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lundi 16 octobre 2023

Martyre de Saint-Jean-de la-Rouelle, patron des charcutiers de l'Orléanais.


Qui vivra verrat





Il était une fois, à moins que ce ne fût qu'un pâté de foie, un brave charcutier qui,ayant fréquenté François Villon et les places des martyrs, aimait à acheter les corps des pauvres condamnés non réclamés par leur famille. Pour horrible et indigeste que soit cette histoire à nos yeux d'homme moderne, elle n'en est pas moins attestée par Jean Teulé en personne dans son remarquable ouvrage : « Je. François Villon ».

Mon ami Pierre Simon, navrant prosateur farceur et intrépide illustrateur charcutier prétend que l'homme se nommait Jean de la Rouelle et qu'il vint s'établir en notre belle région orléanaise. Nous tiendrons donc pour vrai ce qui ne peut être contredit par un historien ramenant sa fraise de veau. Il n'y a certes pas de quoi en faire tout un plat !

Revenons donc à nos cochons. Jean de la Rouelle s'était fait la main sur les malfrats, il lui parut tout naturel de revenir au verrat, matière plus noble et moins pervertie que le repris de justice, même si la justice en question pouvait être aveugle et expéditive à cette époque sombre et lointaine. Il s'installa donc Rue des Gras Souliers en Orléans après avoir cédé son pas de porte au 45 rue de Poliveau.

Jean de la Rouelle, par modestie ou pour faire oublier les frasques parisiennes, avait souhaité conserver le nom de son prédécesseur en guise d'enseigne. Sa maison resta donc la charcuterie Ben Hure, un honnête ouvrier réputé pour son roulé de porc et son travers à l'origine, d'ailleurs, d'une petite fête locale. Originaire d'Auvergne, le brave artisan avait rapporté un chaudron qui avait, dit-on, permis de fabriquer une certaine potion magique en des temps fort reculés.

Mais laissons la rumeur se propager aussi certainement que la renommée de Jean de La Rouelle. Son boudin lui tailla une réputation sans égale sur la place et bien au-delà. Bien des ménagères auraient fait des pieds et des mains pour en avoir un morceau et nombreuses étaient celles qui faisaient le museau quand cette merveille était en rupture de stock.

C'est d'ailleurs ce qui conduisit notre brave charcutier à sa perte. Sa réputation, ayant franchi nos frontières, bientôt le boudin de Jean de la Rouelle devint aussi célèbre que l'andouille de Jargeau ou la saucisse de Morteau. Il se dit que même les pèlerins qui allaient vers Saint Jean Pied de Port sur la route de Compostelle, exigeaient d'en avoir une part dans leur musette pour franchir les Pyrénées.

Face à cet afflux considérable de la demande, le pauvre Jean de la Rouelle fut amené à se faire du mauvais sang. Il ne pouvait pas tuer davantage de cochons dont les autres parties, inutiles pour le boudin risquaient d'être gâchées . Il lui vint ainsi l'idée lumineuse mais , ô combien contestable, de recueillir dans les geôles du royaume, du sang pour, proclamait-il, venir en aide aux nécessiteux et aux transfuges.

Fort de cet apport de sang frais, il put sans problème répondre à la demande et produire du boudin de sang humain. Ce n'était pas une époque où la traçabilité du produit était aussi pointue que de nos jours même si en ces années là, il eût été impossible de faire passer du cheval pour du cochon. Mais revenons à notre conte charcutier en nous moquant bien des vicissitudes du moment.

Jean de la Rouelle connut une période dorée. Sa charcuterie prospéra, il fut même coopté par l'échevin pour faire partie d'une commission citoyenne qui déterminait les menus des cantines scolaires. Il en profita d'ailleurs pour écouler ses excédents et obtint même du bourgmestre le monopole de la vente du vin chaud pour les fêtes de la nativité et les foires du pays. Quand on a le sens des affaires, on fait souvent alliance avec aussi coquin que soi !

Tout allait bien jusqu'au jour où un prisonnier à qui il avait soutiré du sang plus que de raison s'étonna auprès d'un certain Jean Baptiste Poquelin qu'on lui fît presque quotidiennement des saignées sans qu'il fût malade. L'homme de l'art enquêta et trouva le pot aux roses. Bien vite le rideau se baissa sur le commerce florissant de la charcuterie.

