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jeudi 11 juillet 2024

Victoire !

 

Le loup et le castor.




Un loup venu de l'arctique

Posa ses valises à Cerdon

Trouva le pays sympathique

Avec cinq de ses compagnons


Ignorait alors le projet

Qui justifiait sa venue

Une stupidité sans objet

Proposée par un parvenu


Pour édifier des compères

De jeunes loups ambitieux

Afin qu'ils devinssent des experts

Des prédateurs consciencieux


Pour cette noble ambition

La malheureux fut opéré

Une bonne castration

Afin de mieux collaborer


Un castor témoin oculaire

De cet odieux crime sanglant

Songea que par un froid polaire

C'était un attentat cinglant


Comment dire qu'il se les gèle

Dans pareille situation

Privé de ses animelles

Honteuse énucléation


Le castor redouta soudain

De subir sort analogue

Sa queue ce n'est pas anodin

Attire les éthologues


Il fit alors grand barrage

Sur son impavide Beuvron

Voulant respecter l'adage

« Sans tarder, noyons ce poison ! »


Les flots submergèrent la zone

De sorte qu'à la queue leu-leu

On puisse évacuer la faune

À l'exception des fielleux


Les séminaristes périrent

Sans que nul ne les regrette

Rien n'est décidément pire

Que des cadres en goguette

•••

Victoire



samedi 4 mai 2024

Le loup est sur les dents

 

Il y a comme un loup …





Le voilà sur les dents

En recherche d'indices

Le museau en avant

Guettant la pelisse


Le chaperon bouge

Portant le déjeuner

Sa grand-mère voit rouge

Quand le loup l'a sonnée


La chevillette cherra

Le repas sera froid

Et la fillette erra

Perdue au fond des bois


Quand enfin retrouvée

Elle toque à la porte

Sera le déjeuner

Du vilain cloporte


Mais la bête affamée

Comportement navrant

Sans même mastiquer

Avala cette enfant


L'estomac encombré

En forêt se traîna

Un chasseur embusqué

Tout à coup le tua


Du couteau éventra

Le prédateur repu

D'un geste qui sauva

La gamine au fichu


La grand-mère s'extirpa

Du ventre à son tour

Sans tarder invita

Qui vint à leur secours


Offrit un repas chaud

À leur brave sauveur

Un délicieux gâteau

Et le pot de beurre


La fable restera

En travers du gosier

Pour celui qu'on classa

Parmi les canidés


vendredi 5 avril 2024

La chèvre et le loup

 


La chèvre reste sur sa faim.



 


Nous sommes dans le Berry mystérieux, contrée riche en légendes et en superstitions pour les incrédules tandis que les autres, les gens du pays savent qu'à tout moment il est possible d'y rencontrer une birette ou un jeteux de sorts, un loup garou ou bien un sabbat diabolique. Il est du reste préférable de ne jamais s'aventurer seul dans la campagne, une nuit sans Lune.


C'est donc dans ce cœur de France qui bat de la semelle ou du sabot au son de la vielle à roue et de la cabrette que se passa notre histoire que beaucoup tiennent pour véridique. Quant aux autres, qu'ils aillent au diable, j’aurais grande envie de leur clouer une chouette à leur porte d'entrée si la chose n'était pas cruelle pour la pauvre bête.


Nous sommes à la fin du XIX° siècle dans une ferme isolée à proximité d'une grande gentilhommière que les gens de l'endroit appellent pompeusement un château. La rivière des forges coule non loin avant que d'aller grossir le Cher. La terre n'est pas fameuse pour la culture, la forêt toute proche est fort giboyeuse même si les métayers se voient interdits d'y chasser. La vie n'est pas facile pour ces braves gens, un couple et leur petite fille.


Ce jour-là, l'homme s'est rendu à Vierzon pour y faire des achats. Il a pris la carriole tirée par un âne ; un grand noir du Berry : une bête solide, obéissante, très attachée à ses maîtres et rude au labeur. La journée tire à sa fin, Jacquenote et la petite Louison sont seules à la ferme, tandis qu'on ne sait trop pourquoi Azor le chien a suivi Gaston sans que celui-ci ne le renvoie à la maison.


Jacquenote n'aime guère cette absence de ce brave compagnon qui l'aurait rassérénée d'autant qu'il faut mener la chèvre qui est grosse, paître dans le pré en lisière du bois. Les femmes avaient tant d'ouvrage de couture et de tissage qu'elles en avaient oublié la bonne bête. Il faut se résoudre avant que tombe vraiment la nuit. Le crépuscule ne tardera guère, ce moment où il se passe tant de choses, prétend-on par ici !


Louison aime à conduire la chèvre au pré, surtout qu'elle ne craint vraiment rien quand Azor l'accompagne, ce qui ne manque jamais d'habitude. Entre l'enfant et l'animal du reste, il y a une relation particulière, un lien de lait qui reste graver à jamais dans leurs cœurs. Jacquenote n'avait pu nourrir sa fille et c'est Blanquette qui fut sa nourrice. De cet instant, un lien indéfectible unit ces deux-là.


