En chamboulant le temps
En bousculant l'histoire
En martyrisant la chronologie
En travestissant la vérité
En défiant la logique
Et en grimant les personnages
Le bonimenteur vous invite à le suivre
Lorsqu'il vous déclare avec gravité :
« Il advint une bonne fois pour toute !
Qu'il vous faudra bien accroire »
Il
est des régions où rien ne se passe comme ailleurs. Il semble que
le pays soit voué aux mystères et aux croyances, aux légendes et
aux superstitions. Ici, en Berry, les birettes sont les sorcières,
les Jean-loup, les jeteux de sorts. On trouve encore des chouettes
clouées aux portes des granges, et bien des choses échappent à la
raison.
Une
automobile roule à tombeau ouvert sur des routes sinueuses et
incertaines. Un homme marche ; un homme venu de nulle part. Il
porte une grande cape, un chapeau de feutre noir qui dissimule son
visage. Il s’appuie sur une canne : un long bâton de
noisetier qui eût pu être, tout aussi bien, celui d’un vacher ou
d’un berger allant chercher ses bêtes.
Nous
sommes entre chien et loup, le brouillard tombe sur les vignes et une
petite pluie fine s'ajoute au décor. Comme toujours en Berry, des
arbres se découpent au loin, isolés sur une parcelle de vignes ;
ils sont tourmentés, majestueux, énigmatiques. Ils sont les témoins
silencieux des sabbats et rondes de lutins. À les voir ainsi, perdus
dans ce paysage fantomatique, même le mécréant se prend des envies
de se signer et d’invoquer la protection du Seigneur des Cieux.
L’homme
marche, ignorant les règles qui prévalent à la sécurité des
piétons. Il avance fièrement, d’un pas décidé quoiqu’il
paraisse courbé par le poids des ans. Il se trouve sur le côté
droit de la chaussée, refusant, en bon Berrichon têtu qu’il est,
de poser ses pas sur le bas-côté. Ses souliers ferrés résonnent
sur le bitume.
C’est
sans doute ce bruit qui l’a empêché d’entendre venir ce bolide
qui a surgi dans son dos. L’automobiliste, emporté par sa vitesse,
perturbé par le crépuscule, la pluie et le virage qui lui cache
toute visibilité, va percuter le marcheur. Le choc est terrible,
l’homme bascule dans la « bouchture » après avoir fait
un long vol plané.
Le
chauffard appuie désespérément sur les freins. Il dérape, finit
par s’arrêter à plus de cent mètres de la zone d’impact. Il se
précipite, fou d’inquiétude, pour porter secours à celui qui se
trouvait sur son chemin. Il le cherche, examine la zone, ne trouve
aucune trace. Il n’y a pas de sang sur la route, pas de corps dans
le fossé.
Il
revient vers son véhicule, en fait le tour. Aucune marque, pas le
plus petit impact. Pourtant, il n’a pas eu la berlue : il a vu
le bonhomme, il l’a aperçu quand il est passé au dessus de son
pare-brise. Mais, c’est vrai, il n’a rien entendu, pas le moindre
cri, pas le plus petit bruit au moment du contact. Il panique,
s’interroge et, après avoir battu la campagne, s’en va, penaud,
et la conscience pas tranquille.
Il
ne dit rien de son aventure. Il porte ce secret au fond de lui. Une
semaine durant, l’homme épluche le journal, s’attend à ce qu’on
annonce la découverte d’un cadavre. Le temps passe, rien ne se
passe. Il vit, tant bien que mal, avec cette vision qui hante ses
nuits. Il perd le sommeil puis l’appétit ; ce qui,
avouons-le, est fort inhabituel pour un Berrichon.
Puis
le temps cicatrise la douleur. Il oublie ce qui n’était sans doute
qu’une hallucination ; quand, au détour d’une conversation
de taverne, un homme raconte la même histoire que celle qu’il a
vécue. Les détails sont troublants : c’est le même virage
au sortir de Menetou, à la même heure, dans les mêmes conditions
climatiques.