Jean de la Rouelle fut condamné à mort. Pour l'édification des masses et pour satisfaire à la colère de la populace locale que la vilénie de ce fourbe avait rendue anthropophage, la justice lui mitonna un supplice aux petits oignons. Il fut brûlé vif dans sa marmite devant sa boutique. C'est l'explication de cette illustration étrange qui nous est parvenue.

Que les âmes sensibles et les végétariens nous excusent. La vérité n'est pas toujours bonne à dire. Je vous exonère du récit détaillé des dernières minutes du pauvre homme. Il avait péri par là où il avait fauté. On ne peut approuver pareille morale, fût-elle simplement charcutière. Il est grand temps après ces jours gras et de bombance de se mettre aux légumes et aux bonnes soupes. C'est bien l'usage le plus raisonnable que l'on doit faire d'une marmite.

Quant à la canonisation de ce truculent personnage, chacun a le droit de s'interroger. Mais n'oubliez pas, braves gens que les voies du saigneur sont impénétrables. Mon histoire tourne en eau de boudin, j'en suis désolé ! 

 

Un autre tour de cochon 



jeudi 5 octobre 2023

« Qui vivra verrat ! »

 

Cochon




Qu'il soit gros, petit ou bien vieux

Ne fera jamais l'unanimité

Il se murmure même que pour Dieu

Il n'est pas en odeur de sainteté


Lorsque pour lui tout va de travers

Il faut le tirer par l'oreille

Lui qui se passe aisément de couverts

Quand il se goinfre sans pareil


Pour se mettre à table il se souille

Attitude des plus détestables

Pour qui passe pour un arsouille

Compagnon de mauvais diables


À force de faire souvent l'andouille

Il passe fréquemment sur le grill

Mauvaise tête "cornegidouille"

De celle qui finit dans un baril


Ne dédaigne pas de nous jouer des farces

Quand il met les pieds dans le plat

Levant le verre avec ses comparses

Des ivrognes ou je ne m'y connais pas


Cela finira en eau de boudin

Pour celui qui se fait du mauvais sang

Pas question de rester sur sa faim

Même avec un régime amaigrissant


Lorsqu'il se couche dans sa bauge

Refuse d'y mettre son grain de sel

Car même s'il en trouve dans son auge

La salaison remplit d'autres escarcelles


Lui qui ne fait de mâle à autrui

Prétend fièrement : « Qui vivra verrat ! »

Car c'est connu, tout est bon chez lui

À l'exception du maudit ténia


Confiant en sa bonne nature

Il s'embarque pour le port de Sain

En affirmant dans la saumure

Que c'est le royaume des porcins


Il regrette sa jeunesse de goret

Les facéties de ces deux compagnons

Quand, au plus profond de la forêt

On célébrait les trois petits cochons

•••



vendredi 19 mai 2023

La foire primée.

 

Un sacré tour de cochon.






Il était une fois une ferme dans les bois sur les hauts de Sully-sur-Loire. La terre n’était guère favorable à la culture : elle était acide, couverte de fougères et de châtaigniers. Les sols produisaient tout juste de quoi nourrir les gens et les bêtes. On avait pourtant compris le parti qu’on pouvait tirer d’un pareil environnement en engraissant les meilleurs cochons de toute la région.


C’était surtout madame Courtois qui se chargeait de la besogne : préparer chaque jour une bouillie riche et variée, faite de tout ce qui pouvait se manger. Le cochon est le roi des omnivores, il fait gueule de tout ce qui lui passe sous le groin. Quand en plus, on y ajoute châtaignes et noisettes, mûres et baies sauvages, sa chair se parfume et prend mille et une nuances qui enchantaient les gourmands de l’époque.


La pauvre dame avait bien du mérite. Son mari n’était pas souvent à l’ouvrage ; du moins à celui qui devrait occuper un homme honnête. Il avait la fâcheuse habitude de courir le jupon, de coiffer de cornes la tête des hommes du canton, pour peu qu’ils aient une femme à son goût. Partout il se murmurait qu’il n’y avait pas plus beaux cochons que ceux de madame Courtois et pas plus cochon que son maudit époux.


Les malheurs des uns ne font jamais qu’entretenir la médisance des autres. En la circonstance, les maris grugés évitaient de crier sur tous les toits les travers que leur faisait subir l’ignoble vaurien. Les femmes trop volages ne s’en vantaient pas plus. Elles apprenaient bien vite que leur larron pour beau parleur et formidable étalon qu’il fût, n’était qu’un cœur d'artichaut et changeait de pouliche à la première occasion.


