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mardi 22 août 2023

Femmes de Loire : Les Poissonnières de Blois

Les Dames de la Halle aux Poissons de Blois

Retour vers le passé




Il existait à Blois parmi les « Dames de la Halle aux Poissons » — la « Poissonnerie », comme on l'appelait jusqu’au tournant de la première guerre mondiale. Prenons le pari de remonter le temps et de les rencontrer comme si nous étions au début du siècle précédent. Cette étonnante tradition blésoise, vaut bien une évasion temporelle.

La communauté marchande qui subsiste depuis un temps immémorial, s’est perpétuée durant des centaines d’années. Elle conserva jusqu’à sa disparition les mêmes caractères et les mêmes traits que sous l'ancien régime.

A vrai dire, la communauté dont il s'agit est d'allure assez mystérieuse —on ne trouve à son sujet aucune trace de document écrit et d'autre part ces « Dames » ne livrent pas au premier venu les secrets de leur organisation.

Ce qui, à Blois, est de notoriété publique, c'est que l'on a toujours vu les Dames poissonnières se recruter dans les mêmes familles, habiter depuis toujours la même rue, se vêtir de façon assez identique... garder la coiffe blanche, se grouper dans leur église paroissiale du même côté de la nef latérale et chanter les offices religieux avec une ardeur et une voix comparables à celles qu'elles employaient dans la rue pour crier naguère : Sardines fraîches, sardines tout en vie.

Descendantes des anciens bateliers et des pêcheurs de la Loire, corporations à peu près disparues, elles ont continué à vendre le poisson en ajoutant à celui des rivières, des étangs et du fleuve le poisson de mer, la « marée ». Toutefois, si elles ont augmenté et développé leur commerce, elles n'ont abdiqué pour cela ni l'esprit qui les anime, ni les traditions qui les soutiennent. 

 


 

Elles continuent à faire le signe de la croix avec le premier sou qu'elles reçoivent au commencement de la journée et on les surprend à murmurer en même temps :

« Que le Bon Dieu bénisse la main qui m'étrenne. »

Elles conservent fidèlement dans leur « poissonnerie » la statue de la Vierge qui préside à leur commerce et qu'elles ornent avec soin. Elles vont prier la bonne Dame «des Aydes » en son sanctuaire avant de se rendre au travail —et chaque année, le 16 août, elles font dire une messe pour les victimes du choléra en 1849 ; les honoraires de cette Messe ont été généralement payés par une souscription dont le surplus servait, par les soins de ces « Dames », à orner l'autel de l'antique pèlerinage de Notre-Dame des Aydes et ce n'est pas sans regret qu'elles voient que le temps ayant effacé le souvenir de ces calamités lointaines, il n'y a plus le même empressement à se rendre à leurs pieux désirs; le lendemain 17 août elles font célébrer une autre messe pour les défunts de la Poissonnerie mais elles estiment que cette messe ne porte tous ses fruits que si elles y assistent.

Au point de vue économique et social, le côté le plus original de cette organisation est l'absence même de toute organisation. La communauté vit de tradition: de trésorière officielle et attitrée, il n'y en a pas —pas plus que de présidente ni de statuts. Elles mettent en commun ce qu'elles vendent, le déposant dans de modestes boîtes à sardines qu'elles baptisent, on ne sait pourquoi, du nom de casseaux — c'est leur coffre-fort. Chaque samedi elles se partagent les bénéfices et lais- sent le reliquat dans la caisse commune. On puise dans cette caisse, dont nul ne connaît le contenu exact, pour acquitter tous les relevés de compte des fournisseurs qui n'auront jamais —c'est entendu —aucun effet à tirer. Et la communauté continua ainsi à vivre comme autrefois de sa vie propre, avec ses lois et coutumes, sans qu'il y ait jamais entre les membres aucune discussion ni aucune difficulté graves.

Depuis combien d'années, combien de siècles cette « communauté » fonctionne-t-elle ? La réponse ne fut pas très précise.

« Je ne sais pas, déclarait l'une d'elles... Ce qui est certain, ajoute- t-elle, c'est que ma belle-mère qui vendait jusqu'à l'année dernière a maintenant quatre-vingt-sept ans, elle y est entrée à l'âge de quatorze ans, et ça fonctionnait déjà. Depuis longtemps... Tenez..., cette bonne vieille a quatre-vingt-un ans et elle vend encore... »

Celle-ci s’exprime alors :

«  Ma mère est morte à quatre-vingt-deux ans (on vit vieux décidément dans la corporation). Elle faisait partie de la Poissonnerie depuis l'âge de douze ans, sa mère elle-même en é́tait membre... »

Pour vagues que puissent être ces données concernant l'état-civil de la communauté́, elles nous montrent que son origine est tout au moins fort reculée pour ne pas dire, selon l'expression consacrée, qu'elle se perd dans la nuit des temps.

