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mercredi 21 juin 2023

Quel pastis !

 



À la pêche aux anguilles.



Il advint qu'en bord de Loire, dans un coin ordinaire comme tous les autres endroits de notre belle rivière, se déroula une bien étrange histoire. Les gens d'ici, en bons Ligériens allaient à la pêche. En cet endroit, ils étaient nombreux à disposer d’une petite barque pour profiter pleinement des plaisirs liés à leur loisir préféré. Nous sommes en Anjou, le pays du bon vivre et de la douceur du temps qui passe.


Cette année-là, curieusement, les amateurs de la pêche à l’anguille restaient sur leur faim. Tous les coins habituels où les prises étaient nombreuses les années précédentes ne donnaient rien. Que se passait-il donc ? Les amateurs de matelotes et de fricassées en restaient pour leurs frais. Il fallait se résoudre à ne pas profiter de ces merveilleuses délices.


Étonnamment également, des gamins qui habituellement se contentaient de taquiner le goujon, en prenaient de forts belles en un lieu pourtant où jusque-là, personne n’en avait pris. Bien vite la nouvelle fit le tour des berges : il y avait une migration des anguilles, un changement de comportement qui intriguait les véritables spécialistes.


Parmi ceux-ci, André était un expert tant en matière halieutique qu’au niveau de la gastronomie. Il s’invita un jour chez un de ces chenapans plus heureux que les grands afin de goûter son plat préféré. À sa grande surprise il trouva un goût anisé à la bête succulente que le gamin avait attrapée et que sa mère avait dûment cuisinée. Il se perdait en conjectures. Voilà bien étrange parfum que celui-là !


André n’était pas homme à demeurer sans comprendre. Il se mit à réfléchir. Connaissant très bien le pays , il se souvint soudainement que le dénommé Moïse, avait disparu des tavernes du village au moins depuis six bons mois. Quel fait étrange: personne n’avait plus jamais eu de ses nouvelles. Certes l’homme était réputé pour ses excès : il abusait du pastis au-delà du possible et beaucoup avaient cru qu’il avait fini dans un asile quelconque.


André avait sans nul doute rouvé le pot aux roses : le pauvre Moïse, plus imbibé que jamais, avait dû tomber en chemin alors qu’il cherchait à rentrer chez lui. Il passait effectivement en bordure de ce petit bras de Loire où jamais, jusqu’alors, on n'avait pris une seule anguille. André, cependant garda pour lui le fruit de ses réflexions ; il est des choses plus importantes encore que la mémoire d’un camarade en bord de Loire.


Il se mit à suivre les gamins et tendit à son tour, ses lignes de fond là où devait être le tombeau du pauvre Moïse. Si les anguilles se plaisaient à se nourrir de ses restes, il n’y avait qu’à leur laisser terminer la tâche et faire pêche miraculeuse et parfumée. Ce qui fut le cas ainsi durant toute la saison. D’autres se joignirent à André pour profiter de l’aubaine sans piper mot.


Ce n’est que l’été suivant, au moment de l’étiage, que nos lascars firent les étonnés et les choqués quand ils découvrirent un squelette proprement nettoyé. On supposa-ce fut une confirmation pour André- que c’était le gars Moïse parce que le pauvre macchabée portait une gourmette qu’on lui connaissait. Autour de sa colonne vertébrale s'enroulait une musette qui contenait une bouteille de pastis : un signe indubitable d’identification.


Personne dans ce charmant village ne fut choqué de ce long silence. La pêche à l’anguille est chose trop sérieuse pour venir l’interrompre, pour rendre à la terre le corps d’un pauvre homme, pas plus pressé que ça de trouver sépulture chrétienne. Moïse était mécréant et n’avait que faire des salamalecs de Monsieur le curé. Tous ses amis qui avaient pêché au-dessus de sa tombe provisoire étaient convaincus de l’avoir honoré comme il convenait en se délectant des délicieuses anguilles au pastis.


Sa mise ne terre fut d'ailleurs l’occasion d’une belle cérémonie et chacun lui rendit grâce des pêches miraculeuses dont il avait été l'origine bien involontaire. Pour ne pas trahir sa mémoire le soir des obsèques, pour la première fois dans l’histoire de ce village, l'apéritif de mémoire ne fut pas composé d’un bon vin du pays. On trinqua joyeusement à la santé de Moïse avec force pastis en dégustant de l’anguille fumée.


Ainsi va la vie et la mort en bord de Loire. On y a d’autres priorités que les gens ordinaires. C’est la rivière qui commande aux humains et c’est très bien ainsi en dépit de tous ceux qui pensent pouvoir lui imposer leur volonté ou leurs caprices.