La gamine, avec l'insouciance de son âge est partante, elle n'est pas touchée par l'inquiétude qui serre le cœur de sa mère. Cette fin de journée ne lui dit rien qui vaille, elle a un sourd pressentiment si bien qu'elle refuse que sa fille parte à la pâture sans elle. Elle n'a pas préparé le souper mais qu'importe. Son Gaston a sans doute fait halte dans une taverne pour y retrouver des connaissances, jouer à la manille, boire des chopines de Quincy ou de Reuilly et s'échauffer quelque peu l'esprit. La chose est assez rare pour qu'elle ne lui en tienne par rigueur. Il saura de son côté patienter s'il rentre avant elles, ce qui est peu probable.


Mère et fille partent donc de concert flanquées de la chèvre qui avait grand faim et qui trouvait le temps bien long. La pauvre bête se demandait ce qu'elle avait bien pu faire pour jeûner ainsi alors que nulle fête religieuse ne pointait le bout de son museau. Décidément la compagnie des humains réserve parfois des surprises qui toutes ne sont pas agréables et la reconnaissance n'est pas leur fort. Blanquette était même contrariée de l'indifférence de sa petite Louison.


En chemin, la brave Blanquette gambadait joyeusement, ravie de se dégourdir enfin les jambes après une longue journée d'une claustration infondée. Elle connaissait le chemin, savait où elle se rendait et avait grande hâte de sauter le fossé pour aller brouter l'herbe grasse à contre la rivière des forges. Louison de son côté sautillait, allant d'une jambe à l'autre en chantonnant tout en suivant à peu de distance la chèvre. La mère forçait le pas, le regard aux aguets et la mine des mauvais jours.


Soudain Blanquette s'arrête tandis que Louison poursuit sa petite danse sautillante, doublant une bête qui semble tétanisée. La gamine ne perçoit ni l'angoisse de la bête ni la frayeur de sa mère qui voit là ses craintes se matérialiser. Arrivée à hauteur de l'animal, la femme tente de la rassurer d'une voix qui trahissait bien plus l'angoisse que la confiance.


L'enfant entre dans le pré après avoir sauté d'un bond la « boucheture » pleine d'eau en cet endroit. À cinquante pas en arrière, Blanquette et Jacquenote ne bougent pas d'un pas. Plus la brebis tremble plus la femme est incapable de la moindre réaction, ne serait-ce que rappeler sa fille. Cette dernière ne se rend compte de rien, elle s'enfonce dans ce pré et se rapproche de la lisière du bois quand un cri terrifiant déchire le silence.


Jacquenote voit surgir du bois celui qu'elle redoute tant ! Elle en a eu prescience depuis qu'elles ont quitté la métairie. Il était là, à quelques mètres de la prunelle de ses yeux, de ce qu'elle avait de plus cher au monde … Louison tourne le dos au danger qui la menace. Sa mère, incapable d'articuler la moindre phrase intelligible pour la mettre en garde, parvient au prix d'un effort surhumain à se mettre en mouvement. Elle accourt vers sa fille pour faire obstacle de son corps face au péril qui la guette.


Tandis que Blanquette lance des bêlements déchirants, la femme se précipite dans une course aussi folle que désordonnée. Elle tente d'enjamber le fossé d'un bond qui n'est pas aussi aérien que celui de sa fille. C'est le pas de trop, elle glisse sur le rebord du fossé, ressent une violente douleur à la cheville et se retrouve les fesses dans l'eau, dans l'impossibilité de se relever. Sa tête dépasse assez pour voir avec effroi le loup qui s'approche de son enfant.


Blanquette qui avait senti le danger, la sournoise présence du carnassier, vient de saisir ce qui se trame sous ses yeux. Pour la courageuse chèvre, c'est soudain l'instinct maternel qui prend le pas sur la peur ancestrale du loup. Tête baissée, elle fonce au secours de sa chère Louison. L'enfant, alerté par les cris de sa mère fait désormais face à ce monstre dont elle a si souvent entendu raconter les horribles méfaits lors des veillées. À son tour elle est paralysée par l'effroi.


Blanquette a sauté le fossé sans difficulté. Elle se précipite vers la bête qui pour l'heure, ne semble pas avoir de si mauvaises intentions. Il regarde éberlué le curieux comportement des humains et celui plus surprenant de cet animal à cornes qui fonce sur lui. Un simple hurlement suffit du reste à arrêter la charge de la chèvre, qui malgré tout, s'est interposée entre sa chère Louison et la bête fauve.


Les deux animaux se font face, la chèvre tente vainement d'influencer celui qui se demande bien pourquoi il déclenche tant de réactions. Le loup, et c'est bien regrettable, n'est jamais convié aux racontées durant lesquelles il joue systématiquement le mauvais rôle. Il aurait pu défendre sa cause et se justifier un peu. Mais voilà, il ne fait jamais bon avoir mauvaise réputation, c'est toujours derrière votre dos que les mauvaises langues disent du mal.