Plus
le bavard poursuit son récit, plus notre homme sent ses poils se
redresser ; il a la chair de poule, il devient blême. Son
interlocuteur s’en aperçoit, interrompt son récit et lui demande
ce qui se passe. L’homme avoue qu’il a connu pareille mésaventure
quelques mois plus tôt dans ce virage. Les descriptions du marcheur
coïncident. Que diable signifie pareil sortilège ?
Il
est des propos qui ne doivent pas sortir du pays. Celui-ci est de
ceux-là. Un fantôme hante le virage de Menetou : un chemineux
qui, il y a bien longtemps, a été écrasé sans qu’on retrouve
jamais le responsable de l’accident. La maréchaussée d’alors
avait renoncé à mener plus avant les recherches : les moyens
d’investigations n’étant pas ce qu’ils sont aujourd’hui. Le
malheureux avait été tué sans que fût puni celui qui l’avait
envoyé dans l’autre monde.
C’est
sans doute pour cela que, de temps à autre, la scène se reproduit ;
venant rappeler à chacun que la vitesse peut provoquer des drames
sur les petites routes de nos campagnes. Ceux qui ont eu à croiser
ce mystérieux fantôme s'en souviennent toute leur existence. C’est
l’un d’eux qui m’a narré cette anecdote parce que j’étais
venu raconter des histoires de birettes dans son cher Berry.
Il
voulait sans doute se débarrasser d’un fardeau, d’une vision qui
continuait de le hanter. Il avait trouvé un interlocuteur qui
donnait crédit à des histoires dont beaucoup affirment qu’elles
sont à dormir debout. Je n’ai pas souri ; je l’ai écouté
avec le sérieux qui convient dans ce pays de légendes. En rentrant,
j’ai roulé très prudemment. Je n’avais guère envie de croiser
le marcheur fantôme.
Il
était une fois Irène, une très vieille femme, ni reine, ni riche,
connue de tous comme la sorcière à cause de quelques dons secrets
dont elle faisait profiter ceux qui se cachaient pour les lui
réclamer. Elle allait de par les chemins confectionner des brassées
de luzerne pour ses chèvres, des fagots pour le feu, des bouquets de
fleurs sauvages qu’elle accrochait aux poutres de sa modeste
masure. Elle était courbée par l'effort, tremblante et fragile.
Elle n'avait ni amis ni famille et la vie, pour elle, s'achevait dans
la peine et la misère.
Il
était aussi Gaston un vieil homme, ni prince, ni fort, incapable du
moindre prodige. Il avait toujours vécu d'expédients, brigandait un
peu les gens de bien, blasphémait plus souvent qu'à son tour et
avait la fâcheuse manie de mentir plus encore qu'un arracheur de
dents. Il buvait au-delà du raisonnable, sentait mauvais des pieds
et du reste. Sa vie se terminait dans la débauche, la malhonnêteté
et la crasse.
Les
dés étaient jetés pour eux. Gaston avait aimé Irène à la
manière des hommes brutaux qui deviennent des démons sous l’emprise
de l’alcool. Il l’avait battue comme plâtre jusqu’à ce que
toute forme de compréhension disparaisse chez sa femme qui finit
pour son salut par le mettre à la porte. De ce jour, le gredin vécut
sur les routes le plus souvent, dans quelques prisons de basse-fosse
quelques fois. Il avait disparu de la vie de sa femme pour son plus
grand soulagement.
La
vieille Irène, avait pour elle son énergie et ses pouvoirs dont
elle usait avec parcimonie. Quant au vieux, Gaston, être d’aucune
modération, il avait le profil du gibier de potence et ne pouvait
aspirer à rien d'autre. Sentant sa fin proche, usé par sa vie de
patachon en errance, Gaston, pris de remords, voulut avant de quitter
cette vallée de larmes, revenir vers Irène pour s’excuser de
toutes ses vilaines actions. Il s’approchait de la masure qu’il
avait quittée il y avait bien des années de cela. Allait-il
seulement la retrouver ? Il n’en savait rien, mû qu’il était
par un impérieux besoin de rédemption.
C’est
sur la route du pardon, marchant sur le bord d’un chemin
empierré, qu’il croisa un étrange charroi, mené par un homme au
regard glaçant. Gaston eut juste le temps d’esquiver l’attelage
en sautant dans le fossé. Il venait de voir passer la mort de très
près. Quand il se releva, il aperçut un fer à cheval étincelant.