Une fois l’an, à Sully, il y avait une foire primée et chaque mois, un marché aux cochons. La place était alors la « Mecque » de la truie et du verrat. On accourait de partout pour acheter les meilleurs reproducteurs, les plus jolis cochons de lait, les meilleures mères. Mais jamais, ô grand jamais, on n’avait encore songé à organiser un concours du plus beau cochon. Ce fut, cette année-là, chose faite à l’initiative de Monsieur le Sénateur, un notable de la ville, amateur de bonne chair.


Le concours fut annoncé une année à l’avance, il fallait que chacun puisse se lancer dans la préparation du spécimen d'exception, de la plus belle bête charcutière : un champion du lard élevé dans les meilleures conditions, nourri des mets les plus riches qui soient. Quand ce concours fut connu, beaucoup se gaussèrent de l’idée tout en se lançant dans le plus grand secret à l’engraissage, le plus fastueux possible, d’un goret choyé comme un coq en pâte.


Chez les Courtois, monsieur se soucia comme de sa dernière liquette de la fièvre qui gagnait ses collègues éleveurs. Lui, à franchement parler, n’avait jamais considéré le cochon comme un animal digne d’intérêt. Il avait pourtant une tendresse particulière pour les truies : on ne se refait pas ! C’est donc sa femme, en cachette de son coureur de bonhomme, qui se mit en tête d’être celle qui emporterait le trophée mis en jeu. C’était enfin pour elle une occasion de briller pour autre chose que la terrible réputation qui collait à ses basques.


Elle fit tant et si bien que son champion : un certain Duduche, grossit comme jamais un cochon n’avait grossi dans le pays. Il était gros à ne plus pouvoir se tourner dans sa souille ; ses cuisses promettaient des jambons énormes. Pour lui éviter de ne faire que du lard, madame Courtois prit l’habitude de le promener en laisse, deux fois par jour, pour raffermir les chairs et lui ouvrir un peu plus l’appétit.


Sa ferme était assez isolée pour que nul ne se moquât de ses pratiques. Elles auraient éveillé la curiosité et sans doute l’imitation chez quelques adversaires, tout aussi désireux d’emporter la victoire. La compétition provoque des jalousies, des suspicions et des risques de triche. Rien n’est nouveau sous le soleil. Son Duduche avait fière allure : jamais elle n’avait connu un verrat aussi trapu, aussi bien charpenté, au port de tête si altier et aux oreilles à faire pâlir un éléphanteau.


La date fatidique approchait. Chacun s'apprêtait à nettoyer son champion, à lui rendre allure présentable et soie aussi rose que possible. Madame Courtois décida de le faire dormir dans l’arrière- cuisine pour qu’il cesse de se souiller. Le cochon est un sacré lascar, capable de se rouler dans la fange ; il parait même qu’il y prend du plaisir. En cela aussi, il ressemble à son homologue qui se tient debout sur ses pattes postérieures !


Le drame se noua donc dans la maison même. Duduche se trouva-t-il incommodé de quitter son palais, son auge et sa paille ou bien fut-il simplement victime d’une crise cardiaque comme cela survient à tout animal en situation de surpoids ? On ne le saura jamais, on ne pratique pas l’autopsie en pareille circonstance et à la veille du concours, il fut trouvé raide mort par la pauvre femme. Le coup pour elle manqua d’être fatal.


Elle était à se lamenter et à pleurer sur le corps de celui en qui elle fondait ses espoirs de revanche sur une existence qu’elle ne souhaitait pas même à sa pire ennemie quand Monsieur le Sénateur en personne, passa la voir, poussé par la curiosité, née des bruits qui avait circulé dans le village. L’homme, en bon politique qu’il était, trouva les mots pour réconforter la malheureuse et lui glissa une idée dans le creux de l’oreille. Cela eut l’air de convaincre la fermière qui se mit immédiatement en besogne.


En moins de vingt-quatre heures, elle fit tant et si bien que Duduche était en mesure de se présenter à la foire primée, non pas sur ses quatre pattes mais sous forme de pâtés, rillettes, boudin, andouilles, saucisses, travers, côtelettes, rillons, fritons, tête et oreilles, queue et abats sans oublier des rouelles majestueuses et des jambonneaux de compétition. Elle rangea le fruit de son dur labeur dans une grande remorque ; Duduche n’avait pas été avare de charcuterie et de viande.