Face à l'agressivité de la chèvre, le loup va devoir prendre position, montrer qu'il peut sans problème se montrer plus virulent. Il montre des dents, grogne pour écarter cet animal qui lui cherche noise. C'est sans effet. Il se dit alors que l'occasion pourrait faire le larron et qu'il pourrait bien améliorer l'ordinaire. L'instinct lui dicte d'agir …


Quand sur le chemin arrive Pierrelot, le gentil voisin qui s'en retourne chez lui en empruntant le chemin. Le jeune garçon aperçoit tout d'abord la mère de Louison dans le fossé, ce qui lui fait hâter le pas. Puis s'approchant encore, il comprend ce qui a provoqué sa chute. Sa camarade est sur le pré, immobile, avec sa chèvre qui défie un loup que reconnaît l'enfant.


Sans panique, il sort sa vielle à roue de son coffret, et sans plus tarder se lance dans un rondeau endiablé. L'animal dresse l'oreille, détourne la tête et se dirige tranquillement vers son ami Pierrelot. Depuis longtemps, entre le loup et le petit musicien s'était établi une relation de confiance, l'animal ayant l'oreille musicale tandis que le gamin aimait à s'isoler dans les bois pour parfaire son jeu, sans entendre les récriminations des adultes lassés par sa musique.


Le loup et Pierrelot continuèrent leur chemin de concert si j'ose dire, laissant là nos trois protagonistes éberlués par la scène. Tandis que l'enfant et la bête sauvage s'enfonçaient dans le bois, Louison se porta au secours de sa mère, l'aida à rentrer à la ferme. Blanquette fit maigre ce soir-là, ne s'attardant pas elle non plus, sur le pré.


Quand elles rentrèrent, Azor leur fit la fête tandis que Gaston dormait du sommeil de celui qui est tombé dans l'excès. Toute cette histoire aurait pu prêter à sourire au final puisque rien de très sérieux ne s'était passé. Hélas, la mère et sa fille, sans y voir malice narrèrent la scène à qui voulait bien les écouter. Bien vite, l'histoire fit le tour du bourg, de la contrée et bientôt du tout le Berry.


Les langues allèrent bon train, transformant à plaisir le récit, l'amplifiant et lui donnant une dimension bien plus tragique. De ce jour, partout alentour et même au-delà, Pierrelot devint le meneur de loups, celui dont il convenait de fuir la présence quand on le croisait dans la nature.


Il ne s'en soucia guère. Il était devenu virtuose dans l'art complexe de la vielle à roue pour faire le monde danser. Bien qu'on se méfiât de lui dans la vie quotidienne, il était malgré tout très courtisé pour animer les bals et les fêtes de village. Il acceptait ce paradoxe sans sourciller, conscient qu'il ne sert à rien d'expliquer aux braves gens que la rumeur aime à donner des étiquettes désolantes à ceux qui sortent du cadre. Le bal terminé, il prenait son dû et allait retrouver Louison, qui avait su faire la part des choses. Du reste, dans le pays, il se murmurait que la fillette qui avait bien grandi depuis, avait vu le loup avec Pierrelot.


Là encore, il y avait fallacieuse interprétation. Mais à quoi bon lutter contre la médisance ? Comme disait souvent Blanquette à sa chère enfant de lait : « Il n'y a pas de quoi en faire tout un fromage et puis du reste, il n'est pas garçon plus charmant que Pierrelot. Tu pourrais bien marier ta destinée avec lui et me faire de beaux petits enfants ! » Jacquenote partageait ce sage conseil et Gaston, ne se souvenant de rien, n'y voyait aucune objection.





mercredi 21 février 2024

Les trois canidés

 

Loup, renard et chien finiront par donner leur langue au chat





Il advint que ce jour-là, un loup, un renard et un chien se tenaient conjointement le crachoir en passant du coq à l'âne. La conversation allait bon train, ces trois-là avaient autant de gueule que de prétentions à occuper le devant de la scène littéraire. Il est vrai que la nature les a pourvus d'une formidable capacité à trouver grâce auprès des auteurs en mal d''inspiration.


C'est le loup, à tout seigneur tout honneur qui tira gloriole d'avoir le plus d'expressions à son nom. Dans une bibliothèque, ce diable d'animal ne marchait certes pas sur les pas de lui-même. Partout et en tout temps, les humains crièrent ses turpitudes tant et si bien qu'en dépit de la couleur de son pelage, il n'était pas sujet à la page blanche.


Le loup avait grand faim de métaphores même au cœur de l'hiver par un froid digne de sa réputation. Jamais il hurlait avec ses contempteurs, tous gens prompts à lui mettre dans les pattes louvetiers et autres traqueurs. Même jeune, il avait la dent longue et la langue bien pendue, s'offrant de multiples références langagières.


Solitaire ou bien en horde, il peuplait les récits d'aventures et s'offrait même le luxe de prendre la mer même si jamais il ne mettait le nez sur un bateau. À défaut de jeter l'ancre, il noircissait des pages et des pages sans que les petits et les grands ne se lassent de ses aventures. Qu'importe qu'il y tint le plus souvent le mauvais rôle, c'est lui qui avait la primauté sur ses cousins canins.


Le renard à ce propos faisait grise mine. Si sa fourberie et son art consommé de tromper les autres faisaient flores, il n'avait guère trouvé sa place au royaume des idiomes. Le langage familier fait preuve en la circonstance d'une ingratitude sans nom. Le malheureux goupil ne pouvait se hasarder à réclamer la part du lion, devant largement s'incliner devant ses deux comparses.