Faute de renseignements plus précis il était du moins intéressant de chercher à savoir quels statuts pouvaient régir ces « Dames ».

Une femme répond alors à la curiosité d’un passant :

« Nous ne sommes ni ne voulons être une association, non plus qu'une coopérative, ni un syndicat... Nous nous arrangeons entre nous, voilà tout... Ainsi par exemple les vieillards et les malades touchent leur part des bénéfices hebdomadaires tout autant que les vendeuses effectives, et malgré qu'elles ne travaillent pas. C’est une organisation sociale modèle qui n'a attendu ni la loi des retraites, ni les lois d'assistance pour résoudre les gros problèmes du travail ; c'est aussi l’expression d'une belle et touchante preuve de mutuelle confiance... »

Le passant l’interroge :

« Que se passerait-il si l’une d’entre-vous s'abstenait de venir vendre ?

    • Le cas ne s'est jamais présenté. On ne s'absente que pour une cause légitime... Chacun remplit consciencieusement sa tâche... Nous n'avons jamais de difficultés, jamais de disputes — quelques discussions car on n’est pas parfaites.

    • Avez-vous une trésorière ?

    • Pour quoi faire ? Chacun fait son compte devant toutes les autres. Ça suffit bien.

    • Combien êtes-vous en cette année 1909 ?

    • Nous sommes actuellement dix. Par le passé, nous fûmes jusqu’à vingt-deux. La concurrence a eu raison de nous malgré la protection de Notre Dame des Aydes »




Le sujet mérite bien une petite explication. Le curieux veut en savoir plus et la dame explique avec flamme :

« Rendez-vous compte qu’en 1903, lors de la reconstruction de notre poissonnerie, on a voulu nous retirer notre bonne vierge. Nous avons fini par avoir gain de cause en dépit d’une campagne de presse qui réclamait la laïcité des lieux. Foutaise que tout ça ... »

Il est vrai que l'anticléricalisme avait le vent en poupe. Un journaliste écrivit : «  Rendez-vous compte que ces dames, chaque matin, avant d’ouvrir les grilles de leur poissonnerie, s’agenouillent sur les dalles humides pour prier une idole ! »




L’homme laissa-là ces dames. Elles finirent par disparaître de Blois, la grande guerre eut raison de cette tradition millénaire. Il était bon de la réveiller pour quelques instants.

 

Fin du feuilleton de l'été

 


 

lundi 21 août 2023

Femmes de LOIRE : Anne Beaujeu

 

Anne Beaujeu

Femme de France, de Loire et d'Allier





Anne naît en 1461 dans les Flandres. Elle est la fille du roi Louis XI et de son père elle a hérité de sa science de la politique. Mariée à l’âge de douze ans à Pierre de Beaujeu, de vingt ans plus âgé qu’elle, la princesse reste très proche de son père. Le roi, grand misogyne s’il en est, reconnaît tout de même les qualités de sa fille aînée, qu’il décrit comme la femme la « moins folle » de son royaume.


En 1483, Louis XI sent que sa fin est proche confie à Anne et son époux l’éducation et la conduite de Charles qui n’a que 13 ans. Le roi a toute confiance en sa fille qui en août 1483, à l’âge de 60 ans prendre les rênes du pouvoir dans un contexte très compliqué.


Contre toute attente et malgré de fortes oppositions, Anne va imposer son autorité avec une subtilité admirable. Elle protégera le futur roi, son frère Charles, en s'installant dans la forteresse d'Amboise qui domine la Loire.



Louis d’Orléans, son cousin s'oppose à elle, lorgnant sur le pouvoir. Il cherche le soutien du Parlement, de l'Université et des seigneurs de toutes les provinces. Anne, maîtrisant l’art de la diplomatie, flatte les seigneurs, noue des alliances, récompense les institutions pour leur fidélité à la royauté. Elle protège ainsi son frère Charles VIII.

En 1486 : le duc d’Orléans unit ses forces avec le duc de Bretagne François II, l’empereur Maximilien Ier, le roi d’Angleterre Henri VII, rien que ça. Face à cette ligue, Anne,fait preuve d'une extraordinaire habileté. Ellejoue les uns contre les autres pour sortir gagnante sans sans verser une goutte de sang ! Le duc d'Orléans est jeté en prison.


Anne poursuit l’œuvre de son père, qui voulait réunifier les provinces au Royaume. Après la mort du duc François II de Bretagne, par le mariage de la jeune duchesse Anne, avec son frère le futur roi, elle entraîne le rattachement de la Bretagne au royaume de France ce qui fera que la Loire coulera de sa source à son estuaire dans le Royaume.

