mardi 27 juin 2017

La rivière pour passion.


Confidences d'un enfant de Loire.


Nous sommes nés en bord de Loire. Nous avons grandi parmi les goujons, les rauches et les sternes. Nous avons pris l'habitude de toujours avoir un œil sur le fleuve, le couvant d'un regard brûlant, d'une passion folle. Nous lui avons parlé, lui confiant bien des secrets ! La rivière fut le témoin bienveillant de tant de chagrins dont elle scella à jamais les secrets. Il ne tient qu'à vous de vous en faire adopter.

La Loire est une nourrice bien commode, une confidente parfaite, une merveilleuse amie.. Discrète, elle n'ira jamais répéter ce qu'elle voit ou ce qu'elle entend dans les couverts de ses bosquets, sur les plages de ses îles, dans les creux de ses digues. Elle accueille, elle dissimule, elle protège bien des amoureux qui cherchent la douce discrétion de ses berges. Elle offre à tous bel espace de jeu et de réunion, de chanson et de fête, quand le chaland prend la peine de s'éloigner de nos villes si ingrates qui lui tournent souvent le dos....

Elle demeure le repère, la ligne bleue qu'on ne quitte pas des yeux. Ses colères, ses emportements, ses douceurs, ses langueurs, ses souffrances et ses errances sont autant de sujets de préoccupation des gens des bords du fleuve. Ils le scrutent, inquiets ou bien émerveillés, ils mesurent ses écarts, ses variations de courant, ils écoutent l'eau gronder, ils s'impatientent de la voir se languir lorsque l'été la prive d'eau.

Elle reste un sujet de discussion. Pourtant depuis belle lurette, les grandes peurs de jadis, quand le fleuve s'encolérait vraiment et poussait les gens d'ici à fuir ses débordements, semblent avoir été oubliées . Belle illusion d'ailleurs, tôt ou tard elle aura encore la force de tout noyer, de tout emporter des maisons qui eurent la folie de s'installer dans son lit.

Elle se donne à nos passions marinières. Nous nous lovons sur son cours, glissons à sa fantaisie, admirons le spectacle de toutes ses variations. Les couleurs n'ont de cesse de changer, l'eau se teinte de mille et une nuances, la berge se pare de tous les reflets d'argent et d'or que l'on peut imaginer. Le ciel se mire en elle, fusionne avec la belle pour proposer des tableaux à vous couper le souffle.

La vie s'invite au spectacle. Les oiseaux réclament leur part d'admiration. Ils sont en leur territoire. Le fleuve aux berges sauvages est un trésor de cachettes, de protections bienfaitrices. Vous découvrirez, si vous prenez le temps de la flânerie, une myriade de compagnons ailés, petits ou grands, d'eau ou bien de ciel, chasseur ou pêcheur, flâneur ou planeur.

Dans l'eau, la faune n'est pas en reste. Les poissons reviennent en nombre. Ils ont retrouvé une eau fréquentable, les hommes ont cessé d'en faire leur égout. Il n'est pas un instant où la vie aquatique ne nous fasse signe, d'un plongeon ou de quelques remous, d'une ombre qui passe, d'une traînée qui file. Il s'y mêle nos amis les castors, si discrets que c'est par leurs traces qu'il faut prendre la peine de les pister. Les ragondins sont moins farouches.

La flore participe à la fête, elle n'a de cesse de vous surprendre, de vous prendre par les couleurs et les senteurs. Le vent se glisse dans les feuilles, elles bruissent, pleurent, chantent, murmurent selon sa force et sa direction. Vous êtes admiratifs quoiqu'un peu empruntés, enfants de la ville, vous avez oublié de nommer toutes ces merveilles, vous vous contentez de les admirer.

Les mots ne sont que de bien piètres compagnons pour décrire la beauté de ce fleuve, la magnificence du spectacle qu'il nous offre. Pendant quatre jours, sur la Loire que nous remontons avec nos bateaux de bois, nous vous invitons à venir partager ce cadeau des dieux qui coule à deux pas de vous. Avez-vous seulement songé un jour à prendre le temps de bien la regarder, de l'écouter, de la sentir, de la découvrir ?

Venez vous accoter en bord de Loire, participez au Festival de Loire qui vous tend les bras. Le spectacle est magnifique, il n'attend que vous. Prenez date avec les mariniers de passage, venez partager leur passion Loire pour qu'enfin, vous aussi vous soyez un enfant du fleuve.