Il se pencha pour le ramasser, il était en or, incrusté de
diamants. La fortune lui jouait un bien curieux tour lui qui ne
disposait plus du temps pour en jouir. Ce vieux sacripant n’eut
plus qu’une idée en tête, l’offrir à son Irène avant de se
laisser partir pour l’autre rive. La providence venait de lui
donner un merveilleux prétexte pour aller vers celle qu’il avait
si mal aimée.
Étrange
destinée de celui qui avait passé une bonne partie de son existence
à couper les jarrets et vider des bourses jamais très opulentes,
plus occupé à perdre son existence qu’à la gagner, il se
retrouvait soudainement avec un trésor pour lequel il n'avait commis
aucun forfait, pas la plus petite mauvaise action. Il y avait de quoi
s'y perdre et douter de la destinée. Sa vieille, sa brave Irène
allait enfin recevoir une offrande, elle qui n’avait jamais reçu
de son bonhomme que coups et horions, ennuis et soucis. Gaston allait
lui faire son premier et son dernier cadeau. Ce fer à cheval
incrusté de diamants serait le plus digne des adieux. Appelons ça
les remords, le repentir ou bien le réveil un peu tardif de la
conscience… qu'importe, sa décision était prise. Le vieux se mit
en route pour retrouver sa femme.
Irène
n'avait pas déménagé, elle était restée dans ce qui leur servait
de demeure : une masure, à la crasse repoussante, pauvre
demeure ouverte à tous les vents, qui tenait encore debout par
miracle. La vieille avait supporté ces années de solitude sans
jamais se plaindre, vendant les fromages de ses chèvres pour
survivre tout simplement. Elle avait voulu par son comportement
obtenir le pardon pour son fripon de Gaston qu'elle ne parvenait pas
à haïr comme il l’aurait mérité.
Quand
elle le vit arriver au loin, vieilli tout comme elle, misérable plus
encore par son apparence que par son âme qui pourtant ne valait
guère, Irène eut pitié. Elle ignorait sans doute que son état à
elle, était plus misérable encore, que sa santé pâtissait encore
des coups, assénés autrefois par le méchant qui avait vécu un
temps à ses côtés. Irène devait avoir encore un peu d'affection
pour celui qu'elle avait choisi en dépit des avertissements de tous
les siens.
Gaston
approcha, tendit le fer à cheval incrusté de diamants à la vieille
femme, murmura un « Pardon » à peine audible puis s'en
alla dans l’instant sans se retourner. Il avait l’air de vouloir
fuir au plus vite ce lieu chargé de tant de souvenirs. Irène ne s'y
trompait pas ; elle voyait ses épaules se soulever, ses mains
se porter à son visage. Le Gaston, cet homme dur et souvent méchant,
pleurait. C'était là, la seule marque d'affection qu'il ne lui eût
jamais montrée. Il était bien tard ! Il se cachait d'elle pour
exprimer ainsi un peu d’humanité.
L'homme
marcha longtemps ainsi, le corps agité de cette convulsion étrange
que provoque le chagrin, le plus grand et le plus profond des
chagrins. Irène le suivit des yeux ; elle n'en revenait pas
qu'il puisse ainsi marquer sa compassion, exprimer son repentir sur
la fin de sa vie. Elle ne croyait pas si bien dire : tout au
bout du chemin, le Gaston s'effondra pour ne plus jamais se relever.
Le
bandit, le pitoyable chenapan était mort après sa seule bonne
action. Il n'eut pourtant pas d'enterrement à l'église : le
curé refusa catégoriquement la sépulture chrétienne à ce
mécréant notoire, ce triste sire, ce maudit gredin qui n'avait pas
hésité à vider les troncs de la maison de Dieu. Irène ne s'en
offusqua guère, elle savait que son homme n'avait eu que la monnaie
de toutes les pièces volées au cours de son existence lamentable.