Elle gouvernera en sous main et saura se réconcilier avec Philippe d'Orléans quand Charles VIII se tuera en sortant des latrines au château d'Amboise. Elle va jusqu'à témoigner contre sa propre sœur : Jeanne, femme de Philippe d'Orléans afin que son mariage soit cassé afin que le nouveau roi épouse à son tour Anne de Bretagne ; veuve de Charles VIII.



Mais laissons là les intrigues pour évoquer la construction du château de Gien quel fait bâtir dans le style renaissance à partir d'une vielle forteresse qui dominait la Loire. Ce château qui abrite le musée de la chasse, se dresse fièrement en haut de la ville, dominant la rivière de sa splendide élégance.


Anne Beaujeu se retire de la vie politique à la mort de son époux et alterne entre les séjours à Moulin, sur les rives de l'Allier et à Gien sur la Loire ; faisant d'elle une femme des deux rivières. Elle laissera un livre, fait assez rare pour l'époque de la part d'une femme : Enseignements à ma fille. S'adressant à sa fille Suzanne âgée de 12 ans, elle développe les principes qu prévalent à l'éducation des jeunes filles de l’aristocratie. Elle lui conseille de s'entourer de gens frugaux, affirmant que la véritable noblesse vient de son humilité, de sa douceur et de sa courtoisie. Sans cela, les autres vertus ne valent rien. Des propos révolutionnaires pour l'époque.

Musée Anne de Beaujeu à Moulins

 


dimanche 20 août 2023

Femmes de Loire : Jeanne d'Évreux

 

Jeanne d'Évreux





Jeanne d’Évreux est une princesse de sang royal et une reine au destin singulier. Fille d’un prince des fleurs de lis, Louis d’Évreux, et de Marguerite d’Artois, elle est née sans doute avant 1310. De sa mère, elle hérite de la châtellenie de Brie-Comte-Robert. Elle épouse le roi de France Charles IV, troisième fils de Philippe le Bel, le 5 juillet 1324 Celui-ci a déjà eu deux épouses : la première, Blanche de Bourgogne, a dû accepter la dissolution de son mariage pour cause de « cognation spirituelle », ou plutôt pour scandale d’adultère. La seconde, Marie de Luxembourg, est morte trop rapidement pour avoir laissé un grand souvenir. Jeanne d’Évreux est couronnée le 11 mai 1326. Dernière épouse du dernier Capétien direct, elle aurait pu donner naissance à l’héritier du trône. Les circonstances et le hasard biologique font qu’elle ne règne que quatre années et n’accouche que de filles nées à Chateauneuf-sur-Loire : Jeanne, née peu avant le 21 juillet 1325, morte jeune, et Blanche, fille posthume de Charles IV, née le 1er avril 1328.


 

En l’absence d’héritier mâle direct et en vertu de la loi salique, la Couronne passe à Philippe de Valois. Restée veuve, Jeanne peut vivre de son douaire. Elle reste ainsi reine douairière durant quarante-trois ans et voit se succéder trois rois de France, jusqu’à sa mort, qui survient le 4 mars 1371 dans son château de Brie-Comte-Robert. Elle est alors approximativement âgée de soixante-quatre ans.

La composition de son Hôtel et de son entourage nous informe que Jeanne d'Évreux est entourée de six métiers : Paneterie, Échansonnerie, Cuisine, Fruiterie, Écurie et Fourrière auxquels il faut ajouter le personnel hors métiers, de la Chapelle notamment, et l’entourage féminin. Parmi cet entourage, il est un personnage essentiel qui donnera à la dame son titre de Femme de Loire.

 



 

Guillaume Tirel, dit Taillevent, né en 1310 est le chef auquel est attribué le Viandier, le plus célèbre livre de cuisine du Moyen-Âge. Et dans ce livre, nous trouvons la recette de la Soringue d'anguille qui deviendra plus tard la Matelote d'Anguille, le plat symbole de notre Loire. L'ingratitude de la postérité est ici compensé et pour vous mettre l'eau à la bouche nous vous offrons la recette traditionnelle de la Matelote, Reine des plats ligériens.



L'anguille en matelote




Elle se fait dans un grand chaudron de cuivre qui sera posé sur un feu de bois à l’extérieur

Mélangez à parts égales poissons gras et poissons maigres : anguilles, tanches, brochets et barbillons, tous pêchés en Loire.

Les poissons sont soigneusement vidés, écaillés après avoir passé quelques heures au soleil sur le pont du bateau. Puis vous les coupez en tronçons assez gros.

Conservez les têtes pour faire un délicieux fumé en y ajoutant de beaux légumes de notre jardin de France. Placez pendant ce temps les poissons dans le chaudron et couvrez-les d’un vin rouge qui ne peut être tiré que de nos vignobles du Val de Loire.

