore.


Bientôt elle fut imitée en son geste. L'humain est ainsi constitué qu'il aime à copier son voisin. En cette période lointaine, il n'en allait pas autrement. Ce fut une razzia de houx, une folie comme les générations suivantes finirent par nous y habituer. Les forêts s'éclaircirent devant cette coupe claire. De ci-de là, des chênes apparaissaient alors, beaucoup plus accessibles qu'auparavant.


Comme ils étaient hauts ! Comme ils étaient forts ! Comme ils étaient gros ! Mais que l'homme d'alors était démuni devant ces monstres élancés vers un ciel qui avait perdu toute vigueur. C'est un jeune enfant, plus rêveur que les autres, qui eut cette idée folle de réveiller le soleil. Il fit remarquer que nulle plante n'allait aussi haut dans le ciel et que si quelque chose pouvait réveiller le soleil, ce ne pouvait être que ce grand et bel arbre …


Le désespoir était si grand, les nuits si longues, que chaque suggestion était écoutée avec attention. La remarque de l'enfant parut redonner du courage aux siens. Il fallait abattre un géant pour envoyer un signe à l'astre qui s'endormait doucement depuis si longtemps. Les hommes se mirent à l'ouvrage, ils firent tant et si bien, usant de tous les expédients qui étaient à leur disposition, qu'en quelques jours, le grand chêne chut.


Dans sa chute, il se brisa en plusieurs morceaux. Une branche s'était cassée dégageant une petite partie, grande comme un bras d'enfant. C'est vers elle que le gamin s'approcha et déclara : « Il suffit que cette bûche monte vers le ciel et le soleil reviendra ! » Non seulement, il venait d'inventer un mot nouveau ; mais il exigeait une chose qui échappait à la raison. Comment faire monter au ciel un morceau de bois ?


Il eût passé pour un demeuré, un simple d'esprit, si un vieillard, celui qui était chargé de conserver l'amadou et la braise sacrée, n'eût déclaré qu'il fallait essayer de confier la bûche au serpent qui fait des flammes. Nous étions au soir du solstice d'hiver ; la bûche fut dévorée par le feu quand, après bien des efforts, les flammes s'élevèrent vers le ciel. Le lendemain, les jours cessèrent de raccourcir.


Pour les raconteurs d'histoire, il fallait des combats épiques, des rois et des légendes pour expliquer le monde en ces temps où la science n'avait pas encore semé les graines du scepticisme. On évoqua alors le duel du Dieu Chêne et du Dieu Houx. Le chêne en sortait vainqueur au solstice d'hiver, le houx à celui d'été. À chaque fois, un feu de joie accompagnait la victoire de l'un sur l'autre.


Pour Yule, la fête qui nous préoccupe en ce Noël pas toujours aussi catholique qu'on veut bien nous le faire croire, la bûche ira dans le foyer pour célébrer le renouveau des jours tandis que le houx honorera portes et maisons pour apporter sa gaieté et l'annonce du prochain cycle. Car il en fut ainsi depuis l'aube des temps et il n'y a aucune raison que cela change jusqu'à ce crépuscule que nos folies appellent de leurs vœux...


 


jeudi 21 décembre 2023

Au pied du sapin

 

Au pied du sapin





Pour qu'il ne soit pas dépaysé

Le père Noël a accumulé

Une montagne de gros cadeaux

Qui ne peuvent tenir dans des sabots


Le petit sapin se désole

On l'a arraché à son Tyrol

Pour achever son existence

Dans le confort d'une résidence



Si loin du vent et de la neige

Prisonnier d'un affreux piège

On l'a déguisé stupidement

Afin de divertir des enfants


Seuls les paquets les intéressent

Sans une marque de tendresse

Pour celui qui perd ses aiguilles

Au pied de toutes ces broutilles



Quand soudain ils se précipitent

Perdant alors toute conduite

Ils arrachent papiers et cartons :

Qui joncheront le sol du salon


Sur le carrelage les dépouilles

De ses collègues niquedouille

Sacrifiés en pâte à papier

Qu'on mettra en boule dans un panier



Devant ce furieux carnage

Il s'étonne alors qu'à leur âge

Ces chérubins se font complices

De tant d'inutiles sacrifices


Quant au vieux livreur cacochyme

De bien des avis unanimes

Depuis longtemps il est dépassé

Pas l'excès de ce qu'il doit porter



Depuis qu'les gamins font des listes

Loin des leçons des catéchistes

Adieu le symbole de pauvreté

Que fut autrefois ce nouveau né


Osez plus de modération

Lors de cette célébration

Sous le sapin et dans l'assiette

Pour le plus grand bien de la Planète

•••




dimanche 25 décembre 2022

Guirlande réfléchissante …

 

Noël en question !






