vendredi 2 juin 2023

Sans hisser la grand voile

 

Chants marins




Ils n'ont plus besoin de hisser la grand voile

De rouler les écoutes, de relever la chaîne

Les chants marins sont désormais à la traîne

Désertant le pont pour fleurir sur la toile



Bien de plaisants chanteurs fleurissent sur les quais

Poussant le refrain sans ahaner sous l'effort

Devant le comptoir, ils se montrent les plus forts

Entraînant tous les clients de ce mastroquet



Pour jouer en cadence, conservent le pied marin

Sans comprendre pourquoi ils souffrent du mal de mer

L'estomac chagriné de ces tonneaux de bière

Qui n'ont de cesse que de les clouer à terre



Parfois un capitaine prend une guitare

Offre une rengaine emprunte de nostalgie

Le silence se fait au milieu de la nuit

L'émotion enfin pour les piliers de barre



Son équipage ne voulant pas être en reste

Pousse la goualante à gorges déployée

Les chopes se heurtent prêtes à appareiller

Pour faire escale dans la rade de Brest 


 

La taverne chaloupe en plein abordage

Certains pirates montent dessus les tables

Dans la tourmente de cette bacchanale

Le répertoire finit par prendre le large




Survient alors le plus terrible naufrage

Les passagers déroutés par ce vilain grain

S'abandonnent alors, ce n'est guère malin

Aux promesses d'un mystérieux rivage



Soudain, un déplorable changement de cap

Les dépose toujours sur le quai de la fosse

Le troquet devient un cul de basse-fosse

Un bouge sordide dans la contrescarpe



Vomissent des insanités au bout de la nuit

Le bréviaire du carabin monte à leur bord

Pour une aventure où beaucoup perdent le nord

Lorsque le vent se mue en un terrible bruit



Pour tous, la gueule de bois du lendemain

Constituera alors un très lointain écho

À ces vieux gréements, magnifiques bateaux

Qui firent la gloire des véritables malouins



jeudi 1 juin 2023

Elle fait le pied de grue

 

La grue





La grue fait le pied d'elle-même

Espérant que quelqu'un l'aime

Elle arpente les avenues

Le regard tourné vers la nue


Elle ne désire qu'un petit bec

Comme on le dit à Québec

Une marque d'affection

Pour son trop plein d'émotion


La pauvrette ignore cependant

Les propos de tous ces méchants

Qui bâtissent sa renommée

Par une métaphore déplacée


Quel est peut-être le point commun

Entre l'oiselle et la catin ?

L'une vole à tire d'aile

L'autre racole dans les ruelles


Toutes deux portent des plumes

De crainte qu'elles ne s'enrhument

Même si leur destination

Diffère durant l'action


Quand la première est cendrée

La seconde se fera poudrée

Toutes deux aspirent à un nid

Pour s'y lover toute la nuit


Alors que les couples d'oiseaux

Unis pour la vie, que c'est beau !

Se promettent fidélité

Sans besoin de se marier


La malheureuse demoiselle

Dans sa migration sensuelle

Brûle sa santé et sa jeunesse

Dans l'enfer de sa détresse


La morue s'insurge elle aussi

De propos du même acabit

Pourquoi diable lui faire échoir

Cette comparaison de trottoir


Autrefois elle était pêchée

D'un curieux leurre pour l'attraper

C'est ce coquillage qui lui a nui

Car ce n'était qu'un vil vit


Les humains se plaisent à salir

De biais dont ils ont à pâtir

Bien des animaux d'la sorte

Par leurs travers qu'ils déportent

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À quoi rêvent les bateaux qui restent à quai ?

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