Salez, poivrez et ajoutez au moins une gousse d’ail en la coupant en rondelles. Placez le chaudron sur un feu de sarments et de copeaux que vous serez allé réclamer aux vignerons du pays.

Laissez cuire 20 minutes Délayez à la fourchette un quart de beurre manié de farine avec du vin cuit par ailleurs dans une casserole en cuivre. Amalgamez le tout en remuant doucement

À cet instant forcez le feu de bois pour que le vin flambe et servez dans la foulée.

Bon appétit.

jeudi 17 août 2023

Femmes de Loire : Isabeau de Bavière

 

Les Femmes dans les châteaux


Isabeau de Bavière




Mais laissons place à l'une des plus mal aimées des reines de France Isabeau. Âgée d'à peine 14 ans, elle épouse en 1385 le roi de France Charles VI, un tout jeune homme de 16 ans. Élisabeth, rebaptisée Isabeau par ses sujets français, aurait été choisie pour reine par son futur époux dès leur première rencontre. Le mariage est l'occasion de festivités grandioses où sont conviés de nombreux nobles étrangers.


Très vite, pourtant, la jeune fille, vivant avec quelques suivantes, parlant mal le français, a tendance à se replier sur ses proches. Pourtant, elle va sacrifier à son devoir en mettant au monde douze enfants entre 1386 et 1407, dont le futur Charles VII, né en 1403. En 1392 survient le premier épisode de folie du roi, le laissant inconscient, pendant parfois plusieurs mois. Très tôt, on accuse la souveraine de beaucoup de maux : l'adultère sera le principale grief qui sera retenu contre elle …




Poème à Isabeau



Comme inconstante, et de cœur fausse et lâche,
Elle me laisse.
Or, puisqu'ainsi me lâche,
A votre avis, ne la dois-je lâcher ?
Certes oui : mais autrement fâcher
Je ne la veux, combien qu'elle me fâche.

Il lui faudrait (au train qu'à mener tâche)
Des serviteurs à journée et à tâche :
En trop de lieux veut son cœur attacher,
Comme inconstante.

Or, pour couvrir son grand vice et sa tache,
Souvent ma plume à la louer s'attache :
Mais à cela je ne veux plus tâcher,
Car je ne puis son mauvais bruit cacher
Si sûrement qu'elle ne le décache

Comme inconstante.



Clément Marot




La Belle Isabeau



Pour ouvrir ce nouveau chapitre qui fera place aux gentes dames qui ont fait battre les cœurs des rois et des princes, il me semblait d'ouvrir par une chanson de Dan Grall qui fut un des précurseurs du renouveau de la chanson marinière.




Le rêve d’un fleuve

Paroles et musique Daniel Grall

SACEM T-702.815.180.8



Après un long chemin à travers la montagne

Je viens me reposer au pied de ce château

Où se côtoient le lys et l’hermine de Bretagne

Où conspirèrent ligueurs et austères huguenots


refrain


Un jour je serai humaine,

Comme la belle Isabeau

Qui chaque jour se promène

Tout au long de l’île,

Tout au long de l’eau

Tout au long de l’île,

Tout au long du ruisseau,


Le poète m’a dit que j’étais une reine

Il est vrai que François et Louis m’ont aimé

Mais s’il est un endroit où je suis souveraine

C’est mon lit qu’aucun roi n’aura jamais bordé


Parfois en basse ville j’épanche ma colère

Furetant dans les caves, m’emplissant de leur vin

Il faut dire que les hommes ont de viles manières

En déversant en moi la lie de leurs festins


En guise de pardon ils m’ornent d’un diadème

Tout en pierres du pays, prélevées aux coteaux

Et me couvrent de voiles, tandis que le vent sème

Des guiroués de couleur, là où frisonne ma peau


Alors sous l’ombre tendre des grands ormes champêtres

J’étire mes bras graciles dedans les frais verdiaux

La bonne ville de Blois referme ses fenêtres

Pour laisser divaguer mes rêves au fil de l’eau.


 

mardi 15 août 2023

Femmes de Loire : Véronique Popinet

 

Véronique Popinet 

Un regard sur les ligériens 




L’évocation du fleuve Loire renvoie communément aux « châteaux de la Loire », et aux « sources de la Loire » : images emblématiques, références incontournables et immuables des guides touristiques et des manuels scolaires. Et entre les sources en amont et le Val de Loire en aval, qu’y a-t-il ? La Loire comme « dernier grand fleuve sauvage » ne se résume pas à son histoire passée ? Le fleuve est pourtant bien habité de ligériens qui aiment et vivent la Loire.…




Véronique Popinet, photographe, et Thierry Moulat, phonographe, sont allés à la rencontre des hommes et des femmes qui vivent et travaillent en bord de Loire, partant du constat que la Loire est en général appréhendée sous ses aspects environnementaux ou techniques, mais rarement sous l’angle social. Véronique Popinet a voulu aussi aller à la rencontre d’une « autre Loire » dans sa région natale, le bassin roannais, et rapporter des images plus contemporaines et familières de ce fleuve et de la vie sur ses rives. Les auteurs tentent de comprendre les liens, s’ils existent, entre les habitants et leur fleuve, proche et lointain à la fois, à travers les usages. Questionner aussi notre identité ligérienne et au-delà, le rapport actuel de l’homme au fleuve.