Pourquoi faut-il que les aiguilles de pin me mettent les nerfs en pelote ?

Un sapin a-t-il les boules quand on le coupe ?

Quelle bêtise a commis un sapin qu'on enguirlande ?

Faut-il couper la buche avec une scie ?

Pourquoi met-on ses deux chaussures sous un sapin qui n'a qu'un pied ?


Les rennes du père Noël aiment-elles la galettes des rois ?

Faute de mieux, qui veut bien faire l'âne ?

Qui se charge de changer la paille dans l'étable ?

Est-ce pour supporter les odeurs de chaussures que le père Noël porte une hotte ?

Est-ce sa tournée qui barbe ainsi le père Noël ?


Peut-on téléphoner au père Noël en PCV ?

Pourquoi le traîneau du père Noël passe-t-il au rouge ?

Peut-on écrire sans faute au père Noël ?

Les huîtres croient-elles aussi à la magie de Noël ?

Pourquoi faut-il qu'un sapin domestique clignote ?


Pourquoi le chapon ne trouve-t-il aucun charme à la dinde ?

Le paquet n'est-il pas plus important que le cadeau ?

Les enfants font-ils des listes par crainte d'oublier Noël ?

Peut-on avancer la messe de minuit à une heure plus chrétienne ?

Le pape croit-il aussi au père Noël ?


Le petit Jésus portait-il vraiment une culotte de velours ?

Un réveillon peut-il tourner au cauchemar ?

Marie eut-elle le temps de préparer le repas ce jour-là ?

Les rois mages apportèrent-ils le mir pour faire la vaisselle ?

Par où passe le père Noël quand il y a un chauffage par le sol ?


Jusqu'à quel âge le père Noël va-t-il croire en lui ?

Le petit Jésus a-t-il été pistonné pour obtenir une place dans une crèche ?

Le père Noël et le pape sont-ils de même essence ?

Est-ce parce qu'il porte une pelisse que le père Noël n'est jamais inquiété par les agents ?

Peut-on considérer que la crèche est une niche maritale ?


Certains finissent sur la paille mais que dire de celui qui commence ainsi ?

Peut-on faire un cadeau quand on est sans-papiers ?

Les pères Noëls de nos super-marchés ne sont-ils que de pâles copies ?

Pourquoi le père Noël n'a-t-il pas préservé son droit à l'image ?

Pourquoi tous ces réveillons me laissent-ils sur ma faim ?


Pourra-t-on encore croire au père Noël en 2023 ?

Est-ce que le père Noël se charge aussi des cadeaux fiscaux de Macron ?

Peut-on imaginer que le père Noël fasse grève sans qu'il soit remplacé par des policiers ?

Le réchauffement climatique incommode-t-il le père Noël et son équipage ?

Faut-il illuminer votre maison pour signaler votre présence au livreur de cadeaux ?



Si vous commandez des pizzas pour cette nuit là, viennent-elles en traineau ?

Que peut bien faire le père Noël le reste de l'année ?

Pourquoi dit-on la magie de Noël puisque le père Noël n'a ni chapeau ni baguette ?

Dans les magasins, faut-il mettre le paquet uniquement sur Noël ?

Me ferez-vous le cadeau d'un commentaire pour cette aimable plaisanterie de la nativité ?




jeudi 22 décembre 2022

Mauvais conte de Noël ...

 

Ce n'est pas un cadeau !





Tout avait commencé de manière insidieuse dans la boîte aux lettres. La période était encore à la cueillette des derniers champignons, la douceur de l'automne ne laissait pas supposer que l'hiver réclamait déjà toute votre attention. Plus tôt encore que l'année précédente, des catalogues, pleins de promesses, étaient arrivés pour tenter tous les petits diables qui sommeillent dans chaque enfant.


