mercredi 20 décembre 2017

Le prix de la liberté.


Conte de l'Avent
Le maître et le renard



Pitchoune, tu sais mon attachement à la lecture et mon désir de faire de ce cher Victor un petit lecteur. Écoute cette histoire et tâche de la lui faire comprendre bien mieux que je ne puis le faire. Les enfants ne perçoivent pas toujours le sens de sens caché d’un récit. Tu sauras, toi, son ami, lui ouvrir les yeux et le cœur.

Il était un homme qui aimait les animaux. Sa passion était telle qu'il lui fallait vivre entouré de ces petits êtres dont le silence permet de croire qu’ils apprécient votre fréquentation. Pour le maître, il ne faisait aucun doute que toutes les soins qu’il leur accordait, le confort qu’il leur offrait rendaient la vie heureuse à ses petits compagnons.

Les animaux domestiques se satisfont tant bien que mal de cette vie parmi les hommes. De génération en génération, ils ont accepté les règles d’un jeu fixé par les humains. Pour les animaux sauvages, il en va tout autrement. Ceux qui, soudainement, sont confrontés à cette vie enchaînée ou bien encagée sont tristes dans leur prison dorée.

Le maître ne comprenait pas pourquoi son invité ne lui montrait aucune marque d’affection. Pour lui, l’animal faisait preuve d’ingratitude. Il ne comprenait pas la dureté du traitement qu’il lui imposait. C’est un renard qui lui ouvrit les yeux. L’animal était magnifique, le regard pétillant, le pelage brillant, le corps musclé et élancé. Un jour il fut pris au piège et que, par chance, ce n’était pas une de ces mâchoires métalliques qui blesse gravement celui qui se trouve prisonnier d’un étreinte souvent mortelle.

Le renard était tombé dans une fosse, il n’en pouvait ressortir et c’est entravé et humilié qui fut livré au maître. L’homme se réjouit de ce magnifique cadeau de la nature. Il avait toujours rêvé de cet animal dont tous les fabulistes vantent la ruse et l’intelligence et dont le pelage est d’une beauté sublime. Il se faisait fort de devenir son ami, pensant trouver auprès de lui une affection digne de celle d’un brave chien.

Le renard accepta un temps de jouer ce rôle. Il avait compris du premier coup d’œil que celui qui se prétendait son maître n’était pas homme méchant. Il consentit donc à quelques grimaces, singeant le chien qui ne cessait de traîner aux pieds de son geôlier. Il fit en tout point comme le gentil corniaud, levant la patte pour le saluer, remuant de la queue à son approche et se couchant à ses pieds, le regard éperdument reconnaissant.

Le maître était aux anges. Il délaissa le vieux corniaud qui, en dépit de son amitié sincère et non feinte, reçut coups de pied aux fesses avant que d’être chassé de la maison. L’homme n’avait plus d’affection que pour le renard et ses simagrées parfaites. Il relâcha sa vigilance, pensant l’avoir totalement réduit à la domesticité.

Le renard n’était plus attaché : il pouvait aller librement dans la demeure. Il avait gagné la première bataille mais était encore loin de se voir ouvrir les portes de la liberté. Le maître, suspicieux de nature, gardait sa demeure close, n’ouvrait jamais de fenêtre en la présence de l’un de ses otages.

Le renard comprit que la supercherie ne lui permettrait pas d’aller plus loin ; il lui aurait fallu changer son fusil d’épaule si l’animal avait été chasseur mais pour l’heure il était proie. C’est alors qu’il se souvint des fables de Jean de La Fontaine que lui lisait son maître où ses congénères sont fourbes, rusés, princes de la rouerie et de la dissimulation. Il allait se mettre en demeure de lui donner raison.

Il chercha dans l’une de ces fables sont inspiration. C’est une histoire d’oiseau prisonnier dans une cage magnifique qui lui donna la clef qu’il cherchait. L’oiseau avait demandé à son Prince d’aller donner des ses nouvelles dans une forêt magique. Quand ses congénères apprirent que le Prince le tenait entravé dans une cage, l’un d’eux tomba de l’arbre en simulant la mort. Le Prince ne comprit rien à ce message et le transmit à son oiseau. Celui-ci fit dans l’instant le mort et fut ainsi libéré quand le Prince voulut l’enterrer.