À contre-anis

mardi 30 mai 2023

Le silure nous mène la vie dure

 

Le silure nous mène la vie dure





Le silure nous mène la vie dure

Vorace à la si vilaine allure

Ouvre très grand son effroyable gueule

Faisant de la rivière un triste linceul


Par son carnage il entend se prévaloir

Du sceptre de souverain de Loire

Devenant le roi des poissons d'eau douce

Un monarque à la triste frimousse


Le silure nous mène la vie dure


Ne se contente pas de faire carrière

Trafiquant en eaux trouble sans bannière

Il s'accapare les vies de ses victimes

Qu'il condamne toutes au trajet ultime


Monstrueuse bête, animal prolifique

À l'instar de tous ceux de sa clique

Ce n'est qu'un prédateur insatiable

Un triste charognard impitoyable


Le silure nous mène la vie dure


Sournoisement il nage entre deux eaux

Pour que tombent sous ses dents, quel salaud

Le menu fretin, les migrateurs en vadrouille

Sans oublier de croquer pigeons et grenouilles


Pour nous tous il est le forban des lieux

L'affreux, le méchant et l'intrus odieux

Qui sème inlassablement sa terreur

Dans les flots, les conversations et les cœurs


Le silure nous mène la vie dure


Hélas, point n'est permis d'éradiquer

Cet effroyable fléau implanté

Grâce à l'action de navrants complices

Qui interdisent son sacrifice


Nombre de ces pêcheurs si vertueux

Pour leur unique plaisir font le vœu

De rejeter dans la rivière

Ce jouet, au bout de leur cuillère


Le silure nous mène la vie dure


Après une féroce bataille

Le triomphateur sous la mitraille

Fera risette pour la postérité

Petit cliché pour unique trophée


Puis il remettra en rivière

Celui qui l'a mis en lumière

Sans lui demander ; c'est vraiment fâcheux

Son courriel pour qu'il en profite un peu


Le silure nous mène la vie dure


 

mercredi 19 octobre 2022

Drôle de pêcheur

 Drôle de pêcheur

 


 


Il était dans un village de Loire

Un vieil homme qui vivait à l'écart

Il ne voulait pas avoir d'histoires

Pour cela il était très débrouillard


Plus jeune, il fut soldat bien longtemps

Il combattit loin de notre France

Au Tonkin sur un autre continent

D'où il rapporta cette manigance


Jamais à la pêche on ne le vit

Pourtant toujours du poisson il mangeait

Un fumet nous mettait en appétit

Quand devant sa maison on passait


Le bonhomme d'un sourire malicieux

Disait aux curieux qui s'interrogeaient

Que c'était un beau cadeau des cieux

Ces délicieux mulets qu'il mijotait


Même si la pêche était interdite

On savait qu'il avait sa friture

Voilà une odeur qui accrédite

Des soupçons de toutes les natures


Pourtant les garde pêches s'échinaient

Inutilement à le pourchasser

Le gourmand dans sa cabane restait

Quand les prises ne cessaient d'arriver


Une nouvelle forme de braconnage

Il y avait diablerie ou mystère

La police, le bec dans les nuages

Ne perçait pas le secret de l'affaire


Car l'homme avait ramené du Levant

De très étranges complices ailés

De fidèles et précieux cormorans

Qui pour lui chaque jour allaient pêcher


Comment voulez vous qu'un simple poulet

Même sur les rives de la rivière

Découvre ainsi l'étrange vérité

De cette obscure énigme marinière 

••• 

vendredi 30 septembre 2022

Va dans la rivière pour remplir ta laitière

 

Barbote 

 

 


 


Mouve, mouve, mouve le fond

Pour attraper les goujons


Quand arrivaient les vacances

Nous étions tous en transe

Préparant un petit scion

Afin de prendre des poissons

Tout l’été à barboter

Jusqu’aux cuisses étions trempés

Les pieds mouvant le sable

Pour ces proies délectables


Va dans la rivière

Pour remplir ta laitière


Nous y passions nos journées

Sans jamais nous inquiéter

Cette rivière poissonneuse

Pour nous pas dangereuse

Nous savions ses secrets

Ses pièges et ses gués

Nous lui étions fidèles

Ayant grandi tout près d’elle


Va dans la rivière

Pour remplir ta laitière


C’est pour prendre le brochet

Qu’il fallait se méfier

Car dans les culs de grève

Se brisèrent bien des rêves

Le carnassier bénaise

Dans le trou avait ses aises

Gare à celui qui tombait

Certains hélas s’y noyaient


Va dans la rivière

Pour remplir ta laitière


Un petit grain de sable

Un souvenir qui accable

Une pensée à oublier

Pour retrouver la gaieté

D’une joie sans pareille

Pour ces tendres merveilles

Petits goujons en friture

Bien mieux que vos confitures


Mouve, mouve, mouve le fond

Pour attraper les goujons

À quoi rêvent les bateaux qui restent à quai ?

  Partir À quoi rêvent les bateaux qui restent à quai ? Ces éternels prisonniers de leurs entraves Ils ont pour seules v...