Un bon gamin sans doute mais un démon quand même, un enfant qui n'en fait qu'à sa tête, un être de colère et de caprices, tyran domestique et monstre d'exigence reçu ces messages aguicheurs. Dès qu'il consulta ces maudits prospectus de la tentation, il n'y eut plus moyen de le tenir. Il allait d'une page à l'autre en s'exclamant, en cochant tout ce qui lui faisait envie, en découpant ce qu'il désirait avidement.


Il n'était pas fou, il avait compris que l'empressement des grands à satisfaire ses désirs passait par une sélection exhaustive de ces mirages merveilleux. Il voulait tout, réclamait tout dans une fièvre gourmande d'appropriation. Il savait que pour être aimé, il était indispensable d'être gâté. C'était un enfant modèle, un spécimen parfaitement adapté à la société de consommation.


Il distribuait les rôles à qui voulait bien lui accorder un peu d'estime. Père, mère, beau-père, belle-mère, oncles et tantes, grands-parents et voisins, amis et connaissances ; tous avaient droit à une petite requête, une demande précise, référencée, cataloguée. Il y avait de quoi satisfaire ses envies les plus extravagantes : la profusion des cadeaux possibles lui assurait un pouvoir redoutable sur tous ces adultes pris au piège.


Ce pouvoir, il le connaissait parfaitement. Il réclamait sans honte ni modération. L'enfant est roi en ce monde mercantile ; il est désormais impossible de lui refuser quoi que ce soit et point ne sert de prétexter un quelconque argument pour se défiler. Le cadeau de Noël est un passage obligé, une imposition sociétale, la seule marque d'affection qui ait un prix à ses yeux. L'enfant l'avait compris et, de son trône, organisait sa prochaine remise des récompenses.


Pour plus de sûreté, il établit une liste précise et détaillée qu'il expédia par la poste à un mystérieux entremetteur, livreur nocturne des colis espérés, bagagiste de ses envies. Il précisa, pour plus de clarté, le nom de chaque personne sollicitée. Le bon vieillard n'avait plus qu'à faire l'interface. Comme c'était un enfant de son époque, il eut la prudence de doubler la lettre d'un message électronique, ainsi était-il certain de son fait. Il serait comblé le moment tant attendu venu.


Il croisa durant tout le mois de décembre, de curieux personnages grimés dans les magasins et les centres commerciaux, sur les marchés de Noël et les places publiques. Quoique qu'il n’eût jamais affaire aux mêmes, tous ces pauvres comédiens misérables à la barbe postiche lui affirmèrent, tous en chœur, qu'ils avaient bien reçu sa commande et qu'il n'y avait aucune raison qu'elle ne soit pas satisfaite. Devant le pouvoir d'ubiquité de sa quémande, il jubilait qu'un tel pouvoir lui fut accordé !


Quelques atrabilaires rabat-joie venaient bien lui réclamer de petits efforts en contrepartie. Un peu de sagesse, une petite dose de politesse et de bonnes notes à l'école. Les pauvres, ils ignoraient sans doute qu'il y a belle lurette qu'on ne note plus les élèves. Quant aux autres conditions, l'enfant en riait d'avance. Qui oserait le priver de ce dont il avait droit ? Il n'est plus question d'exiger des contreparties à l'enfant roi ou alors il appellerait le 119.


Et le jour tant attendu, il comprit sa toute-puissance, sa force de persuasion et son importance dans la cité. Sous le sapin de Noël, une avalanche de paquets aux mille et une couleurs, enlacés de rubans dorés ou bien argentés. Il y avait là des monceaux de paquets-cadeaux, des colis tous plus gros les uns que les autres. Il était bien le roi de la fête, le prince de la nuit.


Il allait pouvoir commencer son cinéma, sa grande scène si souvent répétée. Il allait se montrer injuste, égoïste, capricieux et difficile. Il se savait observé, admiré, scruté. Il allait leur jouer le grand numéro de celui qui reçoit bien trop de cadeaux. Les caméras étaient braquées sur sa personne, la foule admirative n'attendait plus que lui.