Le chien au demeurant, quoique le seul à parfois porter muselière pour lui clouer le bec n'avait rien à envier à compère loup. Qu'il fasse froid ou qu'il pleuve des cordes, le temps était son apanage mais si parfois cela le rendait malade.Tout comme l'éléphant il aimait à fréquenter les faïenceries ou bien à s'égosiller dans les campings, là où il passait son temps à jouer aux quilles. Seules ses relations avec les chats lui causaient quelques tracas surtout à la tombée de la nuit, quand ces derniers sont gris, le loup aimant du reste partager avec lui ce moment de la journée propice aux histoires.


C'est justement le sujet des fables qui redonna un peu de poil de la bête à notre ami le renard qui pensait être sur la goulotte d'une fontaine généreuse. Il prétendit que pas moins de 19 fables de monsieur Jean le mettaient à l'honneur, ce que ne pourrait revendiquer ses camarades. Bien mal lui en prit puisque  le loup réagit de manière véhémente croquant à pleines dents le bonheur de figurer dans 26 d'entre-elles, étant ainsi l'animal le plus honoré par le grand maître des eaux et forêts.


Le chien, la queue basse et la truffe sèche dut admettre qu'en ce domaine, il ne faisait pas le poids avec ses deux complices. Sa domesticité lui jouant sans doute mauvais tour puisqu'il n'était à la fête que six fois. Voilà qui lui apprendra de se montrer affable tout autant que servile avec ces diables d'humains.


Dans une tentative désespérée de tirer la couverture médiatique à lui, le pauvre chien prétendit que celle du Loup et du Chien était la plus célèbre de toutes. Le renard s'empressa de lui en faire rabattre en citant le Corbeau et le Renard comme la plus connue de tous. Quant au loup, il ne put s’empêcher de ramener sa fraise en déclarant présomptueusement que le Loup et l'Agneau tenait largement la corde de ce classement de la notoriété.


Une tortue qui passait par là se garda bien de se lancer à corps perdu dans la controverse tandis qu'une grenouille se dit par devers elle qu'une querelle finirait par éclater entre eux. Un rat de bibliothèque se garda bien de se mêler à la conversation, préférant filer à la campagne pour se mettre aux vers. Il devait retrouver une cigale flanquée d'une fourmi qui donnaient encore de la voix en ce changement de saison.


Le lion sur son trône regarda à distance tout cela. Sa majesté n'avait que faire de ces discussions stériles. La crinière au vent de l'histoire, il se dit que ma foi, son cousin le chat s'octroyait en la matière la part du lion. En vieux sage il voulut conclure ce récit sans queue ni tête d'une morale empruntée à leur maître à tous :


Messieurs les courtisans, cessez de vous détruire :

 Faites, si vous pouvez, votre cour sans vous nuire.

Le mal se rend chez vous au quadruple du bien.
 
Les daubeurs ont leur tour, d'une ou d'autre manière :
 
Vous êtes dans une carrière
 
Où l'on ne se pardonne rien.
 

 

jeudi 7 décembre 2023

Faribole pour une enquête publique

 

Le loup et le castor.





Un loup venu de l'arctique

Posa ses valises à Cerdon

Trouva le pays sympathique

Avec cinq de ses compagnons


Ignorait alors le projet

Qui justifiait sa venue

Une stupidité sans objet

Proposée par un parvenu


Pour édifier des compères

De jeunes loups ambitieux

Afin qu'ils devinssent des experts

Des prédateurs consciencieux


Pour cette noble ambition

La malheureux fut opéré

Une bonne castration

Afin de mieux collaborer


Un castor témoin oculaire

De cet odieux crime sanglant

Songea que par un froid polaire

C'était un attentat cinglant


Comment dire qu'il se les gèle

Dans pareille situation

Privé de ses animelles

Honteuse énucléation


Le castor redouta soudain

De subir sort analogue

Sa queue ce n'est pas anodin

Attire les éthologues


Il fit alors grand barrage

Sur son impavide Beuvron

Voulant respecter l'adage

« Sans tarder, noyons ce poison ! »


Les flots submergèrent la zone

De sorte qu'à la queue leu-leu

On puisse évacuer la faune

À l'exception des fielleux


Les séminaristes périrent

Sans que nul ne les regrette

Rien n'est décidément pire

Que des cadres en goguette

•••


 

Pour en savoir plus

•••

N'hésitez pas à entraver cette hérésie 
•••


mercredi 18 octobre 2023

Anthropomorphisme lupin

 