Le
fer à cheval incrusté de diamants lui brûlait les doigts. C'était
le cadeau du diable, la tentation du malin. Il était trop tard pour
elle aussi ! Profiter d'une richesse tardive, d'un mieux-être qui la
tuerait à coup sûr, à quoi bon ? Elle se mit en chemin pour aller
trouver dans le bourg voisin un jeune couple qui ressemblait à celui
qui fut le leur à l'époque.
Elle
observa longuement les comportements des uns et des autres, de ceux
qui vivaient à la lisière de la place centrale. Elle remarqua un
homme qui ressemblait à son Gaston quand il était jeune. Il buvait
tout comme lui, avait la main leste et le verbe haut. Sa femme était
encore belle : elle n'était pas encore marquée par les
outrages de cette vie de chien qu'ils menaient tous deux.
Irène
s'approcha et sans rien dire, elle aussi, fit offrande de ce trésor
mystérieux. Elle partit courbée mais heureuse. Si ses épaules se
secouaient elles aussi, c'était du rire qui l'étreignait. Elle
venait de sortir ce couple des griffes du destin tragique que la
misère impose : elle lui offrait une vie plus belle qui
éviterait les travers qu'elle avait connus avec son Gaston.
Laissons-la à ses illusions : l'argent ne fait ni le bonheur ni
les honnêtes gens.
Quand
elle arriva dans sa masure, elle se coucha. Elle était lasse,
fatiguée comme jamais elle n'avait senti le poids des années sur
ses épaules et son cœur. Elle pensa que le Très-Haut avait décidé
de la rappeler à lui, que son heure était venue, peu de temps après
son Gaston de malheur. Elle ferma les yeux ; elle s'abandonnait
à cette fin qui était toute proche, elle en était certaine …
Quand
elle se réveilla, elle sentit une présence à ses côtés. Elle
s'étonna, tâta ce corps robuste et ferme qui reposait là. Elle
ouvrit les yeux. Son Gaston d'autrefois, celui d'il y a si longtemps,
le gars qui lui avait tant plu était juste à côté d'elle, jeune
et beau, radieux et gentil. Il lui dit des mots d'amour dans
l'oreille, lui promit de l'aimer toute sa vie. Madeleine se leva et
vit son reflet dans le petit miroir de la chambre.
Elle
n’en revenait pas, elle avait retrouvé elle aussi son apparence
d'alors. Il lui semblait même qu’elle était plus belle encore que
dans ses vieux souvenirs. Il est vrai qu’on n’y voyait guère
dans ce vieux miroir dépoli. Sur la table de la cuisine, trois fers
à cheval incrustés de diamants étaient posés là. Elle vit à la
dérobée, s'enfuyant par la cheminée, un drôle de personnage tout
vêtu de noir qui lui fit un clin d'œil avant de disparaître. Le
diable lui rendait ainsi la monnaie de sa pièce.
Ce
que devint leur nouvelle vie ? C’est à vous de l’imaginer. Je ne
puis prétendre que l’argent fera leur bonheur, la formule est fort
trompeuse même s’il est plus aisé de connaître bien des
tourments dans la pauvreté. Contentons-nous de croire qu’il est
peut-être possible de trouver le bonheur sous les sabots d’un
cheval. Il suffit d’y croire très fort !
Il
est des mystères insondables qui engendrent les questions les plus
compliquées qui soient quand un enfant vous la pose, les yeux pleins
de l’espoir d’avoir une réponse. C’est durant une nuit douce
et calme que je me promenais en bord de Loire avec Pitchoune, le
pantin de Victor, que celui-ci me posa cette surprenante question :
« Pourquoi
y a-t-il des étoiles dans le ciel ? ».
Je tombais de nues, j’ignorais jusque là que les pantins peuvent
eux-aussi avoir des questions existentielles.
Il
importe dans pareil cas de ne jamais être pris au dépourvu, d’avoir
l’esprit vif et la réponse prompte au risque de perdre votre aura
auprès de celui qui vous met en échec. Je ne souhaitais pas non
plus lui mentir et comme bien souvent dans pareil cas, le conte
permet de se sortir d’une situation embarrassante. Il se trouve que
la Lune était pleine et qu’elle illuminait la rivière qui était
couverte d’éclats d’argent. Je pris la parole devant un
Pitchoune attentif.