Il prit son temps, feignant l'indifférence devant ce tas entièrement dédié à sa gloire. Il tourna autour, cherchant du regard le paquet le plus volumineux. L'amour se mesure en mètres cubes ; il avait compris la nouvelle mesure de la démesure. Il ouvrit ce gros, cet immense paquet. Il l'éventra plutôt, le déchira, martyrisa le carton d'emballage, s'en prit même au contenu qui reçut quelques coups. Autour de lui, on s'exclamait d'une telle énergie. Lui, il brisait pour le simple bonheur d'asseoir son autorité sur cet aréopage de courtisans.

Il abandonna bien vite le premier cadeau sans même remercier ceux qui avaient répondu à sa requête. Il le laissa dans un coin, l'abandonnant à son triste sort, présent inutile et encombrant qui achèverait sa vie éphémère dans une déchetterie quelconque. Seul le plaisir du déballage lui importait. Jouer ? Mais pourquoi diantre s'encombrer de pauvres objets quand l'espace virtuel s'offrait à lui ?


Il se décida à porter son dévolu sur un autre paquet. Il subirait le même sort. Les flashes crépitaient tandis qu'il détruisait méthodiquement cette grosse peluche ridicule. Puis ce serait le tour d'un camion de pompier, une drôle d'idée qu'il n'avait même pas eue. Ainsi, une grande partie de la soirée, il allait ouvrir et abandonner des cadeaux dérisoires, des épaves déjà, sans amour ni désir.


Les adultes boudent maintenant cette cérémonie fastidieuse. Ils se pressent devant le buffet, ils ont payé leur écot en apportant un cadeau pour ce vilain garnement. Ils n'espéraient aucun remerciement ; ça tombe bien, ils n'en auront pas. Ils ont rempli leur devoir de grande personne ; ils ont acheté une babiole, c'est tout ce qu'on leur demandait.


Au pied du sapin, un capharnaüm sans nom, monticule de papiers éventrés, de rubans déchirés, de cartons émiettés, de cadeaux démembrés, d'objets à jamais oubliés. L'enfant est retourné à ses écrans ; il a abandonné ce champ de bataille qui l'a distrait quelques minutes de son monde virtuel. Il est retourné à ses aventures sanguinolentes, ses monstres et ses vies magnifiques.


Pourtant, au pied du sapin, un paquet minuscule, ridicule, reste encore emballé. Celui qui l'a offert, garde le regard dans le vague. Il souffre de la négligence du petit monstre, de son indifférence à ce qui est si précieux à ses yeux. Il ne comprend pas la réaction des autres adultes, il n'admet pas le spectacle auquel il vient d'assister, il réprouve les exclamations de ceux qui ont été piétinés à l'instar de leur offrande.


L'homme reste seul au pied du sapin, là où gisent les reliefs de Noël. Dans son modeste paquet, il avait glissé un livre. Oui, un étrange objet, le grand oublié de la fête, un petit recueil de contes et de fables, un présent qui n'est pas rutilant, un cadeau qui réclame effort et temps, concentration et passion. Il n'a pas compris que les temps ne sont plus à ce genre de présent.


L'enfant n'ouvrirait pas ce cadeau mais le garderait inexplicablement sur une étagère. Des mois durant, il resterait en l'état. Mais un jour, bien plus tard, par ennui et inadvertance, il délivra ce petit ouvrage. Pourquoi avait-t-il fait ça ? Lui-même ne le savait pas. Pire encore, ce jour mémorable, il essaya de déchiffrer quelques mots. Jusqu'au soir, il abandonna ses écrans et ses colères. Il venait de découvrir un monde plus merveilleux encore que ceux, factices, qui occupaient alors ses journées entières.


L'enfant avait découvert le livre. Il renonça, le Noël suivant, à tout ce qui faisait alors son pouvoir sur les adultes. Il ne voulut que des livres, des albums, des histoires, des romans. On prétend que bien des donateurs en furent très contrariés. Ils se sentaient humiliés d'offrir un objet de si peu de valeur. Qu'allait-on penser d'eux ?