Union libre




La louve désirant une vie plus rangée

Entendit convoler avec un jeune chien

Lui proposant son expérience avisée

En échange de la douce vie paisible du canin


L'animal domestique tomba sous le charme

La bête sauvage en quête de tranquillité

Émue, en versa dans l'instant quelques larmes

Elle abandonnait sa traque à perpétuité


Le chien loup et sa louve en transition

S'installèrent sans plus tarder en ménage

Un jaloux usa de la dénonciation

Afin d'interrompre ce cabotinage


La femelle manifestement sans papiers

Abusait sans vergogne d'une situation

Pouvant ainsi jouir de l'hospitalité

De notre bien trop permissive nation


Un chien policier mena son enquête

Il découvrit que la dame n'était pas pucée

Et constata qu'elle avait fait la conquête

D'un pauvre cabot sans le moindre pédigrée


Les deux amants furent enfermés dans un chenil

Avant une expulsion sans ménagement

À moins que l'opinion publique annihile

Ce si scandaleux et inique jugement


Alors que des jeunes chiots venaient au monde

Dans tout le pays, une grande émotion

Créa un engouement pour la vagabonde

Et aussi son adorable compagnon


Furent libérés avec leur petite famille

Devant une multitude de caméras

Les animaux quittèrent vite la ville

Sous les applaudissements et les hourras


Ils choisirent alors la clandestinité

Échappant à cet effroyable société

La louve retrouva ainsi sa férocité

Pour satisfaire aux besoins de sa portée


Quand on n'a de cesse de vouloir tout contrôler

De mettre nos existences sous le boisseau

Toutes ces règles qui espèrent nous enjôler

Finissent par nous enserrer dans un cachot

•••

Il n'y a pas d'erreur zoologique : tous les canidés peuvent copuler ensemble : loup + chien, chacal+loup ou encore en Amérique (Canada et USA) chien + coyote+ loup ! . On appelle cela des wolfdogs ou des coysloups.

jeudi 28 septembre 2023

Gueule de loup !

 

L'imposteur





Un chien cherchant la notoriété

Se fit passer pour un lointain cousin

Ces deux-là classés dans les canidés

Le subterfuge plut fort au canin

 



Sa gueule de loup fera la Une

Pourvu qu'il commette bien des forfaits

Ainsi, lors des nuits de pleine Lune

Multiplia les horribles méfaits

 



C'est à pleines dents sans discernement

Qu'il égorgea chevrettes et moutons

La presse évoquant les débordements

De cet animal pire qu'un démon




Puisqu'il n'agissait qu'à la nuit tombée

Les rares clichés semaient le doute

On le prit pour la bête détestée

Ce loup que tous les humains redoutent



Mais un petit détail le desservit

Il sévissait autour de sa demeure

Contrairement à son sauvage ennemi

Qui vagabondait suivant ses humeurs



Un spécialiste s'étonna alors

Que le tueur puisse être casanier

Pour lui, vagabond est ce carnivore

Qui change sans cesse de quartier



Ses arguments firent taire la rumeur

Fallait exclure l'hypothèse du loup

Il s'agissait ici d'un imposteur

Qui entendait jouer un vilain coup



Sa traque se fit plus efficace

Les troupeaux placés sous surveillance

La police se montra perspicace

Afin que cesse sa malveillance



Le chien-loup tomba dans un traquenard

Achevant son aventure sanglante

S'en était fini de ce cauchemar

Pour toutes ses victimes bêlantes



Prit en flagrant délit, son complice

Un personnage peu recommandable

Avait imaginé plein de malice

L'affreux stratagème exécrable



Le loup est hélas souvent la cible

De nombres de manipulations

Il convient d'examiner au crible

La plupart de telles accusations




mercredi 2 novembre 2022

La leçon d'un vénérable sage

 

De la monstruosité dans ce bas monde.





Un loup vénérable, ayant traversé les épreuves du temps et de l'existence, voulut au crépuscule de son parcours confier sa longue expérience aux jeunes générations. Dans sa horde, les plus jeunes sont souvent avides de connaissances et de conseils. Il est vrai, qu'ayant à subir les affres de l'espèce dominante et prédatrice tout ce qui permet d'en savoir plus pour adapter son comportement aux excès en tous genres de ces drôles d'animaux impérialistes est bon à prendre. Pour les humains, seul un insupportable sentiment de supériorité rend caduque la transmission de l'expérience d'une génération à l'autre.


Mais revenons à notre loup qui tenait grand palabre dans une forêt sombre et inhospitalière, au relief tourmenté ainsi qu'au sol peu propice à la déambulation ou une quelconque manière de se mouvoir propre à ces maudits bipèdes. La quadrupédie en un tel environnement est un avantage considérable sur ces tristes voisins car même juchés sur des engins prétendument tous terrains ils ne parviendraient qu'à saccager le sol avant que de s'y enliser lamentablement.


« Mes chers enfants, avant de quitter ce monde j'aimerais vous faire part de ma longue fréquentation de ces maudits animaux qui hantent les récits de notre espèce. Jamais il n'y eut sur Terre plus exécrable engeance, tout à la fois sanguinaire, impitoyable et toujours plus inventive pour nous martyriser et nous détruire sans nulle autre raison que son appétit inextinguible de domination. Je vous invite à la plus extrême prudence et pourquoi ne pas le reconnaître, à la nécessité absolue d'éviter leur fréquentation.


