lundi 2 août 2021

Un féminin sujet à interprétation.

 

Un chaud lapin




Le lapin a mauvaise presse tout autant que réputation sulfureuse. Interdit dans le vocable maritime, il mériterait pourtant qu’on cesse de lui tomber sur le râble. La pauvre bête n’a rien demandé à personne et récolte les fruits délétères de confusions manifestes. Qu’il sorte d’un terrier ou d’un chapeau, les bonnes consciences lui tombent sur le dos, l’accuse de tous les maux, lui tire les oreilles et le prétende chaud comme la braise.


L’animal hérite de tous les péchés de l’homme en rut. Doit-il cette réputation au nom de sa femelle qui colle à la peau au coureur de cotillons ? Nul ne saura jamais d’où lui vient cette redoutable carte de visite au point qu’il ne peut donner un rendez-vous sans risquer l’anathème ou le refus. Alors qu’il est si doux compagnon, qu’une fois le couple constitué, il n’est pas rare que madame accole ce gentil qualificatif à son compagnon de jeu.

 


 

S’il se fait tirer l’oreille, ce n’est sans doute pas pour s’occuper de sa compagne. En la matière, il aime à croire et à multiplier au point d’investir un continent entier dans lequel, avant sa venue, seul le kangourou mettait les dames dans sa poche. Son terrier est source de fantasme, l’attrait de l’inconnu plus que de la bricole car il n’est pas certain que l’endroit soit propice aux cabrioles.


Le lapin ronge son frein, supporte sans rien dire tous les quolibets. On attribue même à la carotte des vertus improbables sous le prétexte fallacieux qu’il aime à s’en délecter. Pauvre bête, vouée à la casserole et qui même là, se voit détrôner par une poulette dont il n’a jamais su tirer profit.


Si le cousin le lièvre a droit aux fables, il y joue souvent le second rôle. Le lapin quant à lui reste dans l’ombre de son collègue, ne parvenant ni à le suivre ni à lui faire concurrence. Le lapin a beau courir, ce ne sera toujours que le guilledou et jamais il ne sera une bête de course, capable enfin de supplanter la tortue.



Notre ami est redouté plus encore pour un coup qui ne pardonne pas. Il vous prend à l’improviste, vous brise le cou et peut, le cas échéant, vous priver à jamais de l’usage de vos pattes postérieures. C’est de ce côté-là pourtant qu’il émet nous dit-on des pets certes tonitruants mais qui ne valent pas grand-chose sur l’échelle des valeurs.


Pauvre bête, la moutarde lui monte au nez. C’est d’ailleurs en sa compagnie qu’il se sent enfin bien dans son assiette et plus encore dans la vôtre. Le civet lui va à ravir pourvu que le vin sorte des fagots. Les convives s’en délectent les babines ignorant que la cuniculture n’a rien à voir avec le cunnilingus. Pauvre bête toujours renvoyé au sexe et à ses turpitudes.


Le garenne échappe parfois à toutes ces vilénies. Il bat la campagne, creuse son trou, court la donzelle sans qu’on le montre du doigt. S’il sort sa baguette magique, ce ne sera pas le coup du chapeau. Même s’il ne court pas deux lui-même à la fois, il peut se faire lapin blanc ou blanche colombe pour les besoins d’un tour de magie.

 



Compagnon d’Alice, il peut vous ouvrir les portes d’un territoire merveilleux tout autant que fabuleux en brisant la glace. Animal lunaire, il est présent lors des sabbats et se paie le luxe d’apporter les œufs à la Pâques dans certaines traditions. Depuis quelque temps, il est entré par la grande porte dans le monde de l’enfance, ne se contentant plus d’être en peluche, il est devenu animal domestique. Il est d’ailleurs aussi bonne pâte que bonne patte, portant chance à tous pourvu qu’on ne lui coupe pas l’herbe sous le pied.


Il subit le même interdit que le cochon dans une culture tout en étant tabou chez tous les marins. Quant aux chasseurs, ils redoutent qu’un jour, le farceur trouve un fusil et se venge de tout ce plomb qu’ils ont voulu lui mettre dans la tête. Ce ne serait que justice, il faut bien le reconnaître.


Cuniculturement sien.


 

dimanche 1 août 2021

Au fond du jardin

 

Au fond du jardin




Tout au fond de notre jardin

Se dressait une petite cabane

Un souvenir devenu insane

Le relent d'un passé incertain


En ce royaume des araignées

J'ai vu grandir mes peurs enfantines

Et toutes mes angoisses intestines

Toujours présentes malgré les années


Quand la nuit je devais y aller

Il m'en fallait bien du courage

Ce petit séjour sans partage

Me laissait pantelant et inquiet


Tout au fond de notre jardin

Se dressait une petite cabane

Un souvenir devenu insane

Le relent d'un passé incertain


La porte s'ouvrait sur un abîme

Un monde inquiétant et hostile

Bien loin des lumières de la ville

Dans le secret des angoisses intimes


À un clou tordu pendait dans le noir

Des journaux soigneusement coupés

Petits carrés d'un vilain papier

Pauvre confort qu'on pouvait avoir


Tout au fond de notre jardin

Se dressait une petite cabane

Un souvenir devenu insane

Le relent d'un passé incertain


Sous mes pieds le monde s'effondrait

Je voyais les reflets d'une rivière

J'entendais les bruits de la terre

Quand enfin je me déculottais !


