dimanche 13 septembre 2020

Le Rosé-pamplemousse

 


Et autres produits factices …




Que voilà un bel exemple de la naïveté maladive de nos contemporains, moutons de Panurge prompts à toujours suivre tous les pièges de la grande distribution et des marchands d'illusion. Le Rosé pamplemousse est la nouvelle mode chez les gogos du suivisme, les imitateurs des singeries qui s'imposent, les caméléons du mercantilisme. Plus c'est tendance, mieux c'est et il est important de présenter à sa table le produit à la mode, la boisson qui fera de vous un être résolument moderne !


Qu'importe alors que la chose soit fade, médiocre, factice et onéreuse ! Il faut être de ceux qui s'affichent comme étant l'avant- garde du bon goût, celui qui évolue suivant le diktat des prescripteurs de mode, des gourous de la vacuité sociétale. On se prétend moderne, on se croit malin, on est si au fait des nouveautés et des miracles de la mise en bouteille !


Pauvre clientèle qui se précipite ainsi chez les marchands d'illusions et achète au prix fort les surplus les plus médiocres de la production vinicole. De l'eau, des arômes et du sucre, le tour est joué et les cochons de clients se vautrent avec délectation dans ce qui serait si facile de faire soi-même à la maison avec de biens meilleurs produits.


Pire que tout, ils trouvent ça bon, ce breuvage trop sucré, cette boisson fadasse et trafiquée. Ils se glorifient d'être raisonnables, de consommer un vin qui ne fait pas dix degrés, comme si la modération ne consiste qu'à boire du plus mauvais mais bien moins fort ! Deux bons verres d'un de nos vins subtils et généreux valent bien mieux que trois godets de cette piquette friandise !


Je sais que je vais choquer ceux qui ont succombé aux sirènes de la publicité. Ils m'affirmeront qu'ils aiment, qu'ils trouvent cela délicieux. Ils ne se sont jamais donné la peine de déguster un bon vin, ils avalent à pleines lampées cette sucrerie chimique. Ils tombent ensuite dans le traquenard du blanc-pamplemousse, ils se précipitent dans le jus de copeaux, ils lapent les boisons énergisantes et alcoolisées, ils consomment des mélanges suspects qui vous donnent la pêche !



Tout est bon pour faire du pognon et plus c'est mauvais pour la santé mieux ça vaut. C'est la règle d'or des marchands indélicats. J'ose espérer qu'ils ne croient pas à leurs mensonges, qu'ils ne boivent pas ce qu'ils présentent en tête de gondole. On ne peut pas être spécialiste du vin et aimer une telle boisson mascarade.


Je suis désolé de croiser tant de braves gens ayant succombé à la combine juteuse. Ils se sont fait une nouvelle fois plumer par des escrocs et des tricheurs. Dans cette soupe insipide, il y a jusqu'à 50% d'eau et une bonne dose de sucre pour emberlificoter des palais béotiens. Les amateurs de Coca y trouvent leur compte, c'est de la même nature ! Je ne serai pas surpris qu'on y incorpore également quelques centigrammes de paracétamol pour repousser les maux de têtes …


C'est désormais la bataille entre les grands groupes et les enseignes pour décliner les arômes et les emballages, les noms qui flashent et les compositions diaboliques. Mandarine, pêche, poire, banane, rouge, blanc, rosé, sans ou avec bulles, tout est possible pourvu qu'on ait l'ivresse des profondeurs … Le consommateur plonge dans la farce, achète même des rosés pour la piscine. Il y aura bientôt une boisson soit -disant à base de vin pour toutes les circonstances de la vie : le blanc spécial naissance, le rouge coup de sang, le rosé pour la province, le crémant à la bouse de vache pour le salon de l'agriculture !


Et ils aimeront ça, se précipiteront pour avoir la dernière production des laboratoires du parfait falsificateur. De plus en plus s'impose la nécessité de faire une éducation aux saveurs et aux goûts. Nous sommes dans une société d'ectoplasmes incapables désormais de différencier l'authentique du factice, le bon du mauvais le sucré du naturel. Et curieusement, plus c'est artificiel, douteux et trafiqué et plus ça marche !


Chacun est libre de se faire rouler dans la farine, d'être trompé sur la marchandise et de proposer n'importe quoi à ses invités. C'est la règle du commerce que de ne pas entraver la possibilité de vendre des produits indignes. C'est la gloire de l'homme moderne de préférer les paradis artificiels dans un enfer pavé de telles inventions.


Pour ne pas me mettre dans une situation embarrassante, je vous en conjure, ne m'invitez surtout pas si vous avez adopté de telles pratiques. J'en ai assez de boire de l'eau gazeuse ou plate afin d'éviter de livrer le fond de ma pensée. Je l'ai fait ici, ne m'en tenez pas rigueur ! J'ai trop de respect pour la véritable viticulture française pour accepter que l'on salisse ainsi son nom et sa réputation au travers de produits infects tout en devant garder le sourire aux lèvres et la politesse élogieuse.


Naturellement vôtre.


 

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