Si en des temps immémoriaux, ils surent attirer par la flatterie et la fourberie quelques-uns de nos ancêtres, ils en firent des êtres fourbes et serviles, capables de s'associer à eux pour nous tourmenter davantage. Force est de reconnaître qu'ils ont fait de ces abominables traitres à la racine lupine des supplétifs sans vergogne, des animaux sans foi ni loi. C'est d'abord de ses affreux collaborateurs qu'il vous faudra vous méfier. Ils ont su transcender les vertus de notre race pour se mettre au service de ceux qui veulent nous détruire. L'histoire jugera un jour ces monstrueux renégats »


Dans l'assistance, de jeunes louveteaux qui n'avaient jamais aperçu un chien, se demandaient bien de qui parlait ainsi leur vénérable ancien. D'autres, issus de génération ayant plus de vécu, se souvenaient vaguement d'avoir croisé des presque frères au comportement équivoque. C'est alors qu'un douze cors, un cerf qui depuis belle lurette avait sympathisé avec son ami le vieux loup, passant par-là, voulut édifier les jeunes présents et y allant de son petit couplet :


« Votre maître a raison les enfants. J'ai moi aussi eu maille à partie avec ces animaux fêlons. Pour tourmenter mon espèce, ils évoluent en meute pour nous pourchasser lors d'interminables course poursuite tandis que leurs employeurs, jugés sur d'autres animaux, tout aussi fourbes que les premiers, jouent d'une étrange musique pour sonner notre fin. J'ai fort heureusement su échapper à plusieurs reprises à ce curieux loisir même si j'ai eu au cours de ma longue vie à déplorer la fin tragique de nombreux amis. Oui vraiment ces quadrupèdes aboyeurs ne valent pas mieux que ceux qui les commandent ! »


L'assistance fut particulièrement frappée par ce qu'elle venait d'entendre. Ainsi donc tous les animaux ne se donnaient pas la patte et certains même se rangeaient ouvertement dans le camp de l'ennemi héréditaire. C'était la pire abjection qu'il soit possible d'imaginer et ce récit atteste que leurs cousins germains n'étaient pas les seuls à trahir de la sorte le règne animal. Chacun se promettait alors d'agir à l'avenir avec plus de circonspection en ce domaine. Tous les animaux n'étaient pas bons de nature. Des murmures de déception parcouraient les rangs, le vieux loup dut attendre le retour du silence pour poursuivre sa conférence …


« Si vous saviez l’ingéniosité dont font preuves ces bipèdes pour nous tourmenter, vous renonceriez à battre la campagne, je peux vous l'assurer. Ils sont capables de toutes les vilénies pour nous réduire à néant. Avant que d'user de cette fameuse arme à feu dont vous entendez parfois les détonations, ils n'ont eu de cesse d'imaginer des pièges pour nous réduire au silence. Des trous, des fosses honteusement dissimulés jusqu'aux effroyables mâchoires métalliques pour nous tuer d'en d'horribles souffrances. Filets, pièges, incendies, poissons, battues : la liste de leurs techniques est sans fin tout comme sans limite est leur plaisir à faire souffrir les autres.


Mais au-delà de leurs stratégies à notre encontre, ils sont capables également d'une barbarie sans limite entre eux, ce qui les distingue à jamais des autres espèce vivantes. Ils s'entre-tuent pour un oui et surtout pour un nom : celui d’un être qu'ils qualifient de suprême et qui séjournerait aux cieux.


Dans ce cas, leur férocité décuple plus encore sans que jamais ce ne soit la faim qui justifie leurs exactions. Nous devrions nous réjouir de ces hécatombes dans leurs rangs mais hélas, nous en sommes encore une fois les victimes. Ces sinistres individus laissent derrière eux des monceaux de cadavres. La force de l'instinct nous pousse à vouloir rendre service en nous repaissant de cette viande qui se perd inutilement. Et c'est alors qu'ils nous insultent, nous qualifient de charognards et nous dénigrent plus encore. Décidément, il n'est rien à attendre de bon de ces êtres à la chair fade et aux comportements désastreux. »


Les studieux auditeurs n'en croyaient pas leurs oreilles. Décidément, il y avait sur cette planète une espèce qui semait le feu et le sang simplement par plaisir, férocité ou barbarie. Et ceux-là même qui déshonoraient le monde vivant qualifiaient de montres les loups qui ne faisaient qu'assurer la régulation des espèces en éliminant les faibles et les malades. Oui vraiment, il y avait quelque chose qui clochait.


Cette fois, les louveteaux indignés faisait grand tapage. Des envies de rébellions sourdaient dans l'assistance. Certains voulaient s'en prendre aux enfants de ces odieux individus, des proies faciles et sans défense pour leur rendre la monnaie de leur pièce. Le vieux sage entendant ses propos voulut mettre les choses au clair avant qu'il ne soit trop tard :


« Mes chers enfants je comprends votre courroux, je distingue dans votre désir de vengeance la principale accusation qui fut prononcée contre notre espèce. La mort de leurs chers enfants provoquerait le tonnerre et une traque impitoyable pour tous nos semblables à travers le pays. Le pire dans cette histoire, c'est que des individus aux desseins diaboliques ont maquillé leurs crimes contre de jeunes semblables en simulant une attaque sournoise de l'un des nôtres pour cacher leurs forfaits abjects. Ne touchez pas à leurs enfants, je vous en conjure ! »