Monstre de mes années enfantines

À qui je devais livrer bataille

Pour enfin vider mes entrailles

Dans ces redoutables latrines


Tout au fond de notre jardin

Se dressait une petite cabane

Un souvenir devenu insane

Le relent d'un passé incertain



Pensées intestines 

 


 


Je me souviens de cette étrange cabane au fond du jardin. Elle m'effrayait, elle était si obscure. Elle était peuplée d'une nuée de mouches. L'enfant d'alors redoutait par dessus tout ce moment où il fallait prendre son courage à deux mains et quelques pages du journal local, pour aller vider ses entrailles.


Pour mon malheur, les aléas de la vie et des problèmes médicaux firent que j'étais particulièrement assidu en ce lieu d'aisance, comme disent ceux qui n'en avaient pas aussi peur que moi. Je redoutais ce tête à tête avec ce trou béant quand je soulevais le couvercle qui l'obstruait. J'avais toujours la crainte d'y voir surgir un monstre …


Ce n'est certes pas là que je pris ce que beaucoup prennent pour une détestable habitude de lire, sur le Saint-siège. Pourtant, c'est là que se fit l'essentiel de ma culture tant, je vous l'ai avoué, j'étais un adepte de la posture savante. Mais revenons à nos tinettes d'alors, celles qui peuplèrent mes vacances avunculaires.


La petite cabane était toujours fort loin de la maison d'habitation. Il fallait grande nécessité pour faire tout ce chemin quand la météo n'était pas propice ou bien que la nuit enveloppait la cour de ferme de ces mystères et de ces nombreux bruits incertains. Il en fallait du courage pour affronter seul ce long chemin d'angoisse. Il n'était pourtant pas envisageable de se faire accompagner …


Que j'eusse alors aimé souffrir d'une constipation chronique. Mais tel n'était pas mon cas et mes voyages incessants ne me permirent jamais de m'accoutumer à la sévérité des lieux. Je revois encore la porte que je n'ouvrais jamais sans un haut le cœur par anticipation. J'ai toujours en mémoire ce crochet ou s'empalaient des carrés de papier journal soigneusement découpés.


C'était un temps où l'on ne gâchait pas, où rien ne devait se perdre. Le tas de fumier n'était pas loin, histoire sans doute de mêler hommes et bêtes dans la même impérieuse nécessité organique. C'était surtout là que finissait immanquablement le résultat de toutes nos visites intestines pour engraisser par la suite la terre nourricière ….


Plus tard, bien plus tard, j'ai connu une joyeuse bande d'écologistes anarcho-utopistes. Ils avaient installé sur un monticule, bien en évidence devant la porte d'entrée de leur communauté, une tinette magnifique toute de bâches transparentes entourée. Il fallait ainsi démontrer son refus des normes bourgeoises et son désir de participer à la grande chaine naturelle …


Chez mes oncles et tantes, la pudeur et la discrétion avaient leur place. La tinette était toujours à l'écart, bien opaque, bien close. Un crochet solide en barrait l'entrée quand un occupant y faisait son ouvrage. Nul ne se vantait de ce qu'il allait faire bien que chacun pût deviner ses intentions.


Je me souviens encore d'une tinette plus pittoresque quoique sans doute moins soucieuse de la nature. Elle était, comme ses consœurs, tout au fond de la prairie. Il fallait même pour celle-ci parcourir plus de deux cents mètres qui, la nuit semblaient interminables. Elle était bien à l'abri d'un magnifique saule pleureur dont les branches allaient caresser les eaux du Loir.


Si la configuration extérieure de ce local secret était analogue à ceux que je fréquentais par ailleurs, il y avait une différence de taille dans la destination du dépôt intime que nous y faisions. Le trou plus béant ici que chez mes autres oncles, allait directement dans les eaux de la rivière. Naturellement, le créateur de cette magnifique installation avec tout à l'égout sauvage avait pris la sage précaution de placer cet édicule en aval de sa propriété.


J'avoue même, bien des années plus tard, un certain plaisir auditif au petit bruit étouffé qu'accompagnait à chaque fois la libération de mes entrailles. C'est peut-être là que j'ai établi cette relation si intime avec les rivières. Que l'on veuille bien me pardonner ce récit personnel, évocation d'un temps pas si lointain où personne ne pensait alors fréquenter un lieu, qui bien des années plus tard, serait du dernier chic sous le nom plus glorieux de toilettes sèches.


C'est pourtant avec quelques larmes aux yeux que je repense à toutes ces tinettes glorieuses qui accompagnèrent mes vacances d'alors. Voilà sans doute un billet qui ne restera pas dans les annales et pourtant je suis certain que beaucoup encore ont ce doux souvenir en tête.


Nostalgiquement vôtre.

 


 

Bonjour :


J'avais pensé un moment percer un cœur dans la porte de la cabane de jardin mais de vieux souvenirs sont remontés à la surface ....


Chez notre voisin, dont la maison servait jadis d'école, l'étage étant réservé à l'instituteur.

Un instituteur avait écrit au crayon de papier, sur le mur du "cabinet", d'une magnifique écriture :

"Celui qui, de ses mains bâtit ce lieu d'aisance

fit plus pour l'être humain que Doumergue pour la France"

 


 

À quoi rêvent les bateaux qui restent à quai ?

  Partir À quoi rêvent les bateaux qui restent à quai ? Ces éternels prisonniers de leurs entraves Ils ont pour seules v...