Véronique Popinet a longé à pied ou en voiture les rives de cette Loire trop peu connue. Elle y a rencontré des pêcheurs, observateur de castors, pompiers plongeurs, promeneurs, horticulteur, ouvrier, agriculteur, chasseurs, technicien, vannier, ados en scooter, jardiniers, simples riverains… qui ont bien voulu poser pour elle. Chaque jour pendant un an, elle a aussi photographié son paysage ligérien et projette de lancer un "observatoire participatif des paysages" des bords de Loire à partager en ligne avec des riverains.



L’exposition « Portraits de Loire » a connu un vif succès au Cloître des Cordeliers à Saint Mizier-sous-Charlieu l’été dernier. L’association Fleuve de Loire Fertile cherche des lieux pour la proposer à l’admiration des ligériens. Exilée du côté de Roanne, il n’est pas simple de se faire connaître sur le parcours aval de la rivière, Rendez-vous au Parle-Loire se fait ainsi le porte parole de l’association et de sa photographe.



Véronique Popinet inscrit son travail dans la lignée humaniste du reportage social et du documentaire. Le but est de tenter de voir, et de donner à voir, la société de l’intérieur, au-delà d’une vision folklorique, exotique ou ethnocentrique, même si l’influence de sa propre culture et de ses expériences est nécessairement présente. Ses reportages sont d'abord sociaux. Ses sujets de prédilection sont les gens «ordinaires» (ordinaires dans une société donnée), dans la vie de tous les jours et de préférence en bord de Loire. Sa photographie est porteuse de sens plus que d'esthétique.


 

Sur le terrain, elle ne photographie pas des modèles ou des personnages mais des individus avec lesquels elle a au préalable établi des rapports authentiques. Son appareil photo ne doit pas installer une distance dans la relation. Elle joue franc jeu : «la photo ? c’est mon métier».

Le dialogue peut alors s’engager afin que reconnaissance et confiance soient réciproques. Elle participe, partage le même espace, la même activité. Entre l'opérateur et son sujet, la présence intrusive de l’appareil photo doit s’estomper. Cette attitude interactive, à la fois discrète et participante, lui permet de retrouver la spontanéité d’une scène, d’une expression prise sur le vif, tout en respectant la personne et son droit de dire non.


 

Son ouvrage « Portraits de Loire, récit d'un bord de fleuve » fait d'elle indubitablement une femme de Loire. Elle est allée à la rencontre des hommes et des femmes qui vivent et travaillent en bord de Loire, partant du constat que la Loire est en général appréhendée sous ses aspects environnementaux ou techniques, mais rarement sous l’angle social. L’auteure a rencontré une « autre Loire » dans sa région natale, le bassin roannais. Elle questionne ainsi notre identité ligérienne et nos rapports d'humains avec le fleuve. Elle a toute sa place dans ce présent ouvrage.



 

dimanche 13 août 2023

Femmes de Loire : Sophie Rémy

 

Sophie Rémy : 

Artiste peintre.





Les sources d'inspiration de cette artiste sont principalement les maîtres anciens du 17éme, 18éme, et19éme qu'elle admire tout particulièrement. Depuis son enfance, elle a toujours peins et toujours voulu peindre. Peindre est sa vie, et elle ne peut rester longtemps sans ses pinceaux.

Élève des beaux arts puis à l'école du Louvre de Paris, sa technique préférée reste la peinture à l'huile même si elle apprécie aussi l'acrylique, le pastel, l'aquarelle, et la peinture sur porcelaine... Toutes les techniques apprises durant sa formation artistique et qu'elle reprend au fil des inspirations.

L'eau en général est pour moi une source d'inspiration. Fleuve, mer, rivière, ruisseau, bassin... elle a souvent un coin d'eau dans ses tableaux pour la lumière, la réflexion du soleil et des arbres. Sophie Rémy cherche à en saisir la lumière pour transmet éclairer ses toiles. Elle reconnaît que la Loire, ce fleuve magnifique toujours changeant, est essentielle à son travail.



A travers ses tableaux elle souhaite transmettre la contemplation et la beauté d'un paysage, sa lumière à différents instants souvent magiques et malheureusement éphémères. En fait, ses toiles sont de beaux instants captés. Par ailleurs, elle aime aussi peindre des fleurs ( notamment des roses anciennes ) et des natures mortes de fruits et de légumes. Elle ne s'interdit pas des toiles de pure imagination comme : Les saisons des fées en quatre tableaux, les sirènes au soleil couchant, ou les manoirs et leurs jardins secrets. 