Le silence revint dans les rangs. Les louveteaux se demandant quel parti prendre. Le plus raisonnable étant sans nul doute de fuir la fréquentation de ces êtres haïssables. C'est alors qu'un écureuil qui n'avait pas perdu une miette de ce qui s'était dit sous ses pieds (il était perché à hauteur respectable au-dessus de la grande réunion) tint à apporter sa contribution à la séance :


« Mes chers amis, je vous ai écouté avec attention. Tout ce que vous ont dit le loup et le cerf est rigoureusement exact. Je ne peux que vous adjurer de tout faire pour éviter la fréquentation d'une telle engeance. Ayant le privilège de prendre assez de hauteur pour qu'ils ne me cassent pas les noisettes, j'ai parfois le privilège de les observer dans leur habitat naturel. Ils ne s'y conduisent pas mieux, je peux vous l'assurer.


Mais le pire, c'est que souvent je les ai entendus dire cette phrase sentencieuse qui m’a toujours hérissé le poil : « L'homme est un loup pour l'homme ! » Il y a là de quoi se révolter à l'idée que ces humains puissent se comparer à vous quand il s'agit de justifier les monstruosités qui ne relèvent que de leur seule humanité ! »


Les propos de l’écureuil ajoutèrent la consternation à l'effroi. Il y avait là une insulte relevant manifestement de la diffamation.  Mais quel tribunal pourrait leur rendre justice ? Nulle instance ne permettrait jamais de restituer aux loups leur honneur ainsi souillé. L'assemblée se dispersa, la colère au cœur ...


 


mercredi 28 septembre 2022

Les histoires d'amour finissent mal en général ….

 

Les amoureux de Péronville.





Il était une fois, en bord d'une rivière étrange à la destinée curieuse, un jeune homme : Edgard et une jeune fille : Isabelle, qui avaient tout pour vivre heureux et s'aimer tendrement. Mais tout comme le cours de la Conie, la destinée est capricieuse et doit se plier à la topographie de l'existence. Il est des barrières infranchissables que l'homme se plaît à dresser pour séparer les êtres.


La Conie du reste connaissait pareille subtilité de la géographie. Née à Patay de la célèbre nappe phréatique de Beauce, la rivière coulait à la fois vers la Loire et le Loir. C'est une curiosité bien étrange, comme si elle était incapable de choisir dans les bras de qui se jeter. Il en était tout à fait autrement pour Isabelle : mais n'allons pas trop vite en besogne …


Nous sommes aux environs de l'année 1530. Le baron de Péronville était d'humeur belliqueuse. La période était propice pour qui aimait croiser le fer, d'autant que d'affreuses querelles religieuses portaient la discorde au sein même du royaume. Le baron allait guerroyer pour son bon plaisir, tout en faisant le malheur d'Edgard dont le père mourut au service de son suzerain.


Le baron prit Edgard à son service. Il en fit son écuyer, ne se doutant pas qu'il plaçait ainsi le loup dans sa bergerie. Car le méchant homme avait une fille, Isabelle, belle comme le jour et parée de toutes les qualités qui faisaient défaut à son géniteur. La loterie de la génétique est tout aussi fantaisiste que celle des passions …


Quand ils eurent l'âge de sentir la force violente des hormones, Edgard et Isabelle se découvrirent un amour inextinguible. Leur condition respective rendait cette folie impossible : ils en souffraient d'autant plus que leur proximité avivait la force de la douleur et de la privation. Isabelle savait que jamais son père ne consentirait à pareille mésalliance tandis qu'Edgard était toujours à la quête d'un exploit fabuleux pour renverser cette inacceptable injustice d'une naissance trop modeste.


C'est en 1548 que les circonstances lui donnèrent l'occasion de déclarer sa flamme tout en démontrant sa valeur. En juin de cette année terrible, s'il en fut, dans la forêt d'Orléans, une horde de bêtes sauvages et féroces : des loups cerviers, vinrent d'on ne sait où, semer la désolation par tout le pays. Ils avaient attaqué et dévoré femmes et enfants, s'en prenant même parfois à des hommes.


Il fallut se résoudre à armer les paysans-la mauvaise habitude que voilà- et se lancer dans des battues pour extirper le mal de nos campagnes. Naturellement, le baron de Péronville y vit belle occasion de se divertir et de se faire valoir devant tous ces gueux et vilains à qui il allait en remontrer.


Il partit, flanqué de sa fille pour la sortir un peu et lui faire rencontrer de nobles jeunes gens, et de son écuyer dont il ne pouvait se passer. Amateur de vénerie, le baron allait toujours de l'avant. Sa fille, voulant briller aux yeux de son cher Edgard, refusait de rester en arrière. C'est alors que survint l'incident qui aurait dû les faire basculer dans le conte de fée.


Isabelle, sur son cheval, allait bon train, quand sa monture se cabra violemment et désarçonna la belle. Une énorme bête surgit dans l'instant des fourrés et se rua sur la pauvrette. Seul Edgard eut la présence d'esprit de se mettre en travers du monstre. Comme son cheval, en proie à la panique, devenait incontrôlable, le jeune homme, sans hésiter un seul instant , descendit de sa monture pour affronter à mains nues le terrible animal.