Le renard écouta le récit sans broncher. Le maître lisait bien ; il se plaisait à lui offrir ainsi une histoire chaque soir. Il ne fallait pas éveiller sa méfiance. Le renard laissa passer quelques jours, demeura docile et bienveillant vis-à-vis de celui qui le gardait dans sa demeure. Puis progressivement, il se mit à boiter, à geindre, à se porter plus mal de jour en jour.

Le maître, au désespoir, fit venir un vétérinaire qui ne sut expliquer le mal dont souffrait l’animal. Son état empira jusqu’à le conduire au trépas. Il s’étendit raide, simulant à merveille la mort. Le maître eut un chagrin immense, renard dut se contenir pour ne pas céder à la sensiblerie. Il s’était malgré tout attaché à ce brave homme.

Il garda intacte sa détermination et c’est dans les bras d’un maître en larmes qu’il sortit enfin de cette maudite prison. L’homme avança, gémissant et reniflant pour s’approcher de la forêt où il avait l'intention d’enterrer son ami. Renard, sentant l’humus et entendant le bruissement des feuilles agitées par le vent, sut que son heure était venue. Tel Lazare, il ressuscita d’entre les morts, sauta des bras de l’homme éberlué et incrédule avant que de filer tout droit vers la forêt voisine.

Ayant mis assez de distance entre lui et son ancien maître, Renard se tourna vers lui et lui déclara que la liberté n’avait pas de prix, que rien ne pouvait la remplacer. Il remercia celui qui l’avait si bien traité tout en le privant de ce qu’il avait de plus précieux au monde et lui fit ce commentaire qui devrait servir de leçon à tous les enfants du monde.

« Je vous remercie surtout, mon ancien maître, de m’avoir lu chaque soir des histoires. C’est dans les livres que j’ai découvert la sagesse et la réflexion ; c’est grâce à eux que j’ai trouvé le stratagème qui me vaut d’être enfin libre aujourd’hui ! »

Puissiez-vous, les enfants, vous souvenir de cette morale. C’est dans les livres et nulle part ailleurs que vous trouverez les clefs de votre destin. Gardez-vous de croire aux belles paroles, aux promesses de confort ou bien aux illusions de la richesse. La liberté seule doit mener vos pas et aucun maître, aucun gourou, aucun prédicateur ne peut vous l’offrir. Façonnez-vous seuls votre destinée, lisez et pensez par vous-mêmes !

Librement sien.

mardi 19 décembre 2017

Le dernier Noël merveilleux.


Conte de l'Avent pour leur mettre la puce à l’oreille



Mon petit Pitchoune, c’est bientôt Noël, la merveilleuse fête des enfants, le temps des cadeaux qui arrivent du ciel. Prends bien garde de ne pas te laisser emporter par le flot des présents, l’avalanche des propositions, le climat absurde qui entoure une célébration qui a perdu toute mesure. Écoute bien cette histoire, elle te mettra peut-être la puce à l'oreille. Tu sais, dans le monde des adultes, les bons sentiments ne sont jamais gratuits !

Il était une fois un vieux bonhomme habillé de rouge à qui l’on avait donné mission de réjouir les enfants. Au tout début, il avait pris le relais du bon Saint Nicolas, un autre gentil personnage, généreux et prodigue qui avait l’incroyable défaut d’être flanqué du père Fouettard, son homologue qui venait punir les enfants qui n’avaient pas été sages.

Ceux qui tiraient les ficelles de la fête désiraient abandonner l’idée de la contrepartie. Point de conditions pour accorder tout ce qu’ils désirent à des enfants devenus roi de ce Monde. Le père Noël obtint l’exclusivité et dut se mettre au travail pour réussir sa tournée. Au début, c’était assez facile, la hotte avait une taille raisonnable, les enfants se contentaient d’un seul jouet et ils étaient heureux.

Puis, le volume transporté augmentant de manière incroyable, le brave vieux dut faire appel à une armée de suppléants pour servir tous les gamins en temps et en heure. Le petit personnel ne manquait pas : pour un travail saisonnier, il est facile de trouver des volontaires, d’autant qu’ils se voyaient tous remettre un habit fort seyant qui ne passait pas inaperçu.