 

samedi 12 août 2023

Femmes de Loire : Sylvie Revert

 

La Loire derrière le viseur.

Sylvie Revert




Elle ne cesse de nous offrir des photographies de la Loire. Nouvelle venue dans ce monde des passionnés de l’œilleton, Sylvie Revert ne se prétend pas photographe de Loire mais tout simplement admiratrice de la belle dame Liger. C’est la combinaison d’un choc esthétique, d’une liberté accordée par la retraite et d’une maison merveilleuse qui l’ont poussée à s’exposer ainsi. Notre curiosité a été mise en éveil par cette apparition soudaine dans l’univers ligérien et nous avons souhaité en savoir plus.


C’est dans une maison de vigneron, perchée sur la levée de Saint Denis-de-l’Hôtel avec une vue imprenable sur la rivière, que la dame nous a reçus. C’est sa demeure qui explique sans doute ce coup de foudre qui la pousse désormais à arpenter les rives l’appareil autour du cou. Elle mérite qu’on s’attarde quelque peu sur son histoire.



Elle fut la propriété de René Genevoix, le frère de Maurice. Sylvie entra en contact avec son héritier pour en savoir plus sans que cette idée enthousiasma celui-ci. Qu’importe, la maison a belle et bien une âme et avait influencé un autre ancien propriétaire, l’ami Yves qui a écrit des ouvrages sur la Loire, ses bateaux lavoirs et ses châteaux de l’amont. Une maison qui donne de l’inspiration en somme et comment pourrait-il en être autrement tant l’âme du lieu s’impose immanquablement ?


La dame fut institutrice, titre qu’elle revendique à la place de cet odieux « Professeur des écoles » qui galvaude complètement ce beau métier. Elle s’est surtout consacrée aux tous petits, leur apportant son amour de la langue et de l’art. Elle a quitté sans regret une profession envahie par la bureaucratie et les exigences coupées du terrain. C’est ainsi qu’elle pouvait aisément se consacrer à la Loire qu’elle découvrait chaque jour de son promontoire personnel.



C’est forte d’un passé de musicienne émérite qu’elle a posé son regard sur la Loire. ancien membre de l'orchestre OPUS 45 et de l'ensemble PHILANTROPPO, elle joue du violon et découvre désormais le piano avec délectation. Le luxe du temps libre lui permettant ce plaisir. Mais si la musique fut son violon d’Ingres, la photographie n’a jamais cessé d’être son fil rouge.


Elle a toujours eu un appareil photographique. Elle est passée d’appareils modestes, argentiques à des modèles plus sophistiqués et numériques après avoir repris goût à ce virus par l’entremise du smartphone et de son incroyable capacité optique. Depuis, elle arpente la rivière, la regarde d’un œil largement influencé par sa sensibilité musicale. Pour elle, un cliché c’est une partition qui permet d’y glisser une émotion à partager.



Elle retravaille un peu ses prises de vue avec un petit logiciel, elle reconnaît qui lui faudrait prendre des cours, se perfectionner un peu mais que l’essentiel n’est pas dans la technique et le savoir-faire académique. Ce qui compte vraiment, c’est ce désir de partager une émotion. C’est en cela que son portrait prend toute sa signification. Nombreux sont les amoureux sincères de notre Loire à voguer sur la même sensibilité.

Alors la dame prend son temps, vit pleinement cette douce admiration visuelle. Elle a repoussé les horloges de son existence, le temps est aboli pour elle, seul compte son désir hédoniste de profiter pleinement de chaque instant volé aux circonstances. Pour bien comprendre son parcours personnel, il convient encore d’évoquer son amour fou pour le cheval, une relation qui n’a eu de cesse d’accompagner son existence. Son poney, parti pour les prairies éternelles, elle a eu un mal fou à accepter cette absence. Elle a trouvé auprès de sa chienne une consolation qui a matérialisé une longue période de bénévolat à la SPA.


 

C’est ainsi qu’on devient photographe, admiratrice de Loire, de ses pensionnaires et de ses paysages. Merci à elle de nous avoir ainsi offert ce portrait délicat. La Vagabonde est bien une femme de Loire.


 

vendredi 11 août 2023

Femmes de Loire : Françoise Réthoré

 

Françoise Réthoré

Pastelliste de France





Pastelliste de Loire , elle puise son inspiration en admirant les paysages de cette Loire qu'elle aime tant.




Aussi loin que remontent ses souvenirs, elle a dessiné et peint. Son premier tableau, elle l'a exposé à l’âge de quinze ans et c'était déjà une marine !