 

À contre-emploi



mercredi 21 décembre 2022

Point d'embûche ni de bûche en fin d'année

 

Bûche






Pouvais-je plus mal tomber que chez un glacier

Moi qui jadis, illuminais tous vos foyers

Honorant le retour, pour les initiés

Des lumières triomphant de l'obscurité


Comme rescapée du feu de joie de la Saint Jean

Je faisais le pont entre les quatre saisons

En la compagnie du houx, notre vert galant

Habillé de délicates boules vermillons 

 



Aux solstices je brulais de vous complaire

Entraînant à ma flamme la ronde des enfants

Quand bien même vous récitiez Notre Père

Avant de manger les treize desserts gourmands


Je devins chocolat, fondant dans la bouche

Déposée sur un délicat biscuit sablé

Paré d'un gentil nain sciant une souche

Juste avant que le champagne ne fut sabré

 



Le chauffage s'invitant dans vos demeures

La pauvre bûche fondait durant le réveillon

Afin qu'elle se conserve jusqu'à la bonne heure

Trouva astucieux de se faire glaçon


Et la buche glacée attendait la venue

D'un très vieux ramoneur, plombier chauffagiste

Qui sans même connaître de déconvenue

Croulait sous les cadeaux tel un bagagiste

 



La cheminée inerte, le chauffage central

Prit le relais de la belle cérémonie

Le brave Père Noël ce n'est pas banal

Se glissait dans les tuyaux à la minuit


Point d'embûche ni de bûche en fin d'année

Pour nous tous, en cette crise de l'énergie

Nous voilà tous marrons et plus encore fauchés

N'ayant plus de blé à mettre dans les biscuits

 



Puisque la tradition tourne en eau de boudin

Ne reste plus qu'une solution de secours

Au lieu des rennes appelez donc les bédouins

Les pauvres cyclistes de l'ultime recours


Vous ne respectez plus les vieilles traditions

Vous les fidèles d'un désolant paganisme

Abolissant la nature sans rémission

Au seul profit du divin consumérisme 


 

mardi 20 décembre 2022

Quand les rennes se font bourriques

 

Ras la hotte






C'est le trop-plein de l'instant

Qui me coupe la chique

Les rennes se font bourriques

Chez nos amis commerçants


Pour aller bien plus vite

Sur la toile, la commande

C'est ce qu'on leur demande

Se trouve sur un site


L'amas zone et fait tache

Les colis partent à l'heure

Une illusion qui fait leurre

Du service à la tâche


L'époque n'est plus magique

Les rêves sont programmés

L'enfance dévaluée

Sur l'autel numérique


Le commerce fait le vide

Tout s'achète et se revend

En hiver souffle le vent

D'une société cupide



La goutte qui déborde

Ici sonne l’hallali

D'un monde à l'agonie

En suivant la méthode


Continuez donc ainsi

Vous ne serez pas déçus

La planète est fichue

Et l'humanité aussi


Le pauvre Père Noël

Pleure les gamins sages

Qui n'avaient qu'un message

« Je suis enfant modèle ! »


Quand sur un catalogue

Ils découpent les cadeaux

Ils s'imposent c'est ballot

Sans aucun dialogue


Car désormais c'est un du

Un monticule d'offrandes

Et aucune réprimande

Aux chéris ; bien entendu !

•••



lundi 19 décembre 2022

Sapin de Noël

 

Sapin




Un petit sapin s'emporta

C'est du moins ce qu'il supposa

Lorsqu'il délaissa sa forêt

Pour un confortable chalet


Lui qui avait su faire souche

Estima soudain très louche

Qu'il fut privé de racines

Le pied dans une bassine


Réalisant le mauvais sort

Qui présageait sa future mort

Se mit à avoir les boules

Devant toute cette foule


Qui pouvait-il enguirlander

Lui le pauvre dégingandé ?

Ses aiguilles manquaient de piquant

Pour se plaindre au Vatican


Aux stigmates de sa blessure

Ses bourreaux dans la démesure

Y déposèrent une étable :

Mon Dieu que c'est pitoyable


Un bœuf tout autant qu'un âne

Pour cette étrange cabane

Qui hébergeait un chérubin

Sa mère et son concubin


Né sous une bonne étoile

Quand l'enfant mettra les voiles

Le sapin gardera le clou

En mémoire du canaillou


On s'accroche à ce qu'on croit

Qu'on soit arbre ou villageois

Attendre la résurrection

Risque de passer de saison


L'épicéa s'en mord les doigts

Au terme de son chemin de croix

Comme la dinde, sera marron

À la toute fin du réveillon

 

 



lundi 5 décembre 2022

Ce n'est pas un cadeau !

