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vendredi 16 février 2024

Jusqu'à la dernière goutte

 

L'eau n'est pas un bien marchand





Il était une petite goutte de pluie qui aimait tant voyager. Elle en avait vécu des aventures, découvrant des circuits de plus en plus complexes, au fur et à mesure que les humains étendirent leur empreinte sur la planète. Avant eux, tout était si simple, le cycle de l’eau coulait de source, il prenait certes des chemins détournés, acceptait parfois de longues stations dans une nappe phréatique comme celle de Beauce, s’accordait des détours surprenants par le truchement des végétaux, prenait racine dans quelques lacs souterrains avant de ressurgir en plein soleil et de disparaître en vapeur ou en fumée.


Nul nuage noir dans cette formidable loterie qui ouvrait le bal. Ici dans une source, là dans un puits, ailleurs dans une résurgence, plus loin encore dans un océan ou bien une rivière. L’eau coulait, coulait, coulait sans se charger de poisons ni même d’immondices. La boue, la poussière, le sable, le pollen et bien d’autres choses encore, toutes plus naturelles les unes que les autres, se chargeaient de lui compliquer un tant soi peu l’existence et son périple. Mais rien de bien grave en somme, pas de quoi déposer la moindre plainte ni la plus petite récrimination.


L’eau allait son chemin, toujours accessible, toujours potable et saine, toujours offerte à qui voulait la boire. Les animaux et les plantes pouvaient s’en nourrir sans crainte, profitant pleinement de ses bienfaits. Où qu’elle fut, elle était source de vie et de santé, élément indispensable à toute vie sur cette planète. C’était un temps merveilleux où nulle force ne s’arrogeait le droit de propriété sur ce bienfait que l'on pensait inaliénable de la nature.


 


C’était un temps avant la venue des drôles d’animaux qui allaient debout sur leurs jambes. Ceux-là ont changé la donne, modifié l'équilibre, bouleversé les règles du jeu naturel. Il y eut des barrages et des retenues, des dérivations et des fossés, des puits plus profonds qui asséchaient les petites réserves voisines. L’eau devint un enjeu de pouvoir ou bien l’expression de la puissance. Elle découvrait alors que les hommes étaient capables de calculs, de viles stratégies pour priver d’autres humains de ce bien si précieux.


Mais là encore, tout ceci n’était rien en comparaison de ce qui allait suivre. L’expansion humaine fut accompagnée d’un chamboulement du sol. Des forêts arrachées, de drôles de matériaux couvrant les terres, des canalisations, des fossés, des dérivations, des circuits souterrains. L’imagination des nouveaux maîtres de la planète était sans limite. L’eau filait un mauvais coton.


Elle conserva sa pureté de nombreuses années encore, se moquant des fantaisies de ces drôles de personnages jusqu’à ce qu’ils se mettent à user sans mesure de cette merveilleuse ressource naturelle. Les tanneurs, les teinturiers, les équarrisseurs, les métallurgistes, les potiers, les lavandières, les maîtres verriers, les ferronniers, …, la liste serait interminable de ceux qui se mirent à souiller sans retenue nos rivières et nos sources. 


 


Les paysans étaient encore des êtres raisonnables. Ils respectaient la nature, le cycle des saisons, les animaux et l’eau dont ils usaient avec parcimonie, ne comptant le plus souvent que sur les pluies pour irriguer leurs récoltes. Ils semaient, engraissaient leurs terres des fumiers de leurs étables et tout allait pour le mieux dans un monde encore fréquentable.


Puis soudain tout bascula. Des ingénieurs, des chimistes, des plus savants et sans doute plus cupides que les autres, flanqués de banquets verts ou jaunes se soucièrent d’améliorer les rendements, de nourrir les sols avec des produits douteux sortis d’industries honteuses. Les agriculteurs se firent empoisonneurs de l’eau sans même le savoir, sans s’en douter, croyant naïvement les arguments oiseux des marchands de mort. Bientôt, il ne fut plus possible de boire l’eau des fossés, puis ce fut celle du puits, puis bientôt, il devint indispensable de traiter l’eau avec d’autres produits tout aussi inquiétants.


Le cycle de l’eau continuait son immuable mouvement. Cependant il y avait quelque chose de changé, la petite goutte d’eau portait de lourdes menaces pour la santé des humains mais aussi pour celle des animaux et des plantes. Des métaux lourds, des phosphates, des poisons affreux, de la radioactivité se dissolvaient dans l’onde pure d’antan pour en faire un liquide toxique et parfois mortel.



L’eau devint un produit marchand. Des spéculateurs hideux, au nom de je ne sais quelle morale propre à cette étrange espèce, prétendirent possible de vendre l’eau, de l’accaparer, de la commercialiser, d'en circonscrire son usage. Un don du ciel ou de la terre qui devenait par une étrange baguette de sourciers financiers, une affaire rentable et l’occasion de priver de moins chanceux de ce qui n’avait jamais été mesuré par la mère nature.