Ligériennement vôtre.

jeudi 22 juin 2017

Récit au fil de l'eau.


Histoires de Loire.



Vous qui sur la rive, venez regarder passer les bateaux de bois, écoutez donc les histoires vraies ou imaginaires de notre passion Loire. Nous avons revêtu les habits des mauvais gars d'antan, condamnés à tirer la corde le long de la berge, à pousser la bourde ou à lever la voile quand le vent était favorable. Nous leur faisons hommage parce qu'ils étaient l'honneur de ce fleuve !

Ne voyez pas une nostalgie déplacée, un retour en arrière pour refuser d'aller vers la proue. Nous sommes sur l'onde parce que c'est la belle dame brume, ce fleuve tumultueux et étrange qui nous attire. Acceptez de nous suivre et d'ouvrir les yeux et les écoutilles en vous tournant, pour une fois, vers le flot qui s'ensauve vers le ponant.

Tout a commencé, il y a bien loin de là, du côté des Cévennes. Quelques sources éparses se disputent la paternité de ce long ruban qui au bout de sa course, ira noyer son vague à l'âme dans les parages de Saint Nazaire. Mince filet d'eau, elle prit vite allure et force en descendant de ses collines. L'orgueil la poussa à préférer l'Atlantique alors que la Méditerranée toute proche, lui faisait de l'œil. Mais elle avait déjà caractère trempé, on ne peut attendre moins d'une rivière.

Elle roulait alors des épaules, charriait la belle, gros cailloux et petits grains de folie. Usante à souhait, elle faisait son lit à la force de son courant, creusant son passage dans des gorges de plus en plus profondes. Elle avançait, filant vers le Nord dans une course folle. Là, point n'était question de se glisser sur son dos. La dame n'était encore que frêle jeune fille.

Petit à petit, elle se fit adolescente, ne sachant plus trop où donner de la boussole. Elle virait, tournoyait, se faisant méandre pour nous tourner la tête. Elle creusait toujours, mais ce sont des berges plates qui subissaient ses assauts. Quand une rive se faisait tranquille, l’autre savait qu'il fallait subir ses attaques perfides.

Mais de toutes ces voleries, il fallait bien se délester. Elle proposait aux gens du voisinage bancs et îles pour couler des soirées heureuses. Fantaisie et rouerie ne l'abandonnaient pourtant pas. Ces cadeaux, déposés de ci de là, ne cessaient de changer de place et de proposer jolis pièges à qui ne les connaissaient pas. C'est de là qu'elle se fit mauvaise réputation et que beaucoup d'entre vous lui tournèrent le dos.

D'autres y coulaient des jours heureux. Poissons de toutes eaux, elle n'était pas regardante. Le saumon venait de la mer, le brochet des bords de terre. Ils remuaient de la queue pour affronter les flots, allaient de l'avant ou rebroussaient chemin jusqu'à ce que les hommes décident, navrants et tout puissants, de barrer sa route de quelques vilains murs de béton.

Mais de tout cela, vous n'avez cure. Vous vous voulez de l'authentique, du sordide, des coups de tabac et de coups de cœur. Alors, n'attendez pas de nous que nous vous livrions nos secrets, prenez plutôt la peine de vous lever matin, de regarder la brume qui couvre la belle, d'écouter la faune qui s'éveille et de vous laisser bercer par son doux murmure.

Éloignez-vous des villes, aventurez-vous sur les sentiers qui la bordent. Observez cette vie qui s'agite, ces mouvements d'eau et de sable, ces oiseaux qui peuplent les îles. Ils sont si nombreux que les nommer ici serait trop long. Venez avec jumelles et appareils photos et jamais plus vous ne la regarderez de la même manière.

Si vous n'êtes pas encore convaincus, c'est au soir, au soleil couchant, qu'elle viendra vous tirer par le cœur. Jamais plus belle lumière vous ne verrez. Les feux du ciel se mêleront à l'eau, le bonheur des yeux, l'émotion et la passion Loire qui pour toujours, alors, sera vôtre aussi.

Ligèriennement vôtre.

À quoi rêvent les bateaux qui restent à quai ?

  Partir À quoi rêvent les bateaux qui restent à quai ? Ces éternels prisonniers de leurs entraves Ils ont pour seules v...