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jeudi 15 mars 2018

Traverser la Loire.


Le passage délicat.


La Loire est une rivière -terme que l’on préfère à fleuve- qui ne se donne pas facilement. De tout temps,la traverser fut un casse-tête épineux tout autant qu’aqueux pour tous ceux qui s'y aventurèrent. Il n'est qu'à compter les ponts qui l'enjambent pour se rendre à l'évidence : la chose n'est pas aisée et même de nos jours, lancer une construction par dessus dame Liger pose d'énormes problèmes techniques.

Les solutions ne sont d'ailleurs pas légion pour franchir le pas. Les hommes en tirèrent souvent des subsides. La difficulté crée le besoin et le prix à payer valait bien quelques efforts. Nous eûmes les octrois sur les rares ponts qui tenaient les flots. L'argent tombait dans l'escarcelle de quelque pouvoir ce qui ne favorisait pas les échanges d'une rive à l'autre.

Les gros bras en conclurent bien vite qu'il était possible de tirer profit du passage. Le bac fut un petit métier qui fonctionna longtemps dans nos régions ligériennes. Parfois la Loire ne voyait pas d'un très bon œil ce franchissement intempestif et se mettait en colère, plaçant la navette en bien fâcheuse posture.

Quand les eaux baissaient , il se trouvait toujours quelques malins pour franchir des gués. L'envahisseur allemand en 1940 connaissait bien mieux la région que les troupes françaises qui dynamitèrent tous les ponts ou presque qui barraient le parcours est-ouest du fleuve. Les teutons avaient travaillé les archives et ne furent pas ennuyés outre mesure par ces explosifs intempestifs en trouvant gués à leurs chenilles.

Mais traverser à pied est périlleux. Il faut connaître son affaire ou prendre le risque de tout perdre, y compris la vie. La belle est espiègle et recèle de nombreux pièges. Quand elle se met à rouler, son débit est si fort que l'aventure est parfaitement impossible. Les flots vous emportent comme fétus de paille. Même les plus costauds sont balayés quand elle roule des eaux !

Les bateaux eux-mêmes se mirent en tête de traverser le fleuve. Depuis monsieur Eiffel et son pont canal, la paix niche dans le marinier qui veut faire le grand saut, du canal latéral au canal de Briare. Nous sommes en 1896 et la technologie simplifia bien des existences. Mais auparavant, le fûtreau qui voulait changer de rive devait se lancer dans l'inconnu.

C'est à Chatillon sur Loire que les hommes du XIX siècle terminèrent l'œuvre du grand Sully, le grand intendant des Turcies. Ils mirent en chantier la gare à bateaux. Le port écluse de Mantelot, durant près de soixante ans, la gare d'eau ouvrait ses vannes pour une folle et périlleuse aventure. Des travaux colossaux furent nécessaires pour atteindre le but , ce petit pas si conséquent. Un dhuy barra le fleuve pour imposer la volonté des hommes aux caprices de l'onde. Un mur de pierres capable de résister aux crues violentes, aux assauts de la végétation et des flots.

Un canal rive gauche qui se termine par une écluse en début de dhuy. Une autre écluse 1 000 mètres plus loin sur la rive opposée et un défi pour des bateaux plus à l'aise sur un canal que sur une rivière hostile. Un chemin de halage, un cabestan, un escalier en escargot, une halle magnifique qui trone aujourd'hui à Chateauneuf-sur-Loire.

Franchir un fleuve n'est pas facile, traverser la Loire demeure toujours une défi. La rivière s'amuse à proposer des lits successifs, des couches superposées de rivières souterraines. Le sable est un adversaire résolu à tenir tête à tous les bétonneurs du monde, les bîmes ; ces cavités tourbillonnantes où disparaissent les eaux de la surface sont autant de pièges.

Ce qui est vrai une année, ne l'est plus l'année suivante. Les bancs se déplacent, les pièges changent d'allure. Le fleuve modifie son cours. C'est pourquoi on dit d'elle, qu'elle est un fleuve sauvage. La traverser se mérite.



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