Enseignante de formation, elle découvre la technique du pastel sec, il y a 25 ans .Elle alors tombe sous le charme de ces petits bâtonnets de poudre magique…et décide de se consacrer entièrement à cette technique.

En 2001, la Société des Pastellistes de France découvre son travail et l’invite à exposer dans ses salons internationaux (Feytiat, Tournus, Charenton, Yerres, La Rochelle, Saint-Florent-le-Vieil, Allemagne…)

En 2009, la Société des Pastellistes de France lui confie l’organisation des Estivales Internationales du Pastel à l’abbaye de Saint-Florent-le-Vieil. Cette manifestation attirera 15000 visiteurs dans cette bourgade des bords de Loire en 2009 et perdurera jusqu’en 2016.


 

Ses tableaux nous invitent à une balade au fil de l’eau. Son sujet préféré est l’eau. Elle ne peint que les paysages qu'elle connait et qui sont pour elle une source d’émotion infinie. Ce sont les paysages de son enfance, sur les bords de Loire (elle es née au Mesnil-en vallée ,en Anjou) qui lui ont donné envie de peindre. Elle arpente les bords de Loire ,depuis toujours…

C’est à Montjean –sur-Loire ou encore à La Possonniére qu'elle trouve son inspiration.

Passionnée par l’eau et ses reflets, elle s’imprègne de l’ambiance du paysage, de sa poésie, de sa musique. Elle laisse ensuite reposer ses impressions jusqu’à ce que le tableau naisse de lui-même. Elle entend restituer l’émotion originelle et à l’âme des lieux tout en utilisant des couleurs qui ne sont pas celle de la réalité. Elle nous offre ainsi, en quelque sorte, sa « Loire intime »


 

Pour elle, l’Art est partage et elle est très attachée à la transmission. Depuis 20 ans, elle initie les enfants à la technique du pastel, dans ses ateliers ou en milieu scolaire et elle donne aussi des cours aux adultes. Cela fait d'elle une véritable femme de Loire.


 



jeudi 10 août 2023

Femmes de Loire : Paulette Rhode.

 

Paulette Rhode.


La femme des girouettes et des girouets de Loire






Est-ce parce qu’elle avait toujours un peu la tête dans les nuages que Paulette Rhode a pu se pencher sur un trésor oublié de notre patrimoine ? Nul ne saura jamais, la vieille dame dans le vent nous a quittés, laissant son œuvre inachevée. Si elle a su mener à son terme son recensement des croix des chemins dans notre département, son travail sur les girouettes et les girouets n’en finit pas de tourner dans le vide. Il nous appartient, nous ses amis du Liger Club de l’orléanais de redonner vie à l'infatigable curieuse en exposant son travail.


En juin 1993, Paulette se désolait : « La blanchisseuse a disparu. Endommagée par les intempéries, la girouette enseigne des dernières lavandières, ne surveillera plus les allées et venues du jardin des plantes de sa cité. Qui prend encore le temps de remarquer, d’observer ces silhouettes de tôles ou de zinc placées au faîte des toits pour indiquer l’orientation du vent ? Les unes simples ou naïves, d’autres aux dessins très élaborés ; savamment découpées, elles offrent en même temps une grande diversité de sujets »


C’est ainsi que notre curieuse se pencha sur cette forme d’expression artistique, ce langage en images qui exprime le quotidien d’un passé révolu. Elle partit donc l’appareil photographique en bandoulière pour saisir ces vestiges qui rouillaient dans l’indifférence générale avant qu’elles ne disparaissent à tout jamais.


C’est le nez en l’air qu’elle a sillonné tous les toits de la région, cherchant cet étrange oiseau aussi rare qu’immobile. À pied, à bicyclette ou en voiture, villages, villes, châteaux, fermes, chaumières eurent droit à son passage. En bord de Loire, en Sologne ou bien en Beauce, dans la plaine comme dans les bois, elle n’eut de cesse que de traquer les dernières survivantes de cet art de l’héraldique sans lettre de noblesse à la portée de tous.


Passons sous silence les difficultés techniques pour saisir le bel ouvrage d’un artisan qui fut créé en une époque où ni les antennes, ni les fils de toutes natures ne venaient perturber l’admirable travail de celui qui l’avait fixé là pour qu’il tourne au vent, zéphyr fripon ne manquant jamais de se réveiller pour empêcher la prise de vue. L’essentiel est ce témoignage indirect que la dame a voulu nous léguer afin que nous n’oubliions jamais ce qui fut jadis un privilège de noblesse


Si les girouettes coiffant de rares maisons passent souvent inaperçues, il n’est en pas de même de ce fier volatile qui trône sur nos clochers. Naturellement la question du coq sur les églises mérite d’être posées avec quelques hypothèses pour tenter d’apporter la lumière :



  • Le coq est intimement lié dans les évangiles à l’heure de la résurrection. C’est à son chant que le messie revint du royaume des morts.