Il y eut un tumulte affreux, un corps à corps terrifiant entre un homme et un monstre écumant. Quand les seigneurs de Péronville, Pontault , Brandelon et d'autres encore, arrivèrent sur place, une grande clameur montait des gorges des manants, tous à pied. Edgard, armé de son seul long couteau de chasse, avait égorgé le fauve sous les hourras des rabatteurs et les œillades d'Isabelle qui venait d'être sauvée par son amoureux.



Edgard, se souciant bien peu de ses blessures, alla relever Isabelle pour la conduire à son père, lui déclarant qu'il serait toujours disposé à mettre en péril sa propre vie pour celle de la demoiselle. N'importe quel père eût compris la remarque ; le baron n'était pas homme à se laisser émouvoir. L'exploit de son écuyer n'était qu'un juste retour de sa générosité : l'affaire devait en rester là.


Hélas, Edgard emporté par les circonstances et l'exaltation générale déclara devant le baron, stupéfait, l'amour qu'il avait pour sa belle. C'en fut trop pour ce personnage hautain, d'autant plus qu'il y avait là le jeune sire de Boissay dont il voulait faire son gendre. Il se mit dans une colère mémorable : un courroux si violent que les arbres en tremblèrent.


Il allait frapper son écuyer du tranchant de son épée quand celui-ci s'ensauva, protégé par les paysans et les gens d'armes qui avaient admiré sa bravoure. Il prit la fuite à travers cette forêt qu'il connaissait si bien pour l'avoir arpentée toute son enfance. Le baron appela sa fille pour aller l'enfermer dans une tour de son château. La damoiselle avait, elle aussi, disparu.


Les deux fugueurs devinrent vite amants ! Ils s'étaient réfugiés en un endroit de la forêt où l'on aurait cru que les dieux s'étaient concertés pour y rassembler tous les bienfaits d'une nature préservée. Ils étaient en bord de la Conie et de son onde pure, parmi des fleurs grimpantes, des lichens, des églantiers en fleurs, un tapis de mousse et une petit roche isolée qui surplombait ce décor magnifique.


Soudain, le ciel se chargea d'électricité, le ciel s'assombrit, les animaux, effrayés, fuyaient les lieux. Un tumulte lointain, celui d'une troupe en marche, se fit de plus en plus proche ; le baron survenait avec ses hommes pour châtier celui qui avait sauvé sa fille. Mais, un malheur n'arrive jamais seul et, alors que le tonnerre grondait, que l'orage éclatait dans un vacarme digne des enfers, la plus effroyable des bêtes bondit du rocher où elle s'était tapie.


Elle fondit sur les deux amants encore enlacés dans une troublante fusion. Ils n'eurent pas le temps de se protéger ; ils étaient encore épuisés par les ébats qui les avaient laissés sans force, haletants et comblés. La bête se jeta sur Isabelle et, de sa formidable gueule, lui brisa la nuque ; dans l'instant suivant elle égorgea le pauvre Edgard.


La chronique décrit la bête comme un monstre hideux, un animal aux dimensions énormes, au poil fauve et hérissé sur l'encolure. Elle était, d'après certains témoignages, couverte d'écailles à moins que ce ne fût des taches plus sombres. Sa langue pendait de manière démesurée ; d'un rouge si vif qu'elle semblait venir des enfers. Des crocs dépassaient largement de sa gueule béante. Pour ajouter à l'effroi, ses yeux étaient étincelants. On aurait cru que des éclairs jaillissaient de leurs orbites.


Le ciel se déchaîna, la bête disparut dans un hurlement à vous glacer les sangs à l'instant même où le baron et les siens surgissaient dans la cachette. La Conie était teintée du sang des malheureuses victimes, des cataractes tombaient du ciel, le tonnerre assourdissait les rares témoins de la scène.


Le baron comprit le drame qui venait de se dérouler. Il tomba à genoux devant les corps enlacés et leva les mains au ciel, armé de son épée qu'il voulait vengeresse. Il prononça un juron effroyable, un cri déchirant de haine et de rage, un long hurlement qui ne différait guère de celui de la bête criminelle.


Surpris en cette posture par un éclair qui frappa son épée dressée, il fut littéralement enveloppé de flammes. Jamais on ne vit plus terrible châtiment divin : le corps du Baron disparut. Il n'était plus qu'un vilain tas de cendres et de vêtements carbonisés. Les hommes de son escorte se signèrent, voyant dans son trépas la marque du malin, et portèrent la légende à travers tous le pays.


L'âme du Baron de Péronville avait rejoint Satan : nul n'en doutait ici. Pour continuer de torturer le pauvre monde, deux fois par siècle, tous les cinquante ans, dans la région d'Orléans, surgissait une bête hideuse et féroce qui venait tourmenter les braves gens. Elle réclamait son lot de chair fraîche avant de disparaître mystérieusement. Elle prit le nom de la bête d'Orléans ; elle était sans doute l'âme damnée du maudit baron de Péronville.


 



À quoi rêvent les bateaux qui restent à quai ?

  Partir À quoi rêvent les bateaux qui restent à quai ? Ces éternels prisonniers de leurs entraves Ils ont pour seules v...