Il
était une fois un enfant qui aimait par dessus tout que le ciel fut
bleu et limpide. Il s’extasiait sans cesse de ce spectacle quand il
se produisait. Il appréciait cette vaste étendue unie, la promesse
d’un temps clément et de belles journées. Il était souvent
d’humeur maussade quand le gris ou bien les nuages noirs prenaient
la place de son décor de rêve.
C’est
un jour de ciel bas et annonciateur d’orage qu’il s’étonna que
la nuit, le ciel restât uniformément noir, sans autre variation que
les nuages les soirs comme celui-ci. C’est vrai que personne
n’avait jusqu’alors songé à habiller la nuit de quelques
lampions mystérieux. Les humains avaient la Lune et s’en
contentaient.
L’enfant
demanda à un mage qui était son parrain de faire quelque chose pour
lui, d’habiller le ciel des nuits sans nuage. Merlin, puisque c’est
de lui qu’il s’agit, savait commander aux animaux et aux plantes
de cette terre. Pour le ciel, il manquait d’expérience, il avait
tant à faire à rendre ce monde plus agréable encore.
Mais
Merlin n’est pas un magicien sans ressource. Il a toujours une
astuce au bout de sa baguette magique. Il promit à l’enfant de
revenir avec lui en bord de Loire un soir de ciel dégagé et de
pleine lune. Cela lui donna assez de temps pour mettre au point un
stratagème susceptible de satisfaire le bel enfant.
Enfin
survinrent les conditions idoines pour que la magie de Merlin puisse
opérer. Il y avait une Lune brillante comme jamais, un ciel
totalement dégagé et une Loire parfaitement calme. La Lune faisait
des éclats d’argent sur l’eau, elle se reflétait en une myriade
de scintillements magnifiques. Sur l’eau, le bal des mouettes avait
commencé. Elle se laissaient porter par le courant avant de
s’envoler pour revenir à leur point de départ et recommencer leur
étrange danse.
Merlin
appela les mouettes qui volèrent au dessus de lui. Il leur parla
dans la langue des oiseaux, demandant s’il y avait des volontaires
pour le plus grand le plus beau des voyages. Il se trouve toujours
des êtres plus intrépides que les autres. Quelques mouettes
levèrent l’aile gauche pour indiquer au mage qu’elles étaient
partantes.
Merlin
appela l’enfant et lui demanda de regarder attentivement ce qui
allait se passer sous ses yeux. Les mouettes reprirent leur ballet,
se laissant glisser au fil des flots. Au bout de la course, toutes,
dans le même mouvement s’envolèrent pour reprendre leur ronde.
Toutes ? Non ! Quelques unes avaient accroché un éclat de Lune à
leur bec et montèrent, montèrent, montèrent si haut dans le ciel
que bientôt on le les vit plus.
Bien
plus tard, dans le ciel tout noir, apparurent les premières étoiles.
Mouettes rieuses et éclats de Lune s’étaient transformées pour
le plus grand bonheur de l’enfant d’abord, puis de tous les
marins, les poètes et les rêveurs ensuite. Merlin trouva cette idée
si jolie que souvent il revint pour augmenter sans cesse le nombre
des étoiles dans le ciel.
Certaines
finissent par disparaître quand leur mouette est devenue trop
vieille pour continuer son vol sans fin. Il y a toujours plus
d’oiseaux disposés à prendre la relève que de pauvres mouettes
célestes au bout de leur existence. C’est pourquoi, le ciel, les
nuits dégagées, est couvert d’une myriade d’étoiles pour le
bonheur de tous ceux qui croient aux belles histoires.
Pitchoune
m’avait écouté avec un grand sourire. « Celle-ci tu pourras
la raconter à Victor, je suis certain qu’il appréciera ton
explication. Lui qui comme le lui reproche souvent ses parents, n’a
jamais les pieds sur terre, il va aimer ce récit merveilleux ».
Avec Pitchoune nous rentrâmes bien après la fin de la nuit quand la
brume se lève doucement sur la rivière. Le soleil au loin faisait
un halo magnifique, il n’y avait plus d’étoiles dans le ciel,
elles étaient toutes dans nos yeux émerveillés et fourbus de
fatigue. Nous pouvions aller dormir un peu.