Elle demanda à son mari, le sieur Courtois en personne, de tirer la remorque. D’après l’organisateur, il n’avait pas été précisé que le compétiteur devait arriver vivant. En fait de quoi l’élu, en vieux roublard, avait conçu un plan machiavélique dont il avait eu la sagesse de ne pas informer la trop gentille femme. Comme il était président du jury, il se promettait bien du plaisir …


Le jour de la foire primée, chacun arriva avec son héros au bout, qui d’une longe, qui de la chaîne du chien, qui d’un long ruban chamarré. Les bêtes étaient propres comme jamais on n’avait pu observer des cochons de la sorte. Seul monsieur Courtois tirant sa remorque détonnait dans le décor. La foule était amassée devant le jury et s’exclamait au passage des cochons. Monsieur Courtois connut quant à lui un véritable triomphe ; il faut avouer que sa remorque embaumait et que chacun appréciait en connaisseur les morceaux ainsi exposés.


Quand le défilé se fut achevé, Monsieur le Sénateur se leva, l’air grave et pénétré de l’importance du moment. Il tint un discours, vanta la qualité du travail des uns et des autres, la richesse de l'élevage local, la conscience professionnelle des fermiers du Sullyas. Il trouva les mots justes qui émurent toute l’assistance et fit honneur à la race porcine. Le moment était venu de proclamer le vainqueur.


Dans un silence de cathédrale, le notable ménagea le suspense. « À l’unanimité du jury, dit-il de manière sentencieuse, le verrat, lauréat de la première foire primée du cochon est » …, il se tut de longues secondes pour faire monter la tension qui était déjà palpable depuis le début du défilé, « pour l’ensemble de ses œuvres, Monsieur Courtois, cochon hors catégorie ».


Et là ce fut un énorme éclat de rire, le Sénateur descendit de son estrade et agrafa une cocarde tricolore sur la braguette d’un fermier, rouge pivoine, incapable d’esquisser le moindre geste ni la plus petite protestation. Dans l’assistance, les maris cocufiés par le bougre, les femmes trop vite délaissées et même, madame Courtois en personne se tordaient de rire en se tenant les côtes. Jamais on ne vécut plus belle fête à Sully-sur-Loire que ce jour mémorable de la première foire primée. Par la suite, on prit l’habitude de récompenser les vaches : le risque de confusion étant moins grand !


Monsieur le Sénateur sortit grandi de la farce. Il fut triomphalement réélu et des sonneurs créèrent en son honneur une sonnerie pour l’hallali d’un Grand dix-cors. Monsieur Courtois quant à lui retint la leçon. La publicité que ses frasques venaient de recevoir ainsi en public l'incita, à tout jamais, à la plus stricte fidélité. Sa femme, bonne pâte, continua de l’appeler « Mon cochon ! » dans le secret de leurs ébats. Elle avait le pardon facile et savait la chair faible aussi bien crue que cuite !


À contre-groing 



mercredi 23 novembre 2022

Catharsis pour un ballon

 Catharsis pour un ballon

 


 

Prendre des vessies pour des lanternes.



De l'harpastum à la soule

Il a remué les foules

Référentiel désolant

Causant des combats de titans

Il a toujours su rebondir

Afin de nous divertir

En entraînant à sa suite

Qui s'inscrit dans ses limites


Éteuf ou modeste slot

Les chats lui donnèrent leurs boyaux

Puis désirant qu'on fut perplexes

Il se revêtit de latex

Pour rouler alors sa bosse

Sur des prairies qu'il cabosse

Désirant atteindre son but

Du pied ou bien de l’occiput


Il n'oublie jamais cependant

Qu'une vessie fut son parent

Se laisse gonfler pour avoir l'air

De toujours la satisfaire

Fort étrange artifice

Loin de certains sacrifices

Quand il revendique haut et fort

Qu'il provient d'un gentil porc


Le ballon rond ou ovale

Ne supporte pas la cabale

Si fier de ses origines

Qu'on qualifie de porcines

Quoiqu'en pleine compétition

Sans la moindre affectation

Il change très souvent de camp

Allant sans relâche vers l'avant


Me semblait bon de rappeler

Ce qu'il ne faut pas évoquer

Si tout est bon dans le ballon

Il le doit au brave cochon

N'oublions jamais d'où il vient

Cette faribole lui va bien

« De la vessie à la lanterne

Pour une catharsis vilaine !»

••


 

À quoi rêvent les bateaux qui restent à quai ?

  Partir À quoi rêvent les bateaux qui restent à quai ? Ces éternels prisonniers de leurs entraves Ils ont pour seules v...