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jeudi 29 mars 2018

Mes jolies colonies de vacances.



Un temps révolu, semble-t-il.



La lecture d’un curieux roman dont un chapitre traite justement de tels souvenirs d’une façon sans doute beaucoup plus elliptique m’a poussé à replonger dans le temps béni de nos jolies colonies de vacances. C’était en un temps lointain où les réglementations ne faisaient pas de cette formidable proposition de départ, un casse-tête administratif qui a eu pour effet de transformer ce loisir populaire en une proposition pour public privilégié.

En ce temps-là, la volonté d’une seule personne pouvait permettre de mettre sur pied une formidable aventure collective, bon marché et ouverte à tous. Dans mon village d’en-France, c’est la sœur Vincent qui était la cheville ouvrière de mes premières colonies. Je m’en souviens encore comme si c’était hier avec une douce nostalgie et une admiration sans borne pour cette femme à la poigne de fer et à la volonté inébranlable.

Nous étions minots, nous partions pour la première fois de chez nos parents. Nous nous retrouvions tous, les enfants d’ouvriers, les fils de commerçants, les filles d’employées, les orphelins ou les gamins des cités, sans distinction aucune et dans un formidable mélange qui faisait se retrouver ici ceux de l’école publique et ceux de l’école Jeanne D’arc que dirigeait la bonne dame. La mixité sociale avant qu’on en parle car à cette époque, cela semblait une évidence.

Nous partions avec la compagnie de cars sullyloise qui allait se fracasser quelques années plus tard dans un accident qui laisse à jamais les mémoires locales meurtries. C’était encore le temps de l'insouciance et des trajets épiques pour gagner les Alpes. Nous, les enfants de Loire, partions à la rencontre du relief et nous allions en prendre plein les yeux. Plusieurs années, notre havre de paix fut Longefoy-sur-Aime en Savoie.

Jeune normalien, c’est là-bas que j’encadrai ma première classe de neige, manière sans doute de rendre un peu tout l’amour qu’on m’avait donné. Ce furent alors des séjours épiques, des balades folles, des soirées qui resteront à jamais gravées dans ma mémoire. Les moniteurs n’étaient que des jeunes gens dont très peu étaient formés mais qui avaient tous l’envie de bien faire. L’esprit de famille régnait ainsi dans la joie et la bonne humeur.

La sœur Vincent, avec l’appui du très haut sans doute, passa au travers de toutes les chausse-trappes et incidents qui émaillent parfois de tels centres. Nous passâmes c’est certain, quelques fois, tout près de l’irréparable, surpris par un orage d’une rare violence dans les estives, égarés dans une forêt sombre et inhospitalière, glissant sur des pentes incertaines et rocailleuses, …, mais au bout du compte, une bonne fée devait veiller sur nous.

Nous grandissions, la sœur voulut sans doute trouver local plus en conformité avec les exigences croissantes d’une époque qui avait déclaré l’enfant roi après 1968. C’est en Suisse que nous partîmes, toujours dans les Alpes. Le confort y était tout autre, les conditions d’hébergement plus en rapport avec les règles qui pointaient le bout de leur nez. Nous les plus vieux qui avions droit à la tente, nous n’avions vu guère de changement.

Les années avaient passé, nous étions de jeunes adolescents qui trouvèrent avec l’abbé Philippe le prolongement naturel des colonies de la bonne sœur. Nous passions un cap, une frontière supplémentaire, plongeant au cœur de la forêt noire pour découvrir les joies et des tracas du camp à la dure. Que de souvenirs encore, que de péripéties et de transgressions qui n’ont pas leur place ici. C’est cependant ainsi que l’on devient un adulte, par cette accumulation d’expériences auxquelles je dois beaucoup dans le futur choix de mon métier d’enseignant.

C’est ainsi que nous achevâmes cette formation par deux camps en totale autogestion sous le seul regard bienveillant des abbés Philippe et René. La religion n’avait guère sa place dans nos turpitudes et un de nos deux « encadrants » finit même pas épouser l’une de nos camarades. C’est vous dire s’il y avait du relâchement dans la règle. Les vacances suivantes, je n’avais pas encore seize ans et j’avais passé l’âge de ces camps. C’est donc en tant que plongeur que je partis pour une colonie des œuvres universitaires. La première étape avant que de passer totalement de l’autre côté et de devenir à mon tour un moniteur, diplômé cette fois car la législation avançait à grand pas.

Les temps avaient changé aussi. Je découvris des publics déshérités, des centres qui manquaient de tout avec des gamins difficiles et exigeants. Je n’étais pas au bout de mes surprises en la matière, j’encadrai aussi des colonies pour de grands comités d’entreprise disposant d’un luxe sans égal d’installations et d'activités pour des colons plus que jamais insatisfaits.

Longtemps, j’ai prolongé ces moments bénis de l’enfance en étant moniteur lors d’un de mes mois de grandes vacances. C’était un luxe et un avantage que m’autorisait mon métier. C’était également une nécessité pour moi, un besoin de véritablement comprendre les enfants. Je n’aurais jamais imaginé devenir enseignant sans être passé par cette formation indispensable à mes yeux de l’encadrement de colonies de vacances.

Depuis, les choses ont bien changé. Nombreux sont les nouveaux professeurs qui ne sont jamais passés par cette formidable école de la vie. Qu’en penser ? J’ai naturellement mon opinion sur ce sujet mais je ne veux pas prendre le risque une fois encore d’être traité de vieux con. Pourtant, je ne remercierai jamais assez la sœur Vincent pour m’avoir offert ainsi ce si bel apprentissage de la vie collective.

Aventureusement leur.


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