  • L’animal a souligné le reniement de Saint-Pierre, il peut nous rappeler à notre modeste condition humaine

  • Les premières assemblées chrétiennes, dans la clandestinité d’une religion alors persécutée se tenaient à l’heure du chant du coq. Quoi de plus naturel que sa présence pour ces assemblées revenues en plein jour.

  • Le coq est un symbole de vigilance. En étant le premier à annoncer le jour, il sonne le réveil pour mettre en fuite les monstres des ténèbres. Il est l’espérance qui pourchasse les démons de nos terreurs.

  • Le coq fut emblématique chez les celtes. Les moines voulant imposer la nouvelle foi, se saisirent de lui comme de bien des divinités gauloises pour imposer l’image de la croix et du christ.

  • L’animal à plume enfin avec sa queue en panache, offrait non seulement une silhouette simple à dessiner et surtout une bonne prise au vent. Arguments simplistes pour satisfaire les agnostiques de tous poils


Pour rendre plus stable notre coq perché sur son clocher, il fallut alourdir sa tête par l’injonction de plomb. L’expression « Avoir du plomb dans la tête » serait donc née à une hauteur qui décourage les chasseurs. Quant aux voleurs, pour leur rendre la tâche plus délicate, des reliques saintes, des pièces de monnaies ou des parchemins auraient été cachés dans les coqs de nos églises.


Les premiers coqs de l’histoire des girouettes furent en métal doré. Dès le Xe siècle, il se perche fièrement au somment de la cathédrale de Winchester. Plus tard, sur la tapisserie de Bayeux, il se présente en majesté, les ailes déployées. Certains coqs eurent droit à un petit coup de pinceau, lui donnant des couleurs vives. Ceux qui paraissent verts sont souvent en cuivre tandis que les plus modestes sont en bronze.


Au XIIIe siècle, des anges de bronze ou des statues de saints remplacèrent le coq pour faire des girouettes d’un nouveau genre. Une sainte vierge de plomb, devenue figurine tournante, put ainsi bénir toute une ville au fur et à mesure de ses rotations éoliennes. Lors de la révolution, les églises vécurent une période délicate. Certaines se firent « Temples de la raison » et le coq perdit ainsi sa place, remplacé par un bonnet phrygien transpercé d’une lance qui assurait le rôle du pivot. L’église d’Escrennes a conservé ce souvenir.


Les belles demeures se parèrent quant à elles d’élégantes girouettes, mises en évidence avec des épis de faîtage. Le tout formait parfois de véritables bouquets de fleurs. Les châteaux de Loire se hérissèrent de ces enluminures ferronnières, raffinements indissociables de la grandeur des hôtes de ces lieux.


L’histoire relève que la plus ancienne girouette connue se trouvait sur la « Tour des vents « à Athènes. C’est un triton d’airain. Au Moyen-âge, la girouette est un privilège de la noblesse pour afficher les armoiries de la maison. Découpée en bannière pour les chevaliers bannerets, elle se contente d’être taillée en pennon pour les simples chevaliers. Ce n’est qu’au XVIIe siècle que le parlement de Grenoble autorise le vassal gentilhomme à « porter » girouette comme le seigneur. Les gueux en étant privés, ils se firent un malin plaisir à descendre et souvent à détruire les girouettes de leurs nobles toitures lors de la révolution. Le vent avait tourné, et il était mauvais.


Des girouettes énormes portant des personnages grandeur nature furent un temps à l’honneur à la fin du Moyen-Âge. Paulette Rhode, en voyage en Andalousie eut le plaisir de pouvoir en observer quelques-unes dont la célèbre « Giralda » de Séville.


C’est essentiellement au XIXe siècle que la mode des girouettes ornant les toits se généralisèrent dans toutes les catégories sociales, une revanche surtout pour les gens simples alors que la République s’installait enfin durablement. Conservant leur fonction originelle, elles se firent enseignes pour définir la profession de leur propriétaire à moins qu’elles n’indiquent son loisir préféré ou un pan de son histoire personnelle. Pour d’autres, ce sont des animaux familiers qui grimpent sur le toit ; le cheval monta ainsi sur ses grands chenaux, représenté au travail, à la chasse ou au combat.


Les belles demeures bourgeoises se démarquèrent de ces représentations trop communes. Elles purent ainsi se couvrir d’oriflammes découpées des initiales du maître de maison à moins que ce ne fut des figures allégoriques : tête de loup ou chimères tandis que le dragon les garantissait sans doute des feux de cheminée. Dans les campagnes, des girouettes sont encore installées. Elles représentent des engins modernes : tracteur, moissonneuse, voiture et parfois des bateaux comme à Vitry aux Brosses, pourtant assez loin du canal.


 

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