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vendredi 19 janvier 2018

Je vois la vie en prose.



Envers et contre tous !



Écrire à tout propos, écrire sur tout et surtout sur presque rien, pour un oui et essentiellement pour un non, écrire à n'en plus pouvoir et croire que par les mots couchés sur le papier, par la volonté de tourner la phrase, de faire du beau avec de l'ordinaire, je peux ouvrir des lucarnes vers un ailleurs différent.

D'une sortie sur la Loire, d'un match de rugby, d'un incident scolaire, d'un désaccord politique, je tire parti pour écrire à n'en plus finir quelques phrases bien senties, curieusement dirigées parfois contre des gens que j'ai dans le nez ! L'expression vacharde me va comme un gant de boxe, l'adjectif sarcastique, le substantif agressif, la tournure assassine me font le plus grand bien. Je doute néanmoins que tous les missiles atteignent leur but, ce n'est pas là l'essentiel !

J'ai le billet amer, j'ai la bile tout autant et je vomis souvent des torrents de griefs. Je n'en suis pas fier, c'est ainsi, il n'est guère aisé de maîtriser sa plume et un penchant naturel contre la vilénie. Je me cache alors derrière quelques termes obsolètes ou simplement désuets que***dont) j'use non par maniérisme, par un goût profond pour la survie de l'espèce ; celle des entrées francophones dans le petit Robert, la seule référence qui trouve grâce à mes yeux.

Je vois la vie en prose et lorsque je m'aventure sur les chemins escarpés du vers, je vois double, je sue sang et eau pour résultats si médiocres, qu'il faut bien vite oublier l'envie inaccessible de chatouiller la muse. Je me contente alors du verre et du vers. Joyeux homonymes qui se satisfont d'écrire comme l'on parle sans savoir qu'il est possible de mettre des pieds à sa langue.

Alors j'avance d'un pas libre, débarrassé de toute contrainte formelle, je laisse aller les doigts sur le clavier sans me faire le plus petit croc en langue. Quoique la chose n'est pas tout à fait exacte, la faute guette le manant au tournant d'un accord ou d'une faute d'usage. Je n'ai jamais su accorder mon violon d'Ingre aux exigences ubuesques de dame orthographe, et d'usage je n'en ai guère, ceux qui me supportent encore vous le diront bien volontiers.

Cette vie en prose exige que l'on veille à rectifier errements lexicaux ou grammaticaux. Il faut dame patiente pour relire la production incessante et grande disponibilité pour satisfaire le redressement quotidien de billets de travers. Ce sont les petits secrets de l'envers du décor, côté jardin, ça va encore mais comment faut-il écrire cet autre côté qui se plait à satisfaire à tant d'homonymes ?

Le plus étrange c'est que je fais profession d'enseigner le français moi qui ne domine nullement sa pratique quand il s'agit de le coucher dans la rectitude d'un code établi justement pour séparer le bon à rien du lettré. Je ne suis qu'un être de façade, mes mots ne sont sortables que par le charmant truchement d'une « redresseuse » de fautes sans que j'exprime la plus petite envie de battre ma coulpe.

Si je vois la vie en prose, combien d'entrevous voient rouge à la lecture de ces billets indociles, de mes commentaires irrespectueux, de mes portraits alambiqués et de tout ce tintouin dont je vous abreuve chaque jour ? Je leur en demande pardon !

Quant à ces quelques-uns qui prennent un curieux plaisir à venir souvent consulter cette prose, je vous sied gré de votre patience, j'admire votre indulgence et je loue votre mansuétude. Vous avez une fois encore supporté le verbiage sans queue ni tête de votre serviteur. Faut-il pour autant vous en féliciter ?

Je ne doute pas une seconde que vous ayez aussi face cachée pour expliquer votre perversion étrange, cette assuétude à la lecture qui encourage l'incroyable prétention que peuvent avoir tant d'autres à écrire sur la toile !


Prosaïquement vôtre.


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