Les choses se gâtèrent quand l’homme à la pelisse rouge dut établir des contrats d’intérim durant tout le mois de décembre. On le réclamait partout, pour une animation, un défilé, des photographies, des opérations de promotion, une balade sur la Loire. Il avait beau déléguer, il ne savait plus où donner de la barbe blanche. C’était l’enfer !

Pire que tout, il lui fallut installer un immense élevage de rennes dans sa Scandinavie lointaine. Non seulement, il lui fallait régler l’approvisionnement en fourrage tout l’hiver mais en plus, il y avait des problèmes sanitaires qui se firent jour dans son écurie. Hélas pour lui, le cahier des charges était formel, la livraison devait avoir lieu par traîneaux magiques tirés par des cervidés au risque de se trouver attaquée pour concurrence déloyale par les différentes messageries à commencer par Chronopost, très sourcilleuse sur ce dossier.

C’est ainsi qu’il se trouva aux prises avec une pandémie de puces ; le renne était un terrain d’accueil particulier apprécié par ces parasites. Au début, personne n’y prit garde à commencer par notre vieillard cacochyme, chaque expédition risquait pourtant d’être contaminée. Petit à petit, le phénomène s’amplifia, et les puces s’insinuaient dans presque tous les cadeaux.

On n’avait pas perçu les risques induits par cette intrusion insidieuse. Les puces se firent chevaux de Troie, elles envahirent nos maisons, s’installèrent dans presque tous les éléments de la demeure : téléphones, télévision, aspirateur, jouets, robots, ordinateurs, livres pour enfants, tablettes étaient contaminés. Les maisons étaient entrées dans l’ère de la domotique.

Le père Noël et ses complices savaient tout ce qu'il se passait, se vivait dans les familles. Pire même, ils anticipaient désormais les désirs, connaissaient les envies, n’avaient plus besoin de recevoir la fameuse lettre au Père Noël. Les consciences étaient sous contrôle, les loisirs régentés, les activités humaines sous surveillance. Le système était si parfait que le Père Noël se dit que le prochain Noël serait le dernier de la vieille procédure.

L’année prochaine, il abandonnera les rennes dans la forêt norvégienne, il cessera d’employer des partenaires, il gérera sa prochaine distribution de manière totalement numérique. La planète entière est sous son contrôle. Il a même obtenu les numéros des cartes bancaires des parents : désormais, il prélève le montant des jouets sans en avertir les pauvres gens. Noël devient pour eux une charge financière énorme, une dépense inconsidérée qui met en danger le budget familial.

Les enfants, inconscients des enjeux économiques, continuent d’exiger toujours plus. Ils ignorent ce qu'il se trame : personne n’ose leur expliquer la nouvelle donne économique de cette fête devenue folle. Je brise ici la loi du silence pour vous avertir d’exercer la plus grande vigilance s'il en est encore temps. Vos parents sont débordés, dépassés, incapables de percevoir le danger.

Exigez, puisque vous êtes les rois de la fête, l’anéantissement des puces, débarrassez vos chambres et même les maisons, de ces espions à la solde d’un vieux bonhomme qui a vendu son âme au diable. Réclamez des jouets traditionnels, des jouets qui ne vont pas tomber en panne avant le prochain Noël sous les ordres de puces maléfiques. Retrouvez la mesure et les objets simples sans informatique.

N’oubliez pas que l’affreux bonhomme a désormais le code bancaire de vos parents ; il vous pousse à en demander toujours plus pour engraisser la compagnie de ses innombrables complices.C’est à vous de revenir à la raison ! Seuls les enfants en sont capables. Je compte sur vous ; la magie de Noël n’a pas besoin de puces et de montagnes de jouets qui seront vite délaissés. Noël se passe dans les cœurs, vous en avez un plus gros que vos parents.

Cervidément sien.

À quoi rêvent les bateaux qui restent à quai ?

  Partir À quoi rêvent les bateaux qui restent à quai ? Ces éternels prisonniers de leurs entraves Ils ont pour seules v...