La petite goutte d’eau ne pouvait plus voyager selon sa fantaisie. Elle devait passer par les fourches Caudines des scélérats, des empoisonneurs, des accapareurs, des apprentis sorciers, des compagnies industrielles ou bien subir toutes les avanies possibles d'une civilisation de l'ordure. L’eau aussi devait disposer d’un passeport pour franchir une frontière, pour irriguer ou bien hydrater. Elle était taxée, vendue, détournée, mesurée, galvaudée.


L’eau se dit que les humains ne la méritait pas. Elle dont certains scientifique prétendaient qu'elle n'avait pas de mémoire, se montra vache avec eux. Elle cessa de couler, elle se cacha dans les entrailles de la Terre, elle s’enfuit des rivières et des océans pour mettre à mort cette espèce imbécile et cupide.


Elle cessa de tomber comme pluie d’argent, ces êtres si peu sages étaient trop avides pour apprécier sa valeur. Ils moururent de soif d’avoir eu trop faim de richesse. Alors, alors seulement, quand il n’y eut plus un seul animal debout sur ses jambes, elle revint irriguer une Planète à nouveau fréquentable.

 

Tableaux de Henri Le Sidaner



 




mercredi 15 novembre 2023

Y'a pas d'quoi

 

Y'a pas d'quoi





Y'a pas d'quoi s'mettre la rate au court bouillon

Y'a pas d'quoi s'faire des nœuds au ciboulot

D'toute manière on s'ra toujours les couillons

Les gueux, les imbéciles et les gogos

•

Y'a pas d'quoi attendre monts et merveilles

D'nos discoureurs aux belles promesses

Tout' manière c'sera toujours pareille

N's'passe jamais rien après la grand mess'

•

Y'a pas d'quoi croire aux lend'mains qui chantent

De plus canailles en prendront à leur aise

Pour qu'après le grand soir on déchante

Au son guerrier de la Marseillaise

•

Y'a pas d'quoi leur obéir docil'ment

Tandis qu'nos représentants d'leur côté

Ne respectent jamais lois et règlements

S'accordant toujours les places réservées

•

Y'a pas d'quoi se mettre encore au garde à vous

Durant leurs cérémonies convenues

Quand la mort ne fixe son rendez-vous

Qu'aux pauvres bougres qui sont d'la r'vue

•

Y'a pas d'quoi bouter son galurin

Devant tous ces biaux messieurs dames

Sénateurs, députés ou échevins

Qui pour nous n'en feront pas une rame

•

Y'a pas d'quoi faire place à ces VIP

Qui se fichent de nous tous ces saligauds

Passant leur soirées en grandes lampées

Quand le peuple ne peut boire que de l'eau

•

Y'a pas d'quoi respecter le silence

Quand ils nous saoulent d'leurs biaux discours

Puisque nous offrent leur indifférence

Lorsque nous sollicitons leurs concours

•

Y'a pas d'quoi, vraiment y'a pas d'quoi

Croire encore en cette démocratie

Puisque jamais ils n'édictent des lois

En dehors de l'intérêt de leurs chers lobbys

•

Y'a pas d'quoi s'mettre la rate au court bouillon

Y'a pas d'quoi s'faire des nœuds au ciboulot

D'toute manière on s'ra toujours les couillons

Les gueux, les imbéciles et les gogos

•••





mardi 31 janvier 2023

Résistance

 

Résistance




Un peuple méprisé s'est mis en marche

Contre celui qui se moque de sa démarche

Refusant cette fois de tendre l'autre joue

Face à monarque Prince des sapajous

•

Ils sont vingt et mille, la tête haute

Lasser d'enrichir les Argonautes

Banquiers et prévaricateurs

Actionnaires et profiteurs.

•

La foule entre en résistance

Réclamant droit à l'existence

Sa dignité trop souvent outragée

Le méprisant doit dégager

•

De par tous le pays ils défilent

En d'interminables files

La sérénité se lie sur les visages

Reprenant des slogans sans ambages

•

La coupe est désormais pleine

On devine des relents de haine

Pour celui qui n'a eu de cesse

Que de renforcer leur détresse

•

Ils entendent sauver leur âme

Quitte à devoir verser des larmes

Ils savent que l'odieux tyran

Ira jusqu'à faire tirer dans les rangs

•

Ils avancent inexorablement

Conscients que dorénavant

Ce sera eux ou bien leurs ennemis :

Les tenants d'un pouvoir honni

•

La guerre des classes est déclarée

La réforme contrecarrée

La traite et la servitude

Ou la retraite en toute quiétude

•

La fierté retrouvée dans l'union

Jusqu'à sans doute la sédition

Contre une caste sans humanité

Qu'il convient de court-circuiter

•

Ils sont mille et beaucoup d'avantage

Ne réclamant nul avantage

Simplement ce qui leur revient

Sacré non d'un chien !

 



À quoi rêvent les bateaux qui restent à quai ?

  Partir À quoi rêvent les bateaux qui restent à quai ? Ces éternels prisonniers de leurs entraves Ils ont pour seules v...