Mauvais conte de Noël ...






Tout avait commencé étrangement dans la boîte aux lettres. La période était encore à la cueillette des derniers champignons, la douceur de l'automne ne laissait pas supposer que l'hiver réclamait déjà toute votre attention. Plus tôt encore que l'année précédente, des catalogues, pleins de promesses, étaient arrivés pour tenter tous les petits diables qui sommeillent dans chaque enfant.


Un bon gamin sans doute mais un démon quand même. Un enfant qui n'en fait qu'à sa tête, un être de colère et de caprices, tyran domestique et monstre d'exigence. Dès qu'il les consulta, ces maudits catalogues, il n'y eut plus moyen de le tenir. Il allait d'une page à l'autre en s'exclamant, en cochant tout ce qui lui faisait envie, en découpant ce qu'il désirait avidement.


Il n'était pas fou, il avait compris que l'empressement des grands à satisfaire ses désirs passait par une sélection exhaustive de ces mirages merveilleux. Il voulait tout, réclamait tout dans une fièvre gourmande d'appropriation. Il savait que pour être aimé, il était indispensable d'être gâté. C'était un enfant modèle de la société de consommation.


Il distribuait les rôles à qui voulait bien lui accorder un peu d'estime. Père, mère, beau-père, belle-mère, oncles et tantes, grands-parents et voisins, amis et connaissances ; tous avaient droit à une petite requête, une demande précise, référencée, cataloguée. Il y avait de quoi satisfaire ses envies les plus extravagantes : la profusion des cadeaux possibles lui assurait un pouvoir redoutable sur tous ces adultes pris au piège.


Ce pouvoir, il le connaissait parfaitement. Il réclamait sans honte ni modération. L'enfant est roi en ce monde mercantile ; il est désormais impossible de lui refuser quoi que ce soit et point ne sert de prétexter un quelconque argument pour se défiler. Le cadeau de Noël est un passage obligé, une imposition sociétale. L'enfant l'avait compris et, de son trône, organisait sa prochaine remise des récompenses.


Pour plus de sûreté, il établit une liste précise et détaillée qu'il expédia par la poste à un mystérieux entremetteur, livreur nocturne des colis espérés. Il précisa, pour plus de clarté, le nom de chaque personne sollicitée. Le bon vieillard n'avait plus qu'à faire l'interface. Comme c'était un enfant de son époque, il eut la prudence de doubler la lettre d'un message électronique, ainsi était-il certain de son fait. Il serait comblé le moment tant attendu venu.


Il croisa durant tout le mois de décembre, de curieux personnages grimés dans les magasins et les centres commerciaux, sur les marchés de Noël et les places publiques. Quoique qu'il n'eût jamais affaire aux mêmes , tous ces pauvres comédiens misérables à la barbe postiche lui affirmèrent, tous en chœur, qu'ils avaient bien reçu sa commande et qu'il n'y avait aucune raison qu'elle ne soit pas satisfaite. Il jubilait d'un tel pouvoir !


Quelques rabat-joie venaient bien lui réclamer de petits efforts en contrepartie. Un peu de sagesse, une petite dose de politesse et de bonnes notes à l'école. Les pauvres, ils ignoraient sans doute qu'il y a belle lurette qu'on ne note plus les élèves. Quant aux autres conditions, l'enfant en riait d'avance. Qui oserait le priver de ce dont il avait droit ? Il n'est plus question d'exiger des contreparties à l'enfant roi.


Et le jour tant attendu, il comprit sa toute puissance, sa force de persuasion et son importance dans la cité. Sous le sapin de Noël, une avalanche de paquets aux mille et une couleurs, enlacés de rubans dorés ou bien argentés. Il y avait là des monceaux de paquets-cadeaux, des colis tous plus gros les uns que les autres. Il était bien le roi de la fête, le prince de la nuit.


Il allait pouvoir commencer son cinéma, sa grande scène si souvent répétée. Il allait se montrer injuste, égoïste, capricieux et difficile. Il se savait observé, admiré, scruté. Il allait leur jouer le grand numéro de celui qui reçoit bien trop de cadeaux. Les caméras étaient braquées sur sa personne, la foule admirative n'attendait plus que lui.


Il prit son temps, feignant l'indifférence devant ce tas entièrement dédié à sa gloire. Il tourna autour, cherchant du regard le paquet le plus volumineux. L'amour se mesure en mètres cubes ; il avait compris la nouvelle mesure de la démesure. Il ouvrit ce gros, cet immense paquet. Il l'éventra plutôt, le déchira, martyrisa le carton d'emballage, s'en prit même au contenu qui reçut quelques coups. Autour de lui, on s'exclamait d'une telle énergie. Lui, il brisait pour le simple bonheur d'asseoir son autorité sur cet aréopage de courtisans.

Il abandonna bien vite le premier cadeau sans même remercier ceux qui avaient répondu à sa requête. Il le laissa dans un coin, l'abandonnant à son triste sort, présent inutile et encombrant qui achèverait sa vie éphémère dans une déchetterie quelconque. Seul le plaisir du déballage lui importait . Jouer ? Mais pourquoi diantre s'encombrer de pauvres objets quand l'espace virtuel s'offrait à lui ?


Il se décida à porter son dévolu sur un autre paquet. Il subirait le même sort. Les flashes crépitaient tandis qu'il détruisait méthodiquement cette grosse peluche ridicule. Puis ce serait le tour d'un camion de pompier, une drôle d'idée qu'il n'avait même pas eue. Ainsi, une grande partie de la soirée, il allait ouvrir et abandonner des cadeaux dérisoires, des épaves déjà, sans amour ni désir.


Les adultes boudent maintenant cette cérémonie fastidieuse. Ils se pressent devant le buffet, ils ont payé leur écot en apportant un cadeau pour ce vilain garnement. Ils n'espéraient aucun remerciement ; ça tombe bien, ils n'en auront pas. Ils ont rempli leur devoir de grande personne ; ils ont acheté une babiole, c'est tout ce qu'on leur demandait.


Au pied du sapin, un capharnaüm sans nom, monticule de papiers éventrés, de rubans déchirés, de cartons émiettés, de cadeaux démembrés, d'objets à jamais oubliés. L'enfant est retourné à ses écrans ; il a abandonné ce champ de bataille qui l'a distrait quelques minutes de son monde virtuel. Il est retourné à ses aventures sanguinolentes, ses monstres et ses vies magnifiques.


Pourtant, au pied du sapin, un paquet minuscule, ridicule, reste encore emballé. Celui qui l'a offert, garde le regard dans le vague. Il souffre de la négligence du petit monstre, de son indifférence à ce qui est si précieux à ses yeux. Il ne comprend pas la réaction des autres adultes, il n'admet pas le spectacle auquel il vient d'assister, il réprouve les exclamations de ceux qui ont été piétinés à l'instar de leur offrande.


L'homme reste seul au pied du sapin, là où gisent les reliefs de Noël. Dans son modeste paquet, il avait glissé un livre. Oui, un étrange objet, le grand oublié de la fête, un petit recueil de contes et de fables, un présent qui n'est pas rutilant, un cadeau qui réclame effort et temps, concentration et passion. Il n'a pas compris que les temps ne sont plus à ce genre de présent.


L'enfant n'ouvrirait pas ce cadeau mais le garderait inexplicablement sur une étagère. Des mois durant, il resterait en l'état. Mais un jour, bien plus tard, par ennui et inadvertance, il délivra ce petit ouvrage. Pourquoi avait-t-il fait ça ? Lui-même ne le savait pas. Pire encore, ce jour mémorable, il essaya de déchiffrer quelques mots. Jusqu'au soir, il abandonna ses écrans et ses colères. Il venait de découvrir un monde plus merveilleux encore que ceux, factices, qui occupaient alors ses journées entières.


L'enfant avait découvert le livre. Il renonça, le Noël suivant, à tout ce qui faisait alors son pouvoir sur les adultes. Il ne voulut que des livres, des albums, des histoires, des romans. On prétend que bien des donateurs en furent très contrariés. Ils se sentaient humiliés d'offrir un objet de si peu de valeur. Qu'allait-on penser d'eux ?


À contre-paquet



À quoi rêvent les bateaux qui restent à quai ?

  Partir À quoi rêvent les bateaux qui restent à quai ? Ces éternels prisonniers de leurs entraves